Contre le terrorisme : défendre ses droits sociaux !

Publié le par FSC

Une lucide appréciation pour tout le mouvement syndical et social sur les causes profondes de la situation actuelle

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SOURCE : Réveil communiste

Attentat de Bologne en 1980

Remis en ligne après l'attaque contre les forces de l'ordre trois jours avant les élections présidentielles, le 20 avril 2017, puis les attentats perpétrés en Grande Bretagne en mai et juin.

Le titre en a été modifié : le concept postmoderne de "gouvernance" qui dilue les responsabilités, à la manière de la titrisation des obligations pourries en bourse, s'applique parfaitement à la chose terroriste. "Gouvernement" ferait penser à tort que le pouvoir est monolithique dans la pratique de la terreur et contrôle tout à la manière du mauvais roman de Georges Orwell, 1984.

Avec l'assassinat par un islamo-fasciste le 14 juin 2016 d'un policier et de sa compagne dans une commune pavillonnaire sans histoire, symbolique de la France profonde, le massacre de masse de Nice du 14 juillet, et l'assassinat du prêtre rouennais le 26 juillet il est opportun de remettre en ligne ce texte, avec sa conclusion modeste mais importante : la meilleure manière de lutter concrètement contre le terrorisme est de défendre ses droits sociaux.

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Le terrorisme est devenu un mode d’être des sociétés occidentales depuis 30 ans. Il s’agit de la part des groupes terroristes, mais aussi de la part de gouvernants qui les combattent avec tant de mollesse, et qui les utilisent aussi quand ils veulent déstabiliser d’autres pays (Syrie, Libye, etc.), d’une stratégie dont le but est de déposséder les peuples de leur histoire, de les rendre craintifs, impuissants et passifs, et de rendre impossible ou même carrément illégitime la lutte sociale.

Le terroriste est l’adversaire idéal pour les pouvoirs du capitalisme pourrissant, dont on peut dire que s’il n’existait pas il faudrait l’inventer. Et la paranoïa collective qu'il engendre lui permet de gouverner en état d'exception permanent.

Selon les cas, les attentats aveugles qui rompent la continuité historique et provoquent la sidération des masses depuis les années 1980 peuvent refléter réellement l’agenda de leurs auteurs ; ou bien ils peuvent être manipulés par des secteurs de pouvoir occidentaux, des services secrets ; ou ils peuvent n’être que de pure et simple provocation où il n’y a pas l’ombre d’un participant authentique.

Nous ne le saurons jamais assez rapidement pour faire de la vérité sur le terrorisme une arme politique efficace. Au contraire, le dévoilement trop tardif de complots pourtant réels ne servira qu'à crédibiliser les futurs mensonges. Mais nous en saurons assez pour poser comme principe : lorsqu'ils prétendent lutter contre le terrorisme, ils mentent !

Il y a certainement des complots terroristes qui trouvent leur origine dans les États qui sont censés les combattre. Mais peu importe au fond, qu’il y ait complot, et quel soit exactement ce complot : même si tout ce que les médias nous disaient était vrai, ce qui serait très surprenant, il n’en resterait pas moins que le terrorisme est devenu le mode de gouvernement global de l’Occident, de ses politiciens et de ses médias (et les grands médias étant devenus enfin ