STRASBOURG : Soutien à Mathieu de Sud Rail !

Publié le par FSC

APPEL RASSEMBLEMENT

Contre la répression que subit notre collègue Mathieu

La Direction de la région de Strasbourg n’en a pas fini avec Mathieu.

Il est à nouveau convoqué le 17 mai 2017 devant l’inspection du travail à Strasbourg

pour une nouvelle enquête sur les faits du 14 juin 2016.

Dans le contexte ultra répressif de ces derniers mois qui nous a tous endeuillés, la CGT et SUD RAIL ne peuvent que constater une nouvelle tentative de briser notre collègue par tous les moyens.

Pour rappel :

 14 juin 2016 : Mathieu est accusé « d’avoir insulté » une dame et son voisin dans un TGV Paris-Strasbourg au retour de la manifestation contre la loi travail alors qu’il était en grève. Il lui est aussi reproché « un comportement déloyal » envers son collègue ASCT.

 15 jours plus tard : La Direction sollicite les deux usagers pour monter un dossier à charge afin de parvenir à son licenciement.

 Par la suite : Alors que le CER (Comité d’Etablissement Régional) SNCF ALSACE MOBILITES dont dépend Mathieu, que l’inspection du travail ainsi que le tribunal des Prud’hommes refusent le licenciement (absence de faute lourde et double sanction suite suppression des facilités de circulation)

L’entreprise, malgré toutes ces décisions de JUSTICE, fait appel au Ministère du travail pour parvenir à ses fins, coûte que coûte.

Dans ce contexte,

la CGT ET SUD RAIL

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INTERVIEW

 

Propos recueillis par Laure Varlet

Révolution Permanente : Tu es menacé de licenciement actuellement, l’Inspection du travail avait demandé ta réintégration mais la direction de la SNCF fait appel au Ministère. Tu peux nous expliquer les dernières nouvelles ?

Mathieu : Suite à la décision de l’inspection du travail du 23 décembre qui demandait à ce que je sois réintégré dans mes fonctions, je conduis des trains à nouveau. Tout se passe très bien de ce côté-là, avec les collègues et j’ai même fait des nouvelles formations pour correspondre au roulement qui a été actualisé au niveau de la charge de travail. Mais le 20 février nous avons appris que la SNCF faisait appel suite à cette décision de me réintégrer. Ils font appel au Ministre du travail contre la décision de l’Inspection du Travail qui avait donc refusé mon licenciement. Ils avaient deux mois pour le faire, et ils ont donc attendu jusqu’au dernier moment, jusqu’au 20 février, trois jours avant la date butoir pour le faire, même si à mon avis ils avaient décidé de le faire il y a bien longtemps. Nous avons reçu la convocation de l’Inspecteur du travail pour le 17 mai, ainsi que les pièces, car il s’agit d’une enquête contradictoire, donc il m’a envoyé toutes les pièces qu’il a reçu et puis si moi je lui envoie des pièces pour le dossier, il doit les envoyer à la boîte. Dans ces pièces que nous avons reçues, il y a donc une lettre de 18 pages du directeur de région, qui a changé entre temps, au Ministre du Travail, qui va aussi changer avec le nouveau gouvernement, c’est donc une lettre au cabinet. Dans cette lettre, c’est écrit qu’il faut absolument me licencier parce que ce que j’aurais fait est déjà très grave, mais qu’en plus je nuis au collectif de travail, que je suis très dangereux, que l’inspectrice du travail qui avait refusé mon licenciement a très mal travaillé parce qu’elle n’a pas fait son enquête sérieusement, notamment qu’elle n’avait convoqué les clients et le contrôleur en présence dans le train ce jour-là. Elle est vraiment dénigrée dans sa décision. Ils disent également qu’elle ne connaît pas le métier de conducteur, en disant que je ne suis pas vraiment au contact des clients alors que je suis formé en EAS, c’est-à-dire les trains en équipement agent seul, depuis un mois. C’est assez tiré par les cheveux, car ils se servent des compétences que je viens d’acquérir après qu’ils me l’aient demandé pour dire à quel point je suis dangereux pour les clients puisque je serai le seul agent à bord des trains chargé de la sécurité et le confort des clients avec le mécanisme EAS. Ils rajoutent en plus des faits qu’ils ne m’avaient jamais reprochés jusque-là, comme par exemple que j’aurais insulté le contrôleur, chose qui n’est pas vrai et qu’ils ne m’avaient jamais dit auparavant. Après il y a eu certains collègues qui avaient utilisé un droit de retrait pour protester contre la répression, en disant que la sanction contre moi était trop dure. Il y a un PV de CHSCT qui acte le fait qu’il y a des risques psycho-sociaux pour les cheminots, et le directeur utilise cette information dans sa lettre mais en disant que cela montre que je suis un danger et qu’il y a une souffrance de mes collègues par rapport à ma présence dans le lieu de travail. C’est vraiment des retournements de vérités. Donc le 17 mai je vais devoir expliquer tout ça et répondre point par point à cette lettre, en amenant des pièces pour justifier chacune des informations. Ensuite il y a les deux enquêtes, celle du 23 décembre et celle du 17 mai, qui vont être envoyées au Ministre du travail, qui devra ensuite prendre sa décision qui peut être pour mon licenciement, même s’il a deux avis négatifs de la part de l’inspection du travail. Il y a eu déjà ce cas de figure d’ailleurs, concernant par exemple le salarié d’Air France dans l’affaire de la chemise arrachée, l’inspecteur du travail s’était prononcé contre son licenciement mais le Ministre du travail a quand même décidé son licenciement. Donc même si l’inspecteur maintient le même avis, après il y a des enjeux politiques au niveau du ministère et de la sphère d’influence de Guillaume Pépy qui nous dépassent.

