Les Violences policières en France vues par un journaliste algérien

Publié le par FSC

 Les Violences policières en France vues par un journaliste algérien

Source de l'information : le site de Danielle BLEITRACH

Entretien par joël Jégouzo sur le site K-libre.fr : «L’incommensurable force de continuer à être humain en plein charnier»

joël Jégouzo :

Tronçonnage des manifestations autorisées, nassage des manifestants, attaques des têtes de manifs, CRS au contact permanent, encadrant les files des citoyens pour leur prescrire leur pas, leur cheminement, les maintenir à l’arrêt, les disperser sauvagement, détention en plein air de ces mêmes manifestants des heures durant, interdictions de manifester envoyées à nombre d’entre eux, interdictions de couvrir en reportage ces manifestations à l’adresse des journalistes de la presse alternative, utilisation systématique du flash ball en tirs tendus, des grenades de désencerclement sans sommations, gazages «préventifs» avant même qu’aucun mouvement de foule ne se fasse jour, matraquage systématique, déchaînement de coups contre les plus jeunes, les femmes, les retraités, etc. On n’a jamais connu, en France, ces vingt dernières années, de tels épisodes de violences policières. Que vous inspire cette montée en puissance de la répression policière en France ?


Adlène Meddi :

"Jamais vu en vingt ans, peut-être, mais rappelez-vous Napoléon faisant tirer au canon dans les rues de Paris contre les civils manifestants, ou Papon massacrant en 61 et en 62 les Algériens puis les antifascistes, tuant à profusion, noyant dans la Seine ou écrasant sous les grilles du métro Charonne…

Les protocoles d’interventions de la police ne sont pas seulement des livrets techniques et pratiques pour la gestion des foules et l’avortement des mouvements de masse.

C’est une idéologie qu’on inculque aux éléments de la police en déshumanisant l’en-face, l’ennemi, le «p’tit jeune con» à qui on va expliquer la vie puisque ses parents ne l’ont pas fait.

Ça dure depuis le début du XXe siècle : La rage au bout de la matraque n’est pas le fruit de la «méchanceté» du flic, mais le résultat du brain washing qui a structuré la formation des forces de l’ordre, en instaurant une sorte de doxa de l’Etat manichéiste, simpliste et nourrie par les pressions sociales et culturelles que subissent ces mêmes éléments des forces de l’ordre.

 

Le premier objectif de chaque mouvement révolutionnaire est de renverser cette logique et de casser la logique de l’affrontement pour imposer une seule vision : celle qui fédère le peuple contre les forces qui l’oppriment. Tous ceux qui l’oppriment, pas seulement le flic, mais aussi la fiche de paie et «l’inhumanisme» de l’hypermarché…

Il y a une sorte de guerre sociale violente muette en France et ailleurs, comme le décrit si bien Alexis Jenni dans L’art français de la guerre. Une violence transparente, qui se ressent parfois quand on parle de taux de suicides à France Télécom ou quand on vous explique que la mobilité au travail c’est super grâce aux belles tablettes connectées et à la 4G, alors qu’il s’agit de pratiques esclavagistes quasiment acceptées banalement par tout le monde.

 

C’est ce qui nous mène vers la loi du travail et à son passage en force : comment voulez-vous qu’il en soit autrement alors qu’une partie de la société a accepté cette forme horrible de la politique de l’emploi précaire, volatile (j’ai vécu brièvement l’enfer et l’humiliation des boites d’intérim en France, étudiant à l’époque, cherchant à vendre mes muscles et ma chair, mon temps et mes matins glaciaux).

Je pense qu’au-delà de la loi du travail il est intéressant de voir que les questionnements parcellaires sur la condition citoyenne face à la machine fascisante du tout-productif commencent à se fédérer. Il faudrait maintenant aller plus loin peut-être, étudier des pistes, sortir de la politique politicienne et dire que la société, le voisin d’à côté et la vieille du palier d’en face ont autant d’expertise de la vie et de l’humain (et sans faire de populisme) qu’un costard-cravate aux crocs acérés qui ne regarde que la courbes de la bourse.

Tout un monde à refaire à condition d’être conscient de la constitution actuelle du citoyen qu’on a effacé pour en faire un consommateur bien obéissant. Pourtant, en France et ailleurs en occident, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont choisi la voie de la citoyenneté, au prix de sacrifice. Je pensais que c’était des hippies des temps modernes. Hé bien c’est carrément eux le présent. Et, pourquoi pas, l’avenir."

 

 

 

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