F. Ruffin réplique à Libération et à L. Joffrin

Publié le par FSC

Rajoutons que non seulement les médias sont la propriété de quelques milliardaires et qu'ils en contrôlent le contenu dans le silence complice des journalistes libres comme à l'OBS ou opère le journaliste porte-parole du PS Renaud Delly présent sur de nombreux plateaux télé.

Propriété des banquiers et hommes d'affaires Xavier Niel (Free) , Pierre Bergé et Matthieu Pigasse( banquier) L'OBS (sa direction) menace  sa rédactrice en chef adjointe Aude Lancelin (réputée compagne de Frédéric Lordon) de licenciement en raison des tribunes ouvertes aux différents couranst de gauche qu'elle a fait paraître.

C'est cela qu'ils appellent la presse libre.

Celle de la pensée unique à la dévotion de l'oligarchie et des puissants.

Alors si un jour le syndicat CGT ne les a pas laissé paraître dans une sens ça a été un silence bienfaisant encore qu'ils ont pu largement se répandre sur internet et sur les plateaux télé camouflés en victimes d'une censure imaginaire!

Hypocrites!

Une pétition de soutien à Aude lancelin signée par de nombreux intellectuels circule d'ailleurs précisant :

"A l’état d’urgence, à la déchéance de la nationalité, au 49.3, il manquait encore une vilenie pour achever le quinquennat, et la voici : la presse aux ordres. A un an de la présidentielle, le premier hebdomadaire de la gauche française, l’Obs, a brutalement décidé d’engager une procédure de licenciement à l’égard de sa numéro 2, Aude Lancelin. On a du mal à croire que les raisons de cette éviction puissent revêtir un caractère «managérial», comme s’obstine à le soutenir curieusement la direction du journal" ...

 

"On n’imaginait pas qu’en 2016, et sous un gouvernement de gauche, on pouvait encore assister à des mises au pas d’une telle brutalité. Tout est donc dit à propos d’un gouvernement qui n’a décidément plus de principe, et considère la presse comme un outil à sa discrétion. Un des actionnaires a reproché, en conseil de surveillance, à Aude Lancelin d’avoir laissé ­publier des articles «antidémocra­tiques». On se demande bien ce que ce genre de chose peut simplement vouloir dire. En revanche, on voit très bien dans quel type de démocratie, ou plutôt d’antidémocratie, les gens qui agissent ainsi se proposent de nous faire vivre."

Mediapart :

https://blogs.mediapart.fr/christian-salmon/blog/250516/petition-contre-une-presse-aux-ordres-du-pouvoir

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François Ruffin

« Médias, patrons et dirigeants de droite se sont choisis un homme de gauche sur mesure : Laurent Joffrin. Comme opposant, c’est encore plus tranquille qu’un perroquet empaillé », écrivions-nous à propos de L’Idiot utile du capital. Mais voilà que, au nom de la « liberté de la presse », il pique une grosse colère…

C’était la routine, ce jeudi soir, au journal de France Inter à 19 h : « Les violences en manif », « la radicalisation », « les pompistes, qui sont en première ligne pour recevoir la colère des automobilistes », etc.
Puis le présentateur, Alain Passerel, s’engage franchement :

« Il n’y a pas que d’essence dont ont été privés les Français aujourd’hui. L’absence de quotidiens nationaux dans les kiosques ce matin. Sauf un bon élève, L’Humanité, qui ne s’est pas fait prier pour publier la tribune de Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. Les autres quotidiens ont refusé de céder au diktat. Résultat, grève des ouvriers du livre et non-parution du Figaro, du Parisien, de L’Equipe, etc. Ca s’appelle du chantage. Parce qu’ils ont refusé de céder au diktat de la CGT. Ca s’appelle du chantage. La conception de la liberté de la presse est un peu curieuse, du côté de la CGT, d’où la colère légitime des patrons de presse, même de celle qu’on classe à gauche. »

Et le présentateur de céder la parole à Laurent Joffrin, le patron de Libération :

« La décision de la CGT est honteuse et stupide. Ca va contre tous les principes, on n’a jamais publié de communiqué sous la pression, on ne le fera jamais, et donc on a bien fait de refuser. Et on voit le projet de la CGT, projet politique, c’est qu’il n’y ait qu’un seul journal. C’est un retour en arrière incroyable, ça ne s’est jamais produit. Y a une chanson des Beatles là-dessus, ça s’appelle Back in Ussr, ça veut dire retour en URSS. C’est ça la conception politique de la CGT aujourd’hui. »

En toute neutralité, toujours, le présentateur appuie cette subtile analyse, et nous offre un « clin d’œil » : la chanson des Beatles « Back in Ussr », car « ça va mieux en le chantant ».

Alain Passerel enchaîne ensuite avec un sujet sur les rémunérations des PDG, sur McDonald, sur le sommet du G7, avant de lancer : « Loin, bien loin des soucis français sur la loi Travail, les migrants continuent de mourir en Méditerranée… », sans lien aucun, donc, sinon ce sous-entendu : « Nous qui nous préoccupons de notre petit confort… »
Mais je voudrais revenir à Joffrin.
À sa conception à lui de « la liberté de la presse ».

