Un universitaire traduit en justice pour crime de lèse Valls

Publié le par FSC

Pour avoir rappelé sur une liste de discussion universitaire (Avignon) les propos d'E. Valls sur le manque de "blancos"  (ce sont ses termes) sur le marché d'Evry et qui donnait selon lui une mauvaise image de la ville ainsi que ses propos sur les Roms cet universitaire se voit traduit devant un tribunal.

Ou quand la hiérarchie universitaire se transforme en auxiliaire d'un pouvoir qui exige silence dans les rangs.

Le comble étant la qualification des faits reprochés :

 

" [provocation ]à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée »

La transmission à l'autorité judiciaire par les autorités universitaires considérant que les propos de l'universitaire

"[semblent] tomber sous le coup de l'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique"

Voilà donc où nous en sommes en France sous le règne de Hollande et de Valls.

Mais comme le disait notre cher Jean ferrat il y a déjà longtemps que "quelque chose est pourri au royaume de France!".

___________________

 

Bernard Mezzadri à M. Bernard Beignier

26, rue Haute Recteur de l’Académie d’Aix-Marseille

04160 CHÂTEAU-ARNOUX

Tél. : 06 71 12 79 53

Courriel : Bernard.Mezzadri@univ-avignon.fr

 

Avignon, le 11 novembre 2015

 

M. le Recteur,

 

Suite à une erreur d’adressage, je n’ai trouvé votre courrier de remontrances (du 24 juin) dans mon casier que le mercredi 4 novembre.

 

Comme le message incriminé a aussi entraîné une plainte en justice de mon établissement, je serai sans doute amené à m’en expliquer plus longuement, et publiquement.

 

Je me permets cependant de vous répondre en quelques mots, car je ne voudrais pas sembler acquiescer par mon silence à la condamnation sévère et sans nuances, injuste à mon sens, que vous prononcez.

 

Je précise tout d’abord que mon message a été diffusé sur une liste intitulée « uapv-débats », ce qui me paraît assez incompatible avec une quelconque neutralité (si tant est que cette prétendue neutralité puisse seulement exister) ; si l’on veut « neutraliser » un tel espace d’expression et de discussion contradictoire, il faut tout bonnement le supprimer.

Je ne pense pas non plus que mes propos excèdent les limites de la liberté d’expression, dans une démocratie en tout cas, où n’existe pas (pas encore ?) de crime de lèse-majesté et surtout dans une université qui, naguère, proclamait urbi et orbi être « Charlie ».

 

Sur le fond, qui seul importe : mon intention était de dénoncer la xénophobie de M. Valls, telle qu’elle s’est manifestée notamment au marché d’Évry dont il était alors maire, lorsqu’il a estimé que le nombre insuffisant de blancos (c’est son terme !) donnait une mauvaise image de sa ville (le service juridique de mon université est d’accord avec moi sur ce point du moins, je pense, et même renchérit puisque, prenant au pied de la lettre la première partie de mon message où je rappelais ironiquement les termes – odieux, en effet – de M. Valls, il a porté plainte pour « incitation à la haine raciale » !) ; ou encore lorsqu’il a, dans un discours officiel, stigmatisé une population nommément désignée (les Roms) en affirmant (sans aucun fondement objectif, évidemment) que, majoritairement, elle ne souhaitait pas s’intégrer. Il me paraît difficile de nier que de telles paroles, dans la bouche d’un ministre (et pour reprendre votre heureuse expression « étant donné le contexte dans lequel [elles] ont été émis [es] »), sont de nature à renforcer le sentiment de rejet à l’égard de toute une communauté, voire à servir de caution – nolens, je le veux croire – à des passages à l’acte.

 

Est-il indigne (d’un maître de conférences) de s’indigner de tels propos ? Ou est-il indigne (d’un maire, d’un ministre) de les proférer ? Est-ce enfreindre la neutralité que de dénoncer sans concession le racisme et la xénophobie, où qu’ils se manifestent ?

 

Je ne conçois pas ma fonction d’enseignant-chercheur en dehors du respect d’une déontologie et de certaines valeurs (mais sans doute est-ce déjà ne plus être neutre ?) Quand ces valeurs sont ouvertement menacées, j’estime avoir le droit, et même le devoir, de les défendre (entre autres au sein de mon université) fût-ce en dépit, fût-ce contre le pouvoir hiérarchique dont je dépends. Pour le dire dans les mots de votre courrier, la loyauté (l’obéissance ?) que je suis censé manifester à l’égard de mes « supérieurs » ne saurait prévaloir sur mon attachement à des principes fondamentaux auxquels je ne puis renoncer « en mon âme et conscience » (et que je me sens obligé de défendre quand ils sont bafoués, car notre silence d’universitaires vaut complicité). Ce faisant, je ne pense pas, bien au contraire, trahir la mission qui m’a été confiée. Au rebours, vouloir retirer aux enseignants-chercheurs cette liberté de conscience et de parole, partie prenante des libertés académiques dont ils bénéficient traditionnellement, serait s’en prendre aux conditions mêmes qui leur permettent de transmettre et de créer des savoirs en toute indépendance. Seul un régime totalitaire pourrait être tenté d’agir ainsi.

 

Dans un passé pas si lointain, des universitaires et intellectuels français ont su manifester leur désaccord face à ce type de dangereuses dérives ; à mon sens, ils ont honoré leur fonction, en ayant le courage de dénoncer l’inacceptable, quand d’autres se taisaient ou approuvaient par opportunisme ; je ne prétends pas, bien sûr, m’égaler à eux, mais en répondant à des mots (insupportables) par d’autres mots (sarcastiques), je crois préserver un peu de leur esprit et continuer modestement leur combat.

 

 

 

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Gédécé 02/01/2016 12:27

merci pour ces infos, que je vais de suite intégrer dans un billet à paraitre dans l'heure.