Les tentations du pouvoir contre le mouvement : la répression syndicale et la provocation

Publié le par FSC

Face à un mouvement contre sa loi emploi qui s'ancre et laisse prévoir une forte convergence des luttes dans la semaine, le pouvoir minoritaire  au parlement et isolé dans l'opinion publique manie la répression contre les militants syndicaux et la tentation de miser sur le désordre et les violences avec le but de retourner l'opinion contre le mouvement.

Dans ce contexte les casseurs et les mouvements dits "autonomes" qui n'ont pas hésité le 12 mai dernier et à Paris et à Marseille à s'attaquer aux manifestants et aux services d'ordre de la CGT en particulier ont une attitude plus que trouble.

Ces manoeuvres dangereuses doivent être déjouées ET par des mesures pratiques en particulier lors du déroulement des manifestations ET par une clarification du rôle de ces groupes qui derrière une phraséologie "révolutionnaire" font le jeu du pouvoir et constituent un élément de diversion et de division.

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Communiqué de la CGT éducation Nord Pas de Calais

Les syndicats CGT Éduc’Action 59 et 62 réunis en Conseil Syndical, en présence des représentants de la CGT Éduc’Action Picardie, condamnent avec force les provocations et les violences policières qui se sont exprimées hier à Lille, Amiens et dans plusieurs autres villes de France.

Selon un scénario, aujourd’hui bien rôdé, prétextant la présence de casseurs au sein de la manifestation, les forces de l’ordre ont chargé les jeunes (lycéens et étudiants) présents au milieu du cortège et ont scindé la manifestation en deux, empêchant celle-ci d’atteindre son terme. Il ne s’agit pas de débordements dus à la colère légitime des manifestants, mais bien d’une stratégie de la tension mise en place par un pouvoir aux abois pour tenter d’étouffer la contestation grandissante de la politique sociale du gouvernement en général, de la loi El Khomri de casse du code du travail en particulier.

Il s’agit d’une atteinte inadmissible au droit constitutionnel de manifester.

Les syndicats CGT Éduc’Action 59 et 62 et les représentants du la CGT Éduc’Action Picardie appellent à faire des 17 et 19 mai de grandes journées de mobilisation, étapes de la construction d’un puissant mouvement social répondant à l’ampleur du mépris et de la violence gouvernementale et patronale.

Les syndicats CGT Éduc’Action 59 et 62 et les représentants du la CGT Éduc’Action Picardie exigent que les forces de l’ordre assurent, comme c’est leur devoir, la sécurité de tous les manifestants.

Ils exigent la libération immédiate de tous les manifestants arbitrairement interpelés.

 

Fait à Lille le 13 mai 2016

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Les grandes manoeuvres du Préfet de police de Paris Michel CADOT

 

Quand le prefet de police de Paris tente de diviser les manifestants : témoignage de Solidaires

En publiant un communiqué suggérant que les syndicats collaboraient avec la police, la préfecture de police de Paris a contribué à provoquer les affrontements qui ont entaché la manif du 12 mai. Une manipulation qui a exaspéré au sein de Solidaires. Un camarade témoigne.

Dès le 11 mai au soir, les réseaux sociaux frémissaient d’une nouvelle sensationnelle : les syndicats allaient collaborer, main dans la main, avec la flicaille, durant la manif du lendemain. D’où venait l’info ? De la police elle-même bien sûr.

Le préfet Michel Cadot est pourtant connu pour sa façon sciemment approximative de diffuser des informations.

Malheureusement la manipulation a fonctionné puisque, le lendemain, les cortèges syndicaux ont dû subir pendant quelques temps les insultes et les provocations (« flics », « collabos »…) d’un groupe de manifestant.e.s qui avaient visiblement gobé la communication policière. A hauteur des Invalides, les manifestants qui ont affronté le SO de la CGT avaient les mêmes invectives à la bouche.

« Une décision unilatérale »

Mais de quelles sombres tractations la préfecture de police de Paris a-t-elle bien pu être le théâtre, la veille de la manif ? Un camarade de Solidaires témoigne :

« Que les choses soient claires, nous avons été reçus par le préfet Cadot à deux reprises.

La première fois, c’était le 28 avril, suite à la protestation de l’intersyndicale francilienne (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef) contre la répression et les violences policières. L’intersyndicale a alors rencontré le préfet pour lui demander des explications sur le déploiement des forces de l’ordre dans les manifs. A cette occasion nous avons dénoncé les méthodes des flics (couper les cortèges, ne pas nous laisser aller au bout du parcours, gazer, faire du zèle…) et affirmé que nous ne ferions pas de différence entre les « bons » et les « mauvais » manifestants. Bien sûr, avec des nuances selon les syndicats, comme l’a relevé le préfet lui-même : « Vous vous exprimez de manières différentes. »

La deuxième fois, c’était en allant déposer le parcours de la manif du 12 mai. Là, surprise, les services de la préfecture nous disent que le préfet en personne veut absolument voir l’intersyndicale. Intrigués, nous le rencontrons. On le sent quelque peu paniqué par le 49.3, redoutant qu’il entraîne explosion de violence. Il nous explique qu’il veut cadenasser la manif avec des flics, en particulier autour du cortège de Solidaires. Évidemment, nous refusons. Il nous dit alors que ses hommes souhaitent aller chercher les « casseurs » qui se cacheraient dans nos cortèges. La CGT lui rétorque que nous ne sommes pas des auxiliaires de police.

En désespoir de cause, il nous informe que ses hommes formeront un « U inversé » devant le carré de tête. Il s’agit là d’une décision unilatérale, ne laissant aucun choix dans le dispositif.

La soi-disant « relation étroite » mentionnée à la fin du communiqué se limite à un officier de liaison imposé à chaque syndicat, qui vient nous dire de temps à autre si ça avance ou pas – une sorte de régulation de la circulation qui ne nous est guère utile, puisqu’on sait très bien, par nous mêmes, si ça avance ou pas… Le mec, ça le fait clairement chier de venir nous parler, et on ne devient pas copains au fil de la manif… »

Conclusion : la préfecture dit ce qu’elle a envie de dire, que ce soit pour se faire bien voir de la Place Beauvau ou pour jeter la suspicion sur les organisations syndicales. Mais on n’est pas obligé de la croire sur parole. Ni de faire circuler les cancans policiers sur les réseaux sociaux en croyant partager une révélation sensationnelle.

Suite à cette échauffourée, qui a fait des blessé.e.s de part et d’autre, ça cogite ferme au sein des organisations syndicales pour éviter une redite. Dans tous les cas, suite à cette affaire, il y a de fortes chances qu’au moins la CGT, la FSU et Solidaires refusent de se retrouver dans la même pièce que le préfet… pour éviter toute velléité de manipulation !

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

 

Les tentations du pouvoir contre le mouvement : la répression syndicale et la provocation
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