Michel Rocard : la gauche 49-3

Publié le par FSC

Michel Rocard : la gauche 49-3

Dans la grande presse tenue par les puissants les éloges, les tresses de lauriers ... ne manquent pas et ne vont pas manquer.

Son décès nous rappelle effectivement à notre sort commun et nous ne pouvons qu'être emprunt du respect de la douleur de ses proches.

Reste le bilan politique d'une vie liée à ce que l'on appelle la deuxième gauche qui trouve son expression actuelle dans les orientations de Manuel Valls et de François Hollande.

Au plan européen ces orientations étant par exemple liées à l'action d'un Jacques Delors.

Il s'agit donc d'une politique contre les travailleurs et leurs conquis.

C'est pourquoi sur le plan qui nous mobilise particulièrement, celui de l'action syndicale et des luttes nous tenons à rappeler les faits et décisions qui se rapportent à la mise en oeuvre concrète de ces choix :

Le champion toute catégorie du 49-3

En trois ans de mandat à Matignon, de 1988 à 1991, Michel Rocard a actionné ce levier... 28 fois.

C'est d'ailleurs F. Hollande qui vient de préciser à l'occasion de son décès : "Sa méthode fut celle du dialogue du compromis. Il nous inspire encore aujourd'hui".

Donc le dialogue à coups de 49-3, bien à l'abri de l'opinion populaire et des institutions anti-démocratiques de la Ve république, si dénoncées par les socialistes AVANT leur arrivée au pouvoir.

La régie Renault

Décision emblématique d'un comportement autoritaire soumis par ailleurs aux directives de Bruxelles, la réforme du statut de la Régie Renault et la décision de la fermeture de Renault-Billancourt (1989) pour cause essentiellement de la volonté d'affaiblissement de la classe ouvrière organisée dans des concentrations importantes et dedémantelement de l'industrie nationale.

A l'époque Pierre Agudo dans l'Humanité en avril 1990 rappelle les enjeux et les conséquences de cette décision :

Le 12 janvier 1988, Des ouvriers communistes de chez Renault, prenant des risques, s'étaient hissés sur le fronton de l'île Seguin à Billancourt pour rétablir l'enseigne «Régie nationale» sous le mot «Renault». Quelques mois auparavant, pensant hâtivement que l'Assemblée Nationale adopterait le projet de loi Chirac-Madelin visant en totale harmonie avec les directives de Bruxelles à modifier le statut de la Régie pour la privatiser, le P-DG de l'entreprise nationale, Raymond H. Lévy avait fait supprimer l'enseigne. C'était sans compter sur la mobilisation des travailleurs de Renault et de l'opinion publique. Résultat: depuis ce 12 janvier 1988, les mots «Renault, Régie nationale» demeurent fièrement affichés sur le fronton de l'île.

ILS VEULENT PRIVATISER TOUTES LES ENTREPRISES PUBLIQUES

Hier, ce n'est pas Chirac qui est revenu à la charge, mais François Miterrand, Michel Rocard et son gouvernement. S'attaquant dans la même journée au statut des PTT et à l'avenir du logement social, le Conseil des ministres a en effet adopté le projet de loi faisant de la Régie Renault une société anonyme, et ouvrant 25 % de son capital au privé.

Le texte présenté par Roger Fauroux, ministre de l'Industrie, et destiné à consommer le récent mariage, entre Renault et le constructeur privé suédois Volvo, « permet, a indiqué le porte-parole du gouvernement Louis Le Pensec, la constitution d'un ensemble qui devient premier constructeur européen de véhicules poids lourds et automobiles et premier constructeur mondial de poids lourds». Certainement plus inquiété qu'il ne voulait le laisser entendre par l'opposition que manifestaient les travailleurs de chez Renault aux abords de l'Assemblée Nationale (voir page 4), le porte parole de Matignon a précisé que « l'ouverture du capital de Renault est autorisé dans la stricte limite de 25 %», l'Etat conservant indirectement ou directement 75 % des droits de vote. Renault reste une entreprise publique». Se voulant, lui aussi rassurant Roger Fauroux a indiqué que Renault continuerait à s'appeler «Régie nationale», alors que le président de la République tenait à faire savoir qu'il considérait ce texte, qui sera soumis les 26 et 27 avril prochain au Parlement, comme «important».

Ainsi le gouvernement Rocard, menaçant d'ores et déjà, comme Chirac en son temps, de sortir le 49-3 pour renier le «ni-ni» (ni privatisation, ni nationalisation) promit par François Mitterrand dans sa Lettre aux français, vient de franchir un nouveau pas sur le chemin de la capitulation nationale.

