Crise à la CGT santé... Symptôme de la désidéologisation? ?

Publié le par FSC

La fédération santé de la CGT a tenu son 11ème congrès à Reims, du 23 au 27

Mars dernier, où les congressistes ont eu à faire face à un débat houleux opposant les tenants de la direction fédérale à ses contradicteurs lui reprochant des entraves au fonctionnement démocratique de l'organisation.

 

Un congrès sous tension sous l’œil égrillard des Echos

 

Une semaine de travaux qui a cependant permis aux délégués de s'exprimer, d'entrée, sur les dysfonctionnements et les erreurs "stratégiques" de l'équipe sortante, singulièrement sur le non respect du mandat fédéral donné à la secrétaire générale sortante, Nathalie GAMIOCHIPI, lors du CCN Confédéral qui devait destituer Thierry LEPAON.

 

Dans cette affaire les médias ne se sont pas privés de broder avec une certaine jouissance qui relève du voyeurisme sur les liens supposés entre Nathalie GAMIOCHIPI et Philippe MARTINEZ.

Liens qui auraient motivés la violation du mandat fédéral en vue du comité national fédéral (CNF) afin de rejeter les propositions initiales de T. Lepaon à propos de la nouvelle composition du Bureau confédéral. Propositions dont était porteur P. Martinez et qui ont été finalement effectivement rejetées par le Comité confédéral national (CCN) du 13 janvier.

Si la presse a judicieusement été informée (par qui ?) de l'ambiance du congrès, la principale réprimande adressée à l'équipe sortante était le déni de démocratie. La secrétaire générale sortante et son équipe dirigeante auraient fait fi, un nombre de fois trop important, des remarques - avertissements - orientations de la CNF... Trop, c'était trop !

Au cours du congrès, ce que d'aucun pourrait considérer comme chaotique mais qui somme toute pourrait appartenir à la vie démocratique, a vu à plusieurs reprises les protestataires envahir la tribune pour faire valoir leurs demandes.

Ce congrès certes éprouvant pour tous les congressistes, et sans doute davantage les primo-congressistes, a fini par accoucher d'un événement inédit à la CGT : la révocation pure et simple de la secrétaire générale sortante et du bureau fédéral en entier au profit d'une nouvelle équipe autour de Mireille STIVALA (aide-soignant au Centre Hospitalier de Sarreguemines) élue nouvelle secrétaire générale.

Mais pour être inhabituel cela constitue-t-il un crime? Une direction syndicale a été récusée et congédiée par une base en colère, au fond n'est-ce pas là la forte expression de la souveraineté des militants?

Un congrès qui laissera des traces

 

Aux différents commentaires, témoignages et prises de position qui ont suivi le congrès on voit bien que ce qui s'est passé au cours du congrès va connaître des prolongements.

Ceux qui soutenaient l'ancienne direction et l'ancienne secrétaire générale font valoir que d'une part la nouvelle secrétaire qui faisait partie de l'ancienne commission exécutive ne s'est pratiquement pas exprimée durant le congrès (Marc Auray de Vinatier) et que d'autre part ses résultats électoraux dans son propre hôpital comme le nombre de syndiqués font partie des plus mauvais résultats de la fédération.

Pour les soutiens du « coup de balai » il s'agit à la fois d'une expression démocratique et d'un positionnement de classe sanctionnant une équipe qui a soutenu T. Lepaon jusqu'au bout.

Quel avenir pour la CGT santé … et pour la CGT?

 

Il nous semble trop tôt pour un avis définitif et seul l'avenir tranchera.

Car ce qu'on peut regretter c'est que les affrontements aient pris la forme de confrontations de personnes ou de clans se déchirant pour parvenir à la direction!

Quid du débat de fonds, du débat d'orientation?

Dans sa lettre d'après congrès , Marc Auray (USD du Rhône, Région Rhône Alpes, EX membre de la CEF) indique en effet :

"A remarquer que le congrès n’a eu que très peu de débat sur l’orientation et que l’on ne me fasse pourtant pas croire qu’il n’y a pas de divergence"

Car il semble en effet qu'il y ait bel et bien eu occultation de tout débat de fond au cours de ce congrès, le document d'orientation reprenant d'ailleurs le document élaboré par l'ancienne direction. Et le votant.

