Action des intermittents au siège du MEDEF à Paris

Publié le par FSC

Action des intermittents au siège du MEDEF à Paris

Valls et consorts, les médias prétendaient les intermittents neutralisés et écartés de la lutte!

Groose déception dans les palais dorés ce jour :

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Source de l'information : Libération

Plusieurs dizaines de militants ont réussi à pénétrer dans l'enceinte du bâtiment qui abrite l'organisation patronale, à Paris, pour protester contre le blocage des négociations sur leur régime spécifique d'assurance chômage

Les intermittents envahissent le Medef. Ce mardi vers 13h30, une centaine de militants, proches de la CIP (Coordination des intermittents et précaires), ont investi le siège du patronat français, dans le VIIe arrondissement à Paris. Profitant d’un colloque organisé en début d’après-midi sur le contrôle fiscal des entreprises, et auquel devait participer Pierre Gattaz, ils ont réussi à s’infiltrer dans ce bâtiment pourtant largement sécurisé.

Une action spectaculaire, au cours de laquelle une banderole a été déployée du 2e étage, et qui portait l’inscription suivante: «Le déficit de l’Unedic masque les profits du patronat». A l’accueil, au rez-de-chaussée, un autre calicot: «Patron voyou, on te retrouvera partout.»

 

Courroux des intermittents: le refus, pour l’instant, par le Medef et la CFDT, d’intégrer, dans la convention Unedic, l’accord de branche signé dans le spectacle fin avril, au prétexte que le montant des économies exigées (105 millions d’euros) n’est pas respecté. Mais l’action porte également sur la loi travail, dont les manifestants demandent toujours le retrait.

«Aujourd’hui, c’est le Medef qui fait la pluie et le beau temps sur la politique du gouvernement, donc on est venus à la source, explique Farida, une des participantes à l’action. La prochaine réunion Unedic, au cours de laquelle ils doivent à nouveau se pencher sur notre accord de branche, c’est le 16 juin. Qu’ils sachent que nos actions ne connaîtront pas de pause d’ici là.» Vers 15 heures, les forces de l’ordre entamaient l’évacuation du siège du Medef, emmenant les manifestants dans un car de police garé devant le bâtiment.

Luc Peillon

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Par ailleurs déclaration collective :

 

«Certains jours, il ne faut pas craindre de nommer les choses impossibles à décrire» (René Char). Epuisement… Les revendications des intermittents du spectacle pour faire valoir leurs droits à l’assurance chômage et préserver leur régime spécifique passent mal la rampe. Difficile pour eux d’échapper à l’étiquette de «privilégiés» dont certains se plaisent à les gratifier afin de discréditer un combat qu’ils mènent depuis près de vingt-cinq ans. Combat mené d’abord sur le mode défensif et, depuis une dizaine d’années, de façon constructive, avec l’avancée de propositions concrètes et l’élaboration collective d’un projet viable.

Nos publics peinent, jusqu’à ce jour, à comprendre nos revendications du fait de leur aspect technique et à concevoir que les techniciens et les artistes qu’ils applaudissent sur scène sont pour la plupart des travailleurs précaires. Une réalité qui pourtant s’aggrave au fil des saisons. C’est dans cette brèche que le Medef et ses alliés s’engouffrent depuis toujours si bien qu’on finit par croire qu’ils ne souhaitent surtout pas qu’apparaisse au grand jour le modèle de ce que pourrait être une flexisécurité pour tous les citoyens.

Au-delà même de l’argument qui veut que les valeurs, les pensées, les expériences sensorielles qui sont produites sur nos scènes, dans nos films, nos musiques sont nécessaires à la bonne marche d’une société qui tiendrait compte et respecterait l’ensemble de ceux qui la composent, jamais le constat que le secteur du spectacle produit plus de richesse qu’il n’en coûte, confirmé par de nombreux économistes, n’a été pris en compte par les détracteurs de l’intermittence.

Dans la nuit du 27 au 28 avril, un accord portant sur le fonctionnement des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage, régissant le système d’indemnisation des intermittents du spectacle, a été signé pour la première fois à l’unanimité. Un comité d’experts, présidé par un économiste et réunissant un inspecteur général des affaires sociales, un magistrat honoraire à la Cour des comptes, un sociologue, des représentants de l’Unédic, de Pôle Emploi et des ministères de la Culture et du Travail, a approuvé cet accord qui permet de réaliser plus de 90 millions d’euros d’économies.

Cet accord est historique

Il prend en compte bon nombre des revendications des intermittents : date anniversaire, 507 heures sur 12 mois, prise en compte des congés maternité et des heures d’enseignement artistique, droits de ceux qui arrivent à la retraite. L’ensemble de notre secteur consent également à faire des efforts importants : plafonnement des indemnités, suppression du versement des allocations chômage durant les congés payés, hausse de 1 % des cotisations patronales. Ces concessions qui font preuve, vu les difficultés de l’ensemble des structures et compagnies qui voient leurs budgets fondre d’année en année, d’un geste d’adaptation fort. Un bel effort qu’aucun autre secteur n’a, pour l’heure, accepté de faire.

