L'attachement de la CGT à la CES pose un problème évident de cohérence syndicale

Publié le par FSC

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http://les-eaux-troubles.net/602-les-m%C3%A9thodes-pour-ne-jamais-rien-changer-aux-orientations-anti-sociales-de-l-union-europ%C3%A9enne.html

Alors que la demande de changements profonds dans le paysage économique et social n'a jamais été aussi pressante, l'équipe dirigeante de la CGT cherche à contenir une orientation plus radicale consistant à se départir de la mainmise européenne. Tandis que Philippe Martinez se rapproche de Laurent Berger, premier syndicaliste de la CFDT, Sophie Binet, membre de la commission exécutive de la CGT refuse de s'installer dans un débat « pour ou contre l'Europe » et préfère le « ni, ni » démobilisateur. La position européiste de la CGT est confirmée par un article du mensuel interne Ensemble! dans lequel Nasser Mansouri, économiste de la CGT, considère qu'il y a plus à gagner d'une lutte interne que de sortir de l'euro.

C'est dans un article du magazine hebdomadaire Marianne, intitulé « Laurent Berger - Philippe Martinez : " Ce que nous pourrions faire ensemble " », que se fait jour le rapprochement de deux organisations syndicales qui n'ont, en réalité de longue date déjà, plus rien en commun. Tandis que le soutien de la CFDT au gouvernement a permis la mise en œuvre de réformes qui obéissent aux exigences régressives de l'Union européenne – ANI, pacte de responsabilité, loi Macron, Loi Rebsamen – la CGT cherche à calmer l'ardeur de ses troupes en organisant des manifestations sans lendemains. Ce sont sans aucun doute les obligations et les engagements réformistes, liés à l'appartenance de la CGT à la Confédération européenne des syndicats (CES), qui imposent ce rapprochement et qui conduisent la CGT à vouloir négocier l'inacceptable. A l'heure où l'explosion du chômage et la généralisation de la précarité rampante fait son œuvre par l'application de lois régressives, comment peut-on encore envisager un « dialogue social » qui ne sert plus qu'à contenir la colère des salariés ?

La faible combativité de la direction confédérale de la CGT rejoint les orientations de tous les grands partis politiques de notre pays qui se rallient aux exigences de l'UE de réduction des dettes par un nivellement social vers le bas. C'est probablement sans se rendre compte de la portée de son propre constat que Sophie Binet préfère poser la seule « vraie » question : « Quelle Europe voulons-nous ? ». Posée de cette manière-là, elle implique qu'il n'est pas à l'ordre du jour de remettre en cause la légitimité d'une Union européenne capitaliste, mais d'influencer suffisamment sur ses instances pour imposer une « Europe sociale ». Or, la construction d'une telle « Europe sociale » est impossible quand les pays membres se laissent progressivement confisquer leur souveraineté nationale et confier tous les pouvoirs à une Commission européenne aux ordres d'une oligarchie financière toujours plus agressive. Pourquoi dans ce cas rester aveugle et oser évoquer « le fondement affiché du projet européen : la paix », alors que cette paix est déjà largement menacée... en Europe ! La crise ukrainienne serait une initiative belliqueuse et unilatérale de la Russie... et l'Union européenne n'aurait pas sa part de responsabilité ? Sophie Binet revendique l'initiative d'une dimension européenne du 1er mai pour se dresser contre « la mise en concurrence des salariés, incarnée notamment par le statut des salariés détachés ». Quel fut l'écho de cette manifestation prétendument de masse ?

De même, la dirigeante syndicale met en avant une initiative de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (UGICT) qui a mobilisé 65 organisations de dix pays européens contre la directive sur le secret des affaires. C'est taire tous les autres dispositifs de la loi Macron qui, eux, ont bien été adoptés et pèsent lourdement sur le travail salarié et les syndicats. Si les journalistes de tous bords ont gagné le retrait de la loi sur le secret des affaires, car elle remettait en cause la liberté d'expression tant défendue par le président du 11 janvier, la victoire n'est certainement pas syndicale et si on considère cette « victoire », elle serait bien balbutiante et peu représentative d'un combat gagné au niveau européen. Bref, la CGT revendique un combat internationaliste qu'elle se contente d'organiser à l'intérieur d'une structure capitaliste, solidement gardée sous pression par des vassaux opportunistes, les représentants de nations qui ne représentent plus leur peuple respectif.

Cette orientation désolante de la confédération de la CGT est confirmée par un article de Nasser Mansouri, intitulé : « L'euro : en sortir ou pas ? ». Selon son auteur, le problème de la monnaie unique réside plutôt « dans la manière dont est mené le projet européen ». En, d'autres termes, il serait une erreur de sortir de l'euro car, prenant l'exemple de la Grèce, ce pays fortement endetté n'envisagerait pas de quitter la zone euro en raison, selon son ministre des finances, Yanis Vafourakis, d'une « perte massive de revenus [qui] plongerait encore des millions de personnes dans la pauvreté ». Ce ne serait pas « tant l'euro qui est en cause, mais la logique qui préside à la construction européenne et de sa monnaie unique, fondée sur des critères purement financiers, où le social et les dépenses publiques sont réduits à la dimension de simples facteurs d'ajustement ». La Grèce n'envisagerait pas de quitter la zone euro ? Si Nasser Mansouri l'affirme, c'est que cela doit être vrai, même si des échos convergents, y compris parmi les représentants de la Commission européenne, considèrent désormais comme possible la sortie de la Grèce de la zone euro, car elle ne serait plus capable de remplir ses obligations. Notre économiste a-t-il entendu parler du « Grexit » ?

L'attachement de la CGT à la CES pose un problème évident de cohérence syndicale. Il est clair qu'une réponse adaptée reste impossible sans envisager un réel combat internationaliste en dehors de la structure européenne capitaliste. Au lieu de se prêter au jeu d'équilibriste très controversé à l'intérieur d'une CES, bras armé syndical réformiste de l'Union européenne, consistant d'une part à suivre une ligne de dialogue mou dans une Europe marchande et financière, et d'autre part chercher à sauvegarder malgré tout les bases du droit du travail acquis par des décennies de luttes syndicales, la direction confédérale serait bien avisée de quitter le plus rapidement possible une organisation qui ne permet aucune reconquête syndicale. S'il s'agit de mener un combat effectif, réaliste et à l'échelle internationale, la Fédération syndicale mondiale (FSM) reste le seul espoir de cette reconquête tant réclamée par les salariés. Refuser cet appel, en fermant les yeux sur la régression généralisée exigée par l'Union européenne et mise en œuvre par la CES, serait une faute dont la CGT ne se remettra pas. Si Sophie Binet compte sur le Congrès de la CGT en octobre à Paris pour renforcer cette orientation délétère, qu'elle ne se trompe pas sur la situation catastrophique de la CGT qui n'écoute plus ses syndiqués. Faut-il attendre les inévitables défections syndicales pour enfin se rendre compte que cette orientation ne sert ni la cause syndicale, ni la CGT, ni bien entendu les salariés qui croient aux luttes syndicales ? Il encore temps de corriger le tir.

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