UBERISATION, VTC ... Et lutte des classes

Publié le par FSC

Aux dernières nouvelles, ce mercredi, les négociations entre les représentants des VTC et UBER ont échouées.

UBER refusant de revenir sur sa décision d'augmenter le taux de sa commission sur chaque course!

La mobilisation se poursuit donc!

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Source : le site du PRCF Initiative Communiste

Les discussions entamées lundi au secrétariat aux transports avaient été suspendues à deux reprises pour permettre à Uber France de consulter sa maison mère à San Francisco sur les demandes des chauffeurs et du gouvernement. Le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, a demandé à Uber une « avancée immédiate » : le gel, le temps des négociations, de l’augmentation de sa commission, récemment portée de 20 % à 25 %, selon un communiqué du secrétariat d’Etat. Mais Uber a refusé de geler la hausse de ces commissions, ce qu’a « vivement déploré » M. Vidalies. « Ce choix (...) ne favorise pas le bon déroulement des discussions à venir », a-t-il ajouté.

En début de soirée, le premier ministre Bernard Cazeneuve a déclaré au Sénat que le gouvernement était « absolument déterminé » pour qu’Uber « s’engage dans la voie du progrès ».

Les conducteurs de véhicules de transport avec chauffeurs (VTC) font du retour à 20 % de la commission prélevée par Uber sur les courses un préalable pour continuer les discussions.

« Les chauffeurs ne souhaitent qu’une chose, vivre décemment du fruit de leur travail », a déclaré à BFM TV Jean-Luc Albert, du syndicat Actif VTC. Il a affirmé qu’en cas de refus de la société américaine, les organisations de conducteurs appelleraient ces derniers à se déconnecter d’Uber et à « consommer français », c’est-à-dire à se connecter sur les plateformes françaises.

Il y a quelque temps, Macron, Kosziusko-Moriset et quelques autres pseudo-économistes « modernistes » présentaient l’ « ubérisation » de la société comme une « nouvelle frontière de la liberté et de la prospérité ». On allait voir ce qu’on allait voir : par la seule vertu des technologies « numériques », plus de classes sociales, plus de salariat, plus de lutte des classes, tout le monde « entrepreneur » !

Cinglant démenti de la réalité sociale : au lieu d’affronter stérilement les artisans-taxis (c’est-à-dire d’autres travailleurs) comme l’auraient voulu les idéologues néolibéraux, les chauffeurs VTC de Paris font grève, barrent les routes, se syndiquent et engagent un bras de fer typiquement prolétarien avec LEUR patron capitaliste, la transnationale Uber.

 Plusieurs remarques à ce sujet :

  1. Tout d’abord, dénonçons l’escroquerie intellectuelle qui présente « LE numérique » (c’est-à-dire, non pas un rapport social entre classes sociales mais une force productive émergente) comme l’essence de l’ubérisation. Mais en l’occurrence, si le rapport de classes change de forme, il ne change pas de contenu : il s’agit plus grossièrement que jamais d’exploitation capitaliste. En effet, c’est la plate-forme de connexion, sans laquelle les prétendus « patrons » VTC ne peuvent pas travailler, qui fixe arbitrairement les rémunérations, qui ramasse d’énormes profits sur le travail fait et qui décide, en dehors de tout Code du travail, en échappant aux versement des cotisations sociales, d’embaucher et de licencier de facto et sans aucune justification légale. Or ce moyen de production stratégique qu’est la plate-forme Uber appartient à des capitalistes… et non pas aux travailleurs eux-mêmes, et encore moins à un Etat populaire au service des travailleurs (socialisme). En réalité, la destruction actuelle des garanties statutaires des salariés (Loi travail dans le privé, casse des statuts publics, montée générale de la précarité…) ne fait nullement disparaître l’antagonisme des classes, bien au contraire. Rappelons en effet la définition que Marx donnait du prolétaire : « celui qui est délié de tout, sauf du besoin ». L’ubérisation du chauffeur de taxi et de tant d’autres ex-salariés (au sens juridique du mot), camionneurs, paysans et artisans, est un processus de prolétarisation, nullement un processus d’embourgeoisement. A l’inverse, certains PDG de sociétés capitalistes sont, statutairement parlant, des « salariés », mais il ne s’agit que d’une fiction juridique… et fiscale !
  2. A l’abri de l’Union européenne (cette « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » aux termes du Traité de Maastricht), les plates-formes capitalistes de connexion se rient de la loi française et, d’une manière générale, de la souveraineté des Etats. Une fois de plus, casse nationale et casse sociale coïncident ; de même que marchent ensemble résistance de classe et défense de l’intérêt national. A juste titre les chauffeurs en grève somment l’Etat bourgeois français et ses actuels gestionnaires « socialistes » d’affirmer la souveraineté française sur la législation du travail au lieu de laisser une multinationale faire crever ses salariés au boulot avec un salaire de misère, sans la moindre garantie sociale, en payant un minimum d’impôts et en faisant prendre de graves risques aux chauffeurs, aux passagers et à l’ensemble des piétons et automobilistes puisque ces chauffeurs de VTC doivent travailler sans relâche, donc dangereusement, pour arriver à survivre.
  3. Comme dans le domaine de l’agriculture, le capitaliste exploitant peut compter sur son compère du capital bancaire : en effet, le « patron » chauffeur est obligé d’emprunter pour acheter une berline de qualité. C’est donc lui qui, en apparence, possède son moyen de production, ce qui lui donne l’allure d’un « libre entrepreneur ». Pure illusion, la faiblesse de la rémunération à la course fait que le vrai propriétaire est la banque, comme ce sont souvent les banques qui possèdent en réalité le matériel de pointe des exploitants agricoles.
  4. Loin d’être une modernisation de l’économie, le mouvement dit « d’ubérisation » signifie un retour aux pires méthodes d’exploitation du XIXe siècle. Car derrière l’apparente modernité de l’embauche de chauffeurs, de livreurs, de plombiers, d’électriciens, de comptables et demain de secrétaires, d’infirmières, de professeurs ou d’ouvriers via une plateforme internet accessible sur un téléphone, il ne s’agit ici que du retour de l’emploi à la tâche de journalier, mis en compétition jour après jour. Exemptés des conquêtes sociales attachées aux statuts de salariés, ces derniers ne bénéficient pas de la part de leur employeur du versement de cotisation sociale. Adieu la SECU, retraite et indemnités chômage… Et le tout pour un salaire dérisoire. Les chauffeurs embauchés par Uber ne toucheraient pas plus de 900€  par mois pour 70h de travail mensuel ! 3,21 € de l’heure brut. Trois fois moins que le SMIC horaire !  Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, la lutte menée par les chauffeurs VTC dépasse et de très loin ces seuls salariés, mais concerne l’ensemble de la classe des travailleurs !

 

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