 

RP : Il y a donc un appel au rassemblement le 17 mai devant l’Inspection du Travail pour te soutenir… tu peux nous en dire plus ?

 

Mathieu  : Ce n’est vraiment pas un rassemblement pour faire pression sur l’Inspection du Travail. C’est un rassemblement de soutien, déjà par rapport à ce qui est dit dans la lettre comme quoi je nuis au collectif de travail, mes collègues seront là pour montrer le contraire. C’est pour montrer que les cheminots sont contre la répression syndicale. Et puis parce que cela fait près d’un an que cela dure, qu’on doit faire des dossiers, rassembler des pièces, des courriers, etc, et c’est vrai que cela fait du bien de voir qu’on est soutenu, de se retourner après tout ça et voir qu’il y a du monde derrière. C’est un soutien moral qui est nécessaire pour pouvoir tenir, cette force que donne la solidarité. La boîte m’attaque aujourd’hui parce que je me suis battu pendant longtemps pour défendre mes collègues et si je me bats pour garder mon boulot, c’est aussi parce que derrière les collègues que j’ai défendu sont là aujourd’hui pour me défendre et me soutenir.

Il y a donc du monde qui doit venir, principalement régionalement. Ce rassemblement est appelé sur une base intersyndicale, ce qui était pour moi très important, parce que la question de la répression qui bat son plein à la SNCF aujourd’hui dépasse complètement les clivages, les drapeaux et les couleurs syndicales. Il y a des vies qui sont en danger, parce que nous l’avons déjà vu avec les suicides de certains collègues, cette répression peut briser quelqu’un moralement. C’est important donc qu’il y ait une solidarité intersyndicale, une solidarité qui se fasse sentir pour tous les collègues, quelque soit leur étiquette syndicale, et même pour ceux qui ne sont pas syndiqués. Là-dessus, je pense que le rassemblement sera un succès et c’est une très bonne chose. Après il y aura également des interventions en interprofessionnel, et là aussi c’est très important, parce que les enjeux dépassent la SNCF. Les cheminots ne pourront pas continuer de lutter tous seuls, enfermés dans leur bulle. Il faut faire comme l’année dernière pendant la loi travail, qu’on a voulu construire la convergence des luttes. Tous les réprimés du 49.3, on doit chercher à se coordonner et à lutter ensemble, à l’image de la soirée que nous avions organisé à Strasbourg contre la répression anti-syndicale mais aussi contre la répression judiciaire et contre les violences policières. C’est la seule façon de retrouver une force pour lutter tous ensemble et pouvoir gagner.

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