Adrexo : répression syndicale!

Publié le par FSC

Source : article de l'Humanité de ce jour

Repris sur le site de la Filpac CGT

L'HUMANITÉ

A Angers, la société de distribution de prospectus Adrexo a licencié, fin juin, Catherine Tahaï, syndicaliste CGT, lui reprochant son discours « nuisible et agressif » envers l'entreprise. Estimant qu'il y a discrimination, elle a saisi les prud'hommes pour obtenir sa réintégration.

Une salariée forte tête contre un géant de la distribution de prospectus, ça se passe cet après-midi au conseil de prud'hommes d'Angers (Maine-et-Loire). Catherine Tahaï, 56 ans, secrétaire du syndicat CGT local de la société Adrexo, a saisi le tribunal en référé pour demander sa réintégration dans l'entreprise, qui l'a licenciée fin juin en lui reprochant un « comportement nuisible » et un « manque de rigueur et de professionalisme ».

Un licenciement « purement, totalement syndical », estime Camille Oger, son collègue et délégué du personnel CGT chez Adrexo.

« Ils ont décidé d'éliminer Catherine car elle fait du bon boulot syndical et développe la CGT », estime également Didier Testu, de l'union locale CGT d'Angers, qui reste confiant sur la procédure : « Comme elle s'est déclarée candidate aux élections professionnelles en mars, elle est salariée protégée, mais la direction n'en a pas tenu compte et l'a licenciée sans demander l'autorisation à l'inspection du travail. »

L'histoire de Catherine Tahaï avec Adrexo a commencé fin 2011 à sa grande surprise. « J'ai posé ma candidature, ils m'ont embauchée tout de suite alors que je pensais qu'ils verraient mon nom sur Internet. » Derrière elle, en effet, un long passé de syndicaliste à la mairie d'Angers, où elle a été pendant quinze ans secrétaire du syndicat CGT des communaux. Mère de cinq enfants, elle prend sa retraite en 2007, à 47 ans.

Quelques années plus tard, elle cherche un complément de retraite et postule chez le géant de la distribution de publicité non adressée, dont les locaux sont à deux pas de chez elle. « Pendant deux ans, j'ai vu comment ça se passait, mais je n'ai pas bougé. Puis le naturel a repris le dessus. »

En novembre 2013, elle crée un syndicat CGT, qu'elle développe avec Camille Oger, venu de FO.

Aujourd'hui, ils comptent quatorze adhérents sur la centaine de distributeurs employés au centre de distribution d'Angers. Tous embauchés en contrat à temps très partiel, avec des salaires de quelques centaines d'euros, les salariés sont « des retraités, des chômeurs âgés, ou bien des jeunes qui ne trouvent pas autre chose, explique Camille Oger. Le nombre d'heures est tellement faible que certains ne sont pas couverts par l'assurance maladie ».

Depuis deux ans, les deux militants ont multiplié les actions pour tenter de faire respecter les droits des salariés, notamment sur l'épineuse question de la durée de travail. Bien que ce système ait été déclaré illégal (voir encadré), Adrexo continue d'appliquer une « préquantification » du temps de travail qui consiste à estimer à l'avance le temps que mettra le salarié à distribuer telle quantité de prospectus, même si la réalité est très audessus.

« Pour une heure de travail payée, il y a au moins deux heures de travail réalisées », dénonce Camille Oger.

Sous l'impulsion du syndicat, une quinzaine de salariés d'Angers ont déjà gagné 244 000 euros de rappel de salaire l'an dernier, et d'autres se lancent dans l'action. « Depuis notre tract de mars intitulé Tous aux prud'hommes ! , il y a cent nouveaux dossiers à travers la France », se félicite Catherine, qui a aidé à la création de huit autres syndicats dans l'Hexagone, 80 syndiqués à la clé.

De quoi affoler Adrexo, surtout quand la militante officialise, mi-mars, sa candidature pour les élections professionnelles qui devaient se dérouler en août.

« Quatre jours après, on commençait à me reprocher des choses sur mon travail », raconte la syndicaliste. Dans la lettre de licenciement, la direction lui reproche de « tenir depuis un certain temps un discours fortement nuisible envers les intérêts de notre entreprise, voire dégradant », mais sans donner d'exemple plus précis. Elle note aussi une « forte dégradation de la qualité de (ses) distributions », citant des contrôles effectués sur deux semaines.

« Mais ils n'ont fourni aucun document prouvant ces contrôles, qui de toute façon ne valaient qu'un avertissement », estime Camille Oger. Outre le référé aux prud'hommes, Catherine Tahaï compte attaquer Adrexo au pénal pour discrimination syndicale, et annonce aussi une action du syndicat sur le travail dissimulé.

« Quand on m'attaque, je réponds ! lance-t-elle. Ce n'est pas tant pour moi que pour les précaires qui travaillent ici, je pense aux couples de personnes âgées que leurs petits-enfants aident à plier les prospectus le week-end, ou à cet homme de 50 ans qui faisait des tournées pour payer sa chimiothérapie. » ■

par Fanny Doumayrou

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