Le bis-ministre du travail

Publié le par FSC

Le bis-ministre du travail

Source le point et repris du site Commun Commune

sans commentaire

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Lors du remaniement, un nom manquait à l'appel : celui du vrai ministre du Travail, Laurent Berger. Sans le patron de la CFDT, la réforme est impossible.

Par Emmanuel Berretta

Publié le 01/03/2016 à 06:54 - Modifié le 01/03/2016 à 07:19 | Le Point.fr

 

Il est possible que vous ayez raté cette annonce lors du dernier remaniement : aux côtés de Juliette Méadel et d'Ericka Bareigts, un nom n'a pas été prononcé. Celui du vrai ministre du Travail et du Dialogue social, le dénommé Laurent Berger, 47 ans, natif de Saint-Nazaire. Un homme fort des gouvernements Ayrault et Valls. Le ministre le plus important après... Ségolène Royal ? Non, devant l'ancienne présidente de Poitou-Charente. En rang protocolaire, Laurent Berger occupe, en vérité, la place fantôme qui se trouve juste entre François Hollande et Manuel Valls. Personne ne le voit, mais il est bien là...

Quand il se prononce, son poids est incomparable par rapport au Premier ministre. Tenez, dimanche, le leader de la CFDT (une fonction qu'il exerce en dehors de ses heures de bureau qui vont bien au-delà des 35 heures hebdomadaires) était l'invité de France 5. La loi El Khomri ne lui avait pas été soumise. Vous parlez d'un couac ! Le ministre fantôme a donc demandé un « report » de la date d'examen en conseil des ministres, le temps que ses services l'étudient et l'amendent. Aussitôt, la machine de l'État s'est mise en oeuvre. Manuel Valls a été prié de rédiger un texte pour annoncer que « le gouvernement propose donc aux organisations syndicales et professionnelles des rencontres bilatérales, dès la semaine prochaine, autour du Premier ministre, de la ministre du Travail et du ministre de l'Économie ». Oui, en effet, Laurent Berger sera là sous sa double casquette : patron de la CFDT et « vrai ministre du Travail et du Dialogue social ».

Le vrai défenseur du modèle allemand

Laurent Berger est le plus allemand des syndicalistes. Ce n'est pas pour rien qu'il a tenu absolument à ce que, dans la dénomination de son ministère, on ajoute « et du Dialogue social ». Il y croit dur comme fer, lui, autant que François Hollande, c'est dire ! Car il pense que le dialogue social « fait partie de la performance économique de l'entreprise ». Dans son livre, Permis de construire* (non, non, il n'est pas ministre du Logement), il y consacre un chapitre tout à fait intéressant : « L'entreprise, c'est aussi nous : partageons le pouvoir ! »

Que dit-il ? Qu'il ne faut ni diaboliser l'entreprise comme lieu d'asservissement ni la statufier comme la réponse à tous les défis de notre temps. Il propose d'écouter les salariés qui parlent « intelligemment » de leur entreprise considérée comme un « bien collectif » et non comme le joujou des patrons. « J'ai le sentiment que les salariés aiment autant leur entreprise que les patrons eux-mêmes, » écrit le vrai ministre du Travail et du Dialogue social. Il fustige, par exemple, ces patrons salariés qui passent trop vite en encaissant un gros chèque au passage. Si Michel Combes (Alcatel) se sent visé, ce n'est pas un hasard.

« L'entreprise, c'est quelque chose de trop sérieux pour être laissée au seul dirigeant »

Il évoque un monde de l'entreprise dont les dirigeants sont passés sous la tutelle de la finance. On sent ici une référence latente au discours du Bourget de son « boss », François Hollande. Le vrai ministre du Travail défend l'idée que le salarié connaît mieux l'entreprise que l'actionnaire, et qu'il encourt lui aussi un risque (celui de perdre son job) si les mauvaises décisions stratégiques sont prises. Donc, le ministre du Travail prône l'adoption en France du modèle allemand de codécision où les conseils de surveillance sont composés, à parité, par les employeurs et les salariés. Voilà donc une proposition qui pourrait se retrouver dans la future loi El Khomri-Berger puisque le gouvernement parle d'enrichir le texte initial...

« J'entends certains expliquer qu'il faut s'occuper des rigidités et du coût du travail. Comme si casser ce qui protège et fait vivre ensemble pouvait être un projet social motivant, » écrit-il plus loin. Pour Laurent Berger, aucune richesse n'est créée par un seul. Elle est le fruit d'un travail collaboratif, d'une intelligence collective. »L'entreprise, c'est quelque chose de trop sérieux pour être laissée au seul dirigeant", conclut-il. Le pouvoir au sommet de l'État, aussi. Laurent Berger peut donc regagner son ministère virtuel du Travail et du Dialogue social et réécrire la loi El Khomri. Sa copie sera prête pour le conseil des ministres du 24 mars.

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