Et cette occultation est devenue récurrente dans la CGT.

Depuis de nombreuses années les divergences fondamentales qui depuis longtemps existent sont niées ou contournées.

Pourtant il y a incontestablement un courant réformiste partisan d'une adaptation du syndicalisme à la société, au salariat … sous couvert de modernité, partisan du "dialogue social" et de l'insertion dans une "Europe sociale". Installé confortablement dans la CES. Un courant qui inspire l'orientation confédérale et ses directions notamment depuis le début des années 90.

Et à l'opposé un courant de lutte de classe partisan de la lutte pour les revendications sans compromission, recherchant la convergence des luttes et la construction du « TOUS ENSEMBLE ». Visant à combiner l'action immédiate à l'objectif de la transformation de la société. Fortement présent dans les bases syndicales et les équipes de terrain et qui s'est vigoureusement manifesté durant la récente crise « Lepaon ».

 

Faute donc de se confronter à cette réalité ce sont les affrontements de personnes, de chapelles et de clans qui tiennent le devant de la scène!

Dans l'incompréhension des militants et du sens à donner aux confrontations qui ont lieu.

C'est pourquoi le FSC prône, haut et fort, le retour aux références de classe, véritable colonne vertébrale du syndicalisme de lutte pour faire face à la destruction des conquis sociaux.

Depuis le ralliement au "syndicalisme rassemblé" et l'adhésion à la CES, le syndicalisme Français dérive vers un fonctionnement technocratique, une coupure mortelle entre les bases combatives et des directions contaminées par les méthodes managériales, un syndicalisme de sommet coupé des préoccupations des travailleurs et le clinquant de la "com" (On a recruté un directeur de la communication à la direction confédérale!)!

Le travail de terrain, la formation idéologique des militants, l'éducation à la résistance aux idées dominantes et aux campagnes médiatiques de l'adversaire étant largement abandonnés.

 

L'appartenance de trop de responsables à divers "cercles de réflexion" extérieurs à l'organisation comme par exemple , "Confrontations", à des officines diverses, ou des institutions comme le Conseil Economique Social et Environnemental, véritable lieu de collaboration avec le patronat et certains politiques, en même temps que lieu de reclassement pour les dirigeants constitue le signe d'une situation alarmante avec laquelle il est nécessaire de rompre!

Lutte des places ou lutte des classes, là est la question!

Et par ailleurs, La collaboration de classe désarme les travailleurs et les rend plus sensible à une extrême droite se parant de vertus sociales pour mieux défendre férocement le système

Le remaniement d'une direction est-il l'augure d'une véritable renouveau syndical? L'avenir tranchera!

Mais sans un débat critique sur le bilan et les orientations prises ces 20 dernières années le risque est grand de rester dans l'ornière!

 

Après celles des banques-assurances et du commerce, c'est la troisième fédération en un an qui porte à sa tête une équipe non adoubée par la direction sortante, ni par la confédération. Et à chaque fois pour la même raison : des problèmes de démocratie interne, confisquée par ce qu'un militant de la santé a appelé la « CGT d'en haut ».

Au-delà donc des incertitudes qui demeurent quant aux orientations des nouvelles directions issues de ces renouvellements, cette situation constitue un avertissement pour la direction confédérale.

La préparation du 51e congrès en 2016 doit effectivement lever tous les obstacles à un véritable renouveau de la CGT qui ne se réduit ni à des combats de chefs ni à des variations sur les mêmes orientations.

Et c'est donc à la mise en œuvre d'un congrès préparé et se déroulant de manière réellement extraordinaire que toute la CGT doit s'atteler!

 

Le Front Syndical de Classe

Sur la base de témoignages et de commentaires

de participants au congrès

Publié dans CGT

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Entretien avec le secrétaire général de la CGT
Le mercredi 1er avril 2015
Par Rachida El Azzouzi et Mathilde Goanec de Mediapart

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