Hier matin sur France Inter le chroniqueur Jean-Marc Sylvestre a d'ailleurs bien indiqué que la réforme du statut de Renault donnait l'occasion aux députés RPR et UDF d'aller «beaucoup plus loin». Ils pourront maintenant exiger «l'ouverture du capital des sociétés publiques actuellement contrôlées à 100% par l'Etat. C'est à dire: la SNECMA, AIR France, l'Aérospatiale et le Seita». Ils ont dorénavant cartes blanches pour revendiquer la transformation «en société anonymes des établissements publics: RATP, SNCF, EDF-GDF, Caisses des Dépôts», et «accélérer la réforme des PTT jusqu'au stade de l'indépendance». Et le commentateur de préciser: «même si le projet est discret sur ce sujet, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher la Régie de faire appel aux marchés financiers». Un commentaire qui a le mérite de la clarté. Encore que le même Jean-Marc Sylvestre déclarait le 22 octobre 1987 sur les mêmes ondes: «On ne privatise pas des symboles surtout quand ils sont sacrés». Dans le même registre on pourrait rappeler aux députés de droite qu'un des leurs, M. Bettencourt, déclarait le 18 janvier 1969 lorsqu'il était ministre de l'Industrie du général De Gaulle qu'il «n'était ni opportun ni raisonnable pour Renault d'envisager un statut de caractère privé».

CHIRAC ET MADELIN S'ETAIENT CASSE LES DENTS

Rien n'est joué. «Le Monde» a beau écrire «Renault vient ainsi de tourner une page de son histoire», et «Libération»: «le statut que les pouvoirs publics vont faire tomber est depuis belle lurette dé-sta-tu-fié», il y a loin de la coupe au lèvre. Jacques Chirac, on l'a vu en fit l'amère expérience en retirant en 1987 son projet de loi.

Cependant l'affaire est grave. Comme l'a souligné hier Henri Krasucki: «Renault et plus largement toute l'automobile française sont menacés d'être des marginaux de l'Europe. Les 18% d'importations de voitures japonaises prévues par la CEE représentent la production de deux Billancourt».

On voit mal en effet, contrairement a ce qu'a affirmé hier l'un des dirigeants de la Régie, Michel Praderie, à savoir que «c'est la capacité d'imaginer une organisation du travail plus performante qui prévaut désormais», comment la modification du statut, en livrant une partie de l'entreprise publique à un groupe étranger, et en évitant du même coup «la duplication inutile de moyens industriels» (il s'agit de l'accord Renault-Volvo) permettra à l'entreprise française d'être plus performante.

Pour l'heure la réduction des capacités industrielles de la Régie et les perspectives du même ordre -fermeture de Billancourt et réduction de 5000 emplois par an- conduisent à désarmer l'automobile française face à une concurrence étrangère dont la pénétration grimpe en flèche. Quant à penser que Renault porterait les pantalons du couple qu'il forme avec Volvo, (on apprenait hier que R. H. Lévy était proposé pour siéger au conseil d'administration de Volvo), et pourrait ainsi lutter contre la concurrence japonaise, le récent accord de Volvo avec Mitsubishi renvoie ce sentiment sur un miroir, celui des alouettes.

LES MODERNES SONT CEUX QUI RESISTENT

Et comme le rappelait Georges Marchais à «l'Heure de Vérité» les menaces qui pèsent sur l'avenir de la filiale poids lourds de la Régie (RVI) détenue à 45% par Volvo, et la production haut de gamme de Renault existent, au prix de la suppression de milliers d'emplois. Comme on est loin dans cette affaire d'une coopération mutuellement avantageuse telle que la proposent les communistes. Mais comme on est loin aussi de la lettre de cette ordonnance n° 45-68 du 16 janvier 1945 portant nationalisation des usines Renault, ce fameux Statut qui indiquait: «L'Etat doit non seulement veiller à la remise en route rapide des usines Renault, mais encore lui fixer des programmes de fabrication correspondant aux besoins du pays, contrôler l'amélioration progressive de ses moyens de production et des conditions de travail de ses ouvriers».

Certes à «Libération» au «Monde» et au Conseil des ministres on pense que ces mots sont archaïques, et que dans la lancée les communistes s'accrochent au passé. Mais les ouvriers de l'île Seguin, qui depuis plus d'une semaine résistent avec fierté et succès, à la remise en cause de tout ce que contient cette phrase, sont bien des hommes d'aujourd'hui. Ils ne se battent pas pour des histoires anciennes. Ce sont eux les modernes.

La CSG

Mais M. Rocard c'est aussi l'homme de la Contribution Sociale généralisée (CSG).

Rappelons à ce propos, que c’est au nom de ces problèmes de financement créés par des politiques favorables au patronat qu’a été créée en 1991 la CSG, véritable impôt qui frappe tous les revenus y compris les revenus de remplacement.

C'est donc un nouvel impôt prélevé à la source de tous les revenus dont le poids ne cessera d'augmenter!

Ce faisant, il M. Rocard a ouvert la voie à la fiscalisation de la sécurité sociale, ce que réclame le patronat depuis 1945 afin de diminuer ce qu’il appelle ses « charges ».

C'était donc déjà la politique d'allègement des charges patronales au détriment des salaires!

Enfin, dernier rappel, M. Rocard "adepte forcené du parler vrai" (en direction des salariés bien sûr, pas des patrons et des banquiers!), il sera l'un des premiers à évoquer un allongement de la durée des cotisations pour les retraites!

Pas de quoi donc servir de référence aux travailleurs et à la classe ouvrière la lutte contre les orientations qui trouvent leur prolongement dans l'actuelle loi travail étant plus que jamais à l'ordre du jour!

 

 

 

 

 

 

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