Une fois n'est pas coutume Le Monde ne nie pas la mobilisation et la persévérance des manifestants

Publié le par FSC

La jeunesse manifeste contre la loi du travail, le 9 avril 2016 dans les rues de Paris.

Le CRS l’annonce avec satisfaction dans son talkie-walkie : « C’est nettoyé. Affirmatif. » Dès 18 h 30, samedi 9 avril à Paris, les forces de l’ordre encadrent une place de la Nation quasiment vide, hormis quelques centaines de manifestants persévérants. Un début de pluie contribue à casser l’ambiance. « On resserre, on resserre ! », poursuit le CRS.

Le cortège, parti de la place République à 14 heures, avait prévu de se retrouver à la Nation en un grand rassemblement. Les fédérations syndicales des étudiants et des lycéens (UNEF, UNL, FIDL) arrivent les premières, rejointes par les syndicalistes CGT, FO, Solidaires et FSU. Mais en débouchant vers 18 h à l’extrémité du boulevard Diderot, des bombes lacrymogènes bloquent l’accès à la place.

« Avancez ! » crient les manifestants avant de se faufiler les rues adjacentes pour rejoindre la place de la Nation. Là, ils sont quelques dizaines à lancer des bouteilles, des bâtons et des pétards contre les forces de l’ordre constituées de CRS, gendarmes mobiles et policiers ou gendarmes en civil. Des badauds contemplent la castagne comme un spectacle, se dispersent au gré des charges de CRS et des lancers de grenades lacrymo, invectivent les policiers en civil qui embarquent les agitateurs dans des camionnettes. Un hélicoptère de la sécurité civile surveille la scène.

Les affrontements sont de courte de durée et le rassemblement de « fin de manif » est cassé par la dispersion du cortège. Vers 18 h 30, alors qu’un nuage de gaz lacrymogène enveloppe le centre de la place, une militante de la CGT s’en désole : « Ils nous ont empêché d’entrer sur la place. Forcément, la dynamique, ils l’ont pétée. »

« Un monde de précarité »

Dans le cortège, le 9 avril.

Tout le long du défilé, ce samedi, l’ambiance est pourtant pacifique, joyeuse, bon enfant et en musique. Ils sont 110 000 selon les syndicats, entre 18 000 et 20 000, selon le ministère de l’intérieur, pour cette manifestation interprofessionnelle contre le projet de loi El-Khomri.

Vers 14 heures, les manifestants abandonnent la place de la République et ses stands de vente de sandwichs-merguez, pour avancer, dans le calme et sous une pluie fine, vers le boulevard du Temple les conduisant à Bastille. Un groupe de funk composé de cuivres joue L’Internationale. L’union syndicale Solidaires diffuse le Motivés de Zebda.

C’est la première fois que les salariés et les jeunes – ces derniers en sont à leur sixième journée de mobilisation – étaient appelés à manifester pendant un week-end. Les familles et ceux qui ne peuvent pas se mobiliser en semaine viennent ainsi gonfler les rangs du cortège. Outre les lycéens, les étudiants et les militants des fédérations syndicales, bien présents, le défilé est empli de sympathisants de tous âges, n’arborant pas forcément de badges ou d’auto-collants. Des familles sont au complet, avec les enfants sur les épaules et dans les poussettes et les plus âgés avec leur canne.

 

Cali, 7 ans tient fièrement une pancarte « NON ! » à la main. « Je ne veux pas que Cali grandisse dans un monde de précarité, alors je me mobilise », explique Florence, sa mère. Arrivé à Bastille, un père montre à ses deux garçons comment coller des affiches sur un poteau. Une grand-mère claudiquant donne la main à sa petite-fille de 7 ans. « Avec des mots adaptés à son âge », dit-elle, elle lui a expliqué les raisons de la mobilisation : « la généralisation de la précarité du travail » et « les accords d’entreprise qui prendront le dessus sur les lois ».

Léo, jeune salarié « dans une situation confortable », dit être venu « par solidarité » avec les précaires et « pour faire vivre la démocratie ». Pour lui, l’enjeu dépasse la loi travail :

 

« C’est une lutte contre la financiarisation de l’économie, contre la prédation du capital par un petit pourcentage de la population qui refuse de redistribuer et ne joue pas le jeu de la solidarité. Il nous faut plus d’égalité quitte à avoir un tout petit peu moins de liberté. »
 

Vendredi 8 avril au soir, veille de week-end, il avait enfin pu se rendre pour la première fois à la Nuit debout sur la place de la République :

« J’ai été assez heureusement surpris : c’était assez ouvert, assez large, avec un système d’AG incroyablement efficace pour que tout le monde puisse s’exprimer et beaucoup de diversité. Il y avait beaucoup de monde et pas des marginaux. On sent que ça bouge. »

« Nuit debout »

Tout au long du cortège sont distribués des tracts « Nuit debout », le mouvement qui porte la manifestation et organise chaque soir des rassemblement place de la République. Chloé est déjà convaincue. Etudiante en deuxième année de graphisme, elle brandit une pancarte : « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner ». Elle est venue manifester après avoir passé la veille au soir sa première nuit place de la République, alors que des examens l’avaient empêchée de se mobiliser plus tôt. Pour elle, « avec tous ces gens là dans la rue, il y a vraiment un truc qui se passe » ; ajoutant : « Non seulement sur la loi travail, mais sur tous les combats qu’on mène au quotidien, je pense qu’en se mettant tous ensemble, on peut faire bouger les choses. »

 


 

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