Répression syndicale dans la construction : le deux poids deux mesures!

Publié le par FSC

Source : Paris Normandie

Une fédération patronale envahie, des confettis à terre et de la peinture sur les vitres : un syndicaliste de la CGT-Construction comparaissait vendredi en correctionnelle pour « dégradation », des faits qu’il conteste mais qui pourraient déboucher sur une lourde peine.

Le prévenu saura le 16 décembre si les juges suivent les réquisitions de la procureure : un an d’emprisonnement avec sursis, 4.000 euros d’amende dont la moitié avec sursis, et l’interdiction de se rendre aux abords de la Fédération française du bâtiment (FFB) pendant 3 ans.

A la barre du tribunal correctionnel de Paris, CGT et FFB sont longuement revenues sur la manifestation surprise menée par une quarantaine de syndicalistes CGT, en avril 2014 au siège de la chambre patronale, contre la pénibilité.

Un « envahissement » des locaux de plus de 5 heures, lors duquel des « pressions physiques intolérables » ont été commises à l’encontre du personnel, a résumé l’avocat de la FFB.

Depuis, « un climat d’inquiétude permanent » pèse sur les salariés, selon Me Claude Vaillant, qui a réclamé près de 15.000 euros de dommages-intérêts et 10.000 euros pour le préjudice moral.

En face, l’avocate de la CGT-Construction a ironisé sur les « scènes de guerre » décrites, assurant que le rassemblement n’avait donné lieu qu’à « des confettis, des tracts, des autocollants et des billes de peinture à l’eau ».

« Nous sommes sur des salissures » et non des dégradations « irréversibles », a tenté de minimiser Me Marion Ménage, dénonçant une enquête bâclée où aucun militant CGT n’a été entendu.

Le prévenu, un administrateur CGT de 53 ans, s’est souvenu d’une « manifestation ordinaire », contestant formellement avoir projeté de la peinture rouge contre la façade de la cour intérieure du bâtiment.

S’il a été photographié avec un fusil paintball en main, c’était après l’avoir « confisqué » à son propriétaire, dont il ignore l’identité.

Le syndicaliste est donc « un justicier », a ironisé la procureure, avant de pointer des propos « contradictoires, jusqu’à en devenir ridicules ».

Dans la matinée, une centaine de militants s’étaient rassemblés aux abords du tribunal de grande instance pour le soutenir et dénoncer le « deux poids, deux mesures » de la justice, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Nous parlons de jets de peinture à l’eau et de confettis, mais dans le métier il y a un mort par jour et un accident du travail toutes les cinq minutes. Et les patrons ne sont jamais condamnés pour cela », a dit un manifestant venu de Marseille.

Les peines requises, « ça devient de la bêtise humaine » et ça ne sert qu’à « criminaliser l’action syndicale », a réagi après l’audience Serge Pléchot, numéro un de la CGT-Construction. « Aujourd’hui c’est Philippe (prénom du prévenu, NDLR), hier c’était les Goodyear, les Air France... ».

Le procès se tient deux semaines après celui en appel de huit anciens salariés d’une usine Goodyear pour « séquestration » et un peu plus d’un mois après celui de plusieurs salariés d’Air France pour « violences ». Deux ans de prison avec sursis ont été requis contre les premiers, de deux à quatre mois avec sursis pour les seconds, quasiment tous à la CGT.

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