Eux baignent avec bonheur dans cette démocratie rétrécie comme un poisson rouge tourne en rond dans l’eau tiède de son aquarium.

Soit : un jour par an, la CGT du livre impose son « diktat ».

Mais 364 jours par an, les quotidiens sont la propriété des grands patrons, Patrick Drahi pour Libération, le trio Bergé-Pigasse-Niel pour Le Monde, Serge Dassault pour Le Figaro, Bernard Arnault pour Les Échos et Le Parisien. Ça n’est pas l’URSS, certes, mais est-ce bien du pluralisme que de pouvoir choisir entre le journal d’un marchand d’armes et celui d’un banquier d’affaires, et dans tous les cas « s’informer » dans les colonnes de champions des holdings et des paradis fiscaux ? Est-ce bien conforme au projet du Conseil National de la Résistance, qui prévoyait d’affranchir la presse « des puissances d’argent » ? N’y a-t-il pas là, pour un démocrate comme Laurent Joffrin, matière à émotion, non pas un jour par an, mais tous les jours ?

Mais 364 jours par an, pour qui est habité de convictions hétérodoxes, nous avons à lutter contre la censure des quotidiens de Messieurs Drahi, Bergé-Pigasse-Niel, Dassault, Arnault. Nous avons à bâtir nos propres médias alternatifs avec deux morceaux de bois et trois bouts de scotch. Nous avons à passer sous les fourches caudines de Joffrin et de ses doctes confrères.
Sans doute ne le voient-ils pas, eux qui baignent avec bonheur dans cette démocratie rétrécie comme un poisson rouge tourne en rond dans l’eau tiède de son aquarium. Alors, un exemple : quand ont-ils fait leur Une, pour la dernière fois, sur le protectionnisme ? Jamais. Si demain, pourtant, le directeur de Libé était remplacé par le moins coûteux Joffrinescu en Roumanie, si les rédactions délocalisaient vers l’est en série, oui, ils s’en indigneraient aussitôt, soulèveraient l’Assemblée, feraient voter des lois contre « le dumping social ». Voilà quarante ans que ce scandale dure pour les ouvriers, et avec l’indifférence des médias : activement ou passivement, eux se font les partisans de « la libre circulation des capitaux et des marchandises », conformément aux intérêts de leurs grands patrons.
Quel jour de l’année, d’ailleurs, ces médias publient-ils des enquêtes, sur les fortunes de leurs propriétaires ? 2016 est une année bissextile, mais l’événement ne risque pas de se produire…
Est-ce cette autocensure, constante, sans répit, que Laurent Joffrin nomme « liberté de la presse » ?

Mais il y a pire.
Il y a pire, non pas 364 jours par an, mais même le 365ème !
C’est d’entendre Joffrin être qualifié « de gauche ».
Ça m’arrache le cœur.
Tous les samedis matins.
Sur France Inter.
Face à Alexis Brézet, du Figaro.
Être « représenté » par ça !
Par ce médiocre qui peine à aligner une idée sensée et trois mots audibles, qui marmonne dans sa barbiche !
Quand j’entendais Bernard Maris, souvent, je sentais qu’il portait ma parole, qu’il me fournissait des arguments, que je voudrais répliquer ça. Et idem, maintenant, avec Christian Chavagneux de Alter Eco.

Mais Joffrin !
Une épave intellectuelle.
Rien qui tienne debout.
Qu’on le laisse gloser dans le micro, d’accord, j’interdis rien, comme un petit vieux à l’hospice si c’est bon pour son traitement.
Mais pas en mon nom !
Pas sous l’étiquette « de gauche », pathétique repoussoir !
Le cadavre de Jaurès serait plus éloquent !

Notre pays souffre, c’est une évidence, d’une crise de la représentation, politique, mais également médiatique – avec des pans entiers qui sont exclus de l’Assemblée et des plateaux télés.
Quel est l’un des enjeux de la bataille en cours ?
Nous débarrasser d’une « fausse gauche » politique, du Parti socialiste des Valls-Macron-Hollande. Eh bien, de même, il faut que se débarrasser de la « fausse gauche » médiatique, que Joffrin et consorts soient évacués des studios de radio qu’ils occupent en notre nom, qu’on en dénonce l’usurpation.
Pierre Bourdieu le réclamait il y a vingt ans, il en appelait à un « mouvement social des journalistes contre tous les July et Joffrin » qui favorisent « à longueur d’éditoriaux les thèses mondialistes ».
Bourdieu est mort.
July est parti.
Joffrin, lui, sévit encore, avec d’incessants allers-retours (cinq en tout !, dix transferts !) entre Le Nouvel Obs et Libé, entre « l’hebdo de gauche » et « le quotidien de gauche », comme pour surveiller que ni l’un ni l’autre n’échappent à son insignifiance.
On attend donc ce mouvement des journalistes.
Qui viendrait libérer notre métier, moins de la CGT du Livre un jour par an, que du carcan des Joffrin les 364 jours restants.


 

F. Ruffin réplique à Libération et à L. Joffrin
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