Nous irons manifester!

Publié le par FSC

Nous irons manifester!

Ceux qu s'engagent contre l'autoritarisme d'un pouvoir aux abois sont de plus en plus nombreux à le déclarer publiquement :

___________________________________

Publié dans Libération

Contre la loi Travail, ne pas baisser la garde. Protester reste le seul moyen de faire entendre le rejet d'un projet de loi délétère.

 

Nous irons manifester

Manifester aujourd’hui est non seulement un droit inscrit dans la Constitution, mais c’est d’abord une nécessité. Oui la violence est partout, et en premier lieu dans les méthodes d’un gouvernement qui écrase, en mettant en œuvre les seules exigences du patronat, l’idéal d’émancipation porté par la gauche depuis la Révolution.

Les groupes autonomes qui interviennent aujourd’hui dans les manifestations ont pour leur part opté pour une stratégie d’affrontement violent. Nous déplorons comme beaucoup leur volonté de se substituer au mouvement en singeant l’insurrection, leur refus de se rendre solidaires des manifestants en agissant le plus souvent en solitaires, parasitant un mouvement dont ils ne partagent en réalité aucun objectif et faisant ainsi le jeu de ses adversaires.

La déshumanisation dans laquelle nous plonge le néolibéralisme nous incite à résister, comme l’expriment les autocollants que portent les participants aux cortèges de rue : «Non au retour à Germinal». Cette référence au passé exprime la conscience historique de la colère de tous ceux qui ne veulent plus de la précarité permanente et du management de soi qui détruit l’existence digne. La loi Travail, passée en force par l’usage du 49.3, est à rejeter quelles qu’en soient les conséquences qu’en tirera la bureaucratie d’une Europe réduite à un grand marché.

En l’absence d’un mouvement de grève difficile à mettre en œuvre, compte tenu des risques de licenciements encourus par les travailleurs de plus en plus isolés et à la merci d’un patronat, manifester est le seul moyen de faire entendre la lassitude et le rejet. Non seulement le rejet d’un projet de loi délétère, mais aussi d’un système qui asservit les individus à la logique du «toujours plus» auquel les gouvernants obéissent aveuglément.

Nous nous engageons à manifester par notre présence physique aux différentes initiatives qui seront prises par les représentants d’un mouvement qui, quoi que le gouvernement en dise, est largement majoritaire.

Claude Calame (anthropologue), Pierre Dardot (philosophe), Christophe Charle (historien), Claudia Moatti (historienne), Christian Laval (sociologue), Michèle Riot-Sarcey (historienne)

Commenter cet article