Le 30 mai, le Medef et l es confédérations CFDT, CFTC, CGC o nt refusé de signer l’accord du 28 avril, désavouant du même coup leur «branche spectacle». Sous prétexte d’économies insuffisantes, ils n’ont pas souhaité l’intégrer à la nouvelle convention d’assurance chômage de l’Unédic.

Epuisement… Ce refus ne nous étonne pas. Il était déjà inscrit dans la «lettre de cadrage» proposée par le Medef avant le début des négociations. Cette lettre exige que le secteur «spectacle» réalise 185 millions d’économies (400 millions à l’horizon 2020). Une démesure budgétaire inacceptable.

En effet, comment oser demander à 4 % des chômeurs indemnisés 23 % des économies générales de l’Unédic (50 % à l’horizon 2020) ?

Ces efforts constants, les intermittents ne peuvent plus les supporter.

Ils n’ont d’autres finalités que de tuer le sujet que l’on veut prétendument soigner.

Le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, a déclaré «vouloir s’engager dans la préparation de la mise en œuvre de "l’accord" afin qu’il entre en vigueur en juillet». Manuel Valls a émis le désir de proroger l’accord par décret laissant croire à chacun que le problème était réglé. Rappelons qu’en 2014, Manuel Valls avait annoncé la prise en charge par le gouvernement d’un des dispositifs du protocole signé cette année-là : «le différé d’indemnisation». Il avait, alors, présenté cette aide comme une aide éphémère.

 

Nous refusons catégoriquement que la prise en charge de l’Etat devienne durable. Cette proposition, soi-disant généreuse, s’avère extrêmement dangereuse. Pourquoi ?

Si aujourd’hui, l’Etat finançait, même en partie, l’assurance chômage des intermittents du spectacle, leur régime spécifique deviendrait tributaire des budgets de l’Etat et des alternances politiques. Et alors… que se passerait-il au prochain changement de président à la tête de l’Etat, au prochain changement de gouvernement, de majorité à l’Assemblée ? Que se passerait-il si le nouveau Premier ministre refusait de poursuivre ce que Manuel Valls aura prétendument sauvé à court terme ?

La réponse est claire : l’intermittence, essentielle et structurelle à la survie de notre secteur, disparaîtrait. Purement et simplement. Sans que personne ne puisse plus rien faire.

Une disparition tragique qui balayerait d’un coup plus de vingt-cinq ans de combats dans un cadre démocratique de négociations.

Si cela était, nous serions alors nombreux à dire que c’est bel et bien un gouvernement de gauche qui aura été le fossoyeur de l’intermittence et, par là même, de la vitalité de la culture française.

Une dernière réunion interprofessionnelle de négociations sur l’assurance chômage doit avoir lieu le 16 juin.

Intermittents du spectacle nous-mêmes ou directeurs permanents de théâtres, directeurs d’établissement culturel , responsables de compagnie et de festival, auteurs au côté des intermittents, nous serons attentifs à son déroulement et serons disposés à agir ensemble en cas de refus de la signature de l’accord approuvé à l’unanimité le 28 avril 2016.

 

Parmi les premiers signataires :

une vingtaine de directeurs et directrices de structures nationales (centres dramatiques, écoles, festivals, théâtres), la Société des réalisateurs de films, ainsi que : Anne Alvaro comédienne Mathieu Amalric comédien, réalisateur Nicolas Bouchaud comédien Barbara Bouley metteure en scène (Cie Un excursus) Stéphane Brizé cinéaste Laurent Cantet réalisateur Agnès Jaoui cinéaste Yannick Jaulin acteur, conteur et dramaturge Jean-Marie Larrieu cinéaste Claire Lasne-Darcueil directrice du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD) Micha Lescot comédien André Markowicz traducteur Valère Novarina ecrivain et metteur en scène Patrick Pineau comédien, metteur en scène (Cie Pipo) Denis Podalydès comédien, metteur en scène, scénariste et écrivain, sociétaire de la Comédie-Française Pierre Salvadori cinéaste Jean-François Sivadier metteur en scène (Cie italienne avec orchestre) Céline Sciamma cinéaste Marie Vialle comédienne Jean Varela directeur du Printemps des comédiens et du Théâtre Sortie Ouestet plus de 400 metteurs en scène, auteurs, réalisateurs, techniciens, directeurs de théâtres et comédiens. La liste entière des signataires est consultable sur Libération.fr et sur http://lettreouverte.jimdo.com/

 

 

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