Renault : la CGT dénonce les ravages de la compétitivité

Publié le par FSC

Source : le syndicat CGT Unilever Le Meux

Chiffres à l’appui, le syndicat du constructeur au losange a tenu à démonter point par point les bienfaits supposés de l’accord de compétitivité conclu en 2013 alors que Renault entend bien obtenir un deuxième accord du même type.
A la veille de l’ouverture de négociations d’un nouvel accord de compétitivité chez Renault, le bilan que tire la CGT du premier plan de flexibilité conclu en 2013 est sans appel. Non seulement les 7500 suppressions d’emplois ont largement été dépassées, les salaires quasi-gelés et les conditions de travail détériorées, mais même du point de vue strict de la compétitivité, l’accord s’est révélé contre-productif, a dénoncé ce matin le syndicat lors d’une conférence de presse au siège de la CGT à Montreuil. A des années-lumière du ton triomphant qu’emploie le constructeur dans ses communiqués, où le DRH France du groupe Tristan Lormeau affirme que « l’accord 2013-2016 a montré l’efficacité du dialogue social pour faire progresser l’entreprise » et que « grâce à l’effort de tous, Renault est aujourd’hui plus fort en France ». 
 

Une hausse de la production en trompe-l’œil

 
Point par point, le coordinateur national CGT de Renault Fabien Gâche s’est appliqué à démonter les soi-disant contreparties brandies par le constructeur automobile pour faire accepter aux salariés l’allongement de leur temps de travail. Si Renault a respecté son engagement à ne pas fermer de sites de production en France et à tenir un plan de charge de 700 000 véhicules par an, c’est « parce que les investissements avaient déjà été décrétés et mis en œuvre avant la signature de l’accord », rappelle Fabien Gâche, qui qualifie d’ « imposture » et de « supercherie » le document paraphé par la CFE-CGC, la CFDT et FO il y a trois ans. Renault se targue d’avoir augmenté les volumes de production de 50%, mais pour la CGT, « cette hausse correspond seulement à l’évolution du marché ».
 
Si en apparence, l’accord de compétitivité du constructeur semble être un succès, c’est parce que les bénéfices sont passés de 586 millions d’euros en 2013 à 2,96 milliards d’euros en 2015 et les dividendes de 509 à 710 millions d’euros. « La seule référence qui vaille est le résultat financier », assène le responsable CGT.
 

Les effectifs en CDI ont fondu, l’intérim a explosé

 
Mais pour le syndicat, derrière cette belle façade, la nouvelle organisation du travail et la saignée dans les effectifs a fait des ravages. « A fin 2016, ce sont 8723 postes qui auront été supprimés au lieu des 7500 annoncés », précise Fabien Gâche. Avec un volume de production en hausse à assurer, le recours à l’intérim a « augmenté de 180% entre 2012 et 2015 » et certaines équipes tourneraient même « avec 80% d’intérimaires ». Une précarisation massive qui n’épargne pas les ingénieurs puisque du côté des technocentres, l’utilisation de prestataires extérieurs a également crû. « Hors externalisation, le coût des prestations est passé de 146 à 186 millions d’euros entre 2013 et 2016 », rapporte le coordinateur CGT. Ce recours aux salariés précaires aurait même coûté plus cher à l’entreprise que de garder ses effectifs d’origine en CDI, explique la CGT, qui observe que « la masse salariale de Renault SAS a diminué de 116 millions d’euros quand le coût des sociétés intérimaires a augmenté de 152 millions d’euros » entre 2013 et 2016.
 
Pour les salariés en CDI, l’allongement du temps de travail a été supérieur à ce qui était annoncé par el constructeur, qui prétendait vouloir harmoniser la durée annuelle de travail à 1603 heures dans tous les sites. « A Flins, c’est 1776 heures qui ont été travaillées en 2015 ! », explique Fabien Gâche. Une « surintensification » qui a évidemment un coût humain, puisque le syndicat explique que même les médecins des usines craignent une recrudescence des troubles musculo-squelettiques.
 

Des sacrifices contre-productifs

 
Pour la CGT, ces sacrifices sont d’autant plus absurdes qu’ils entraînent de lourds dysfonctionnements dans le processus de production. Les malfaçons et retouches se multiplieraient à tel point que les délais de livraison s’allongent considérablement. « En juin, on a eu une perte de 800 véhicules à Flins, cela a coûté 2,4 millions d’euros ! Et ce genre de problème est récurrent », affirme Fabien Gâche. « Le client n’a pas profité de cet accord de compétitivité, d’autant que les prix de vente ont augmenté de 22% sur un modèle comme la Clio IV par rapport à 2012 alors qu’elle n’a rien en plus ! ».
 
Face à cette course kafkaïenne au profit, la CGT exige plus de 14000 embauches en CDI, dont les 6700 travailleurs actuellement en intérim dans le groupe. Le syndicat appelle également à une réduction du temps de travail à 32 heures, le retour des augmentations générale de salaires, et une meilleure répartition des volumes de production entre usines dans le monde.
 
Loan Nguyen Mercredi, 21 Septembre, 2016 Humanite.fr
 
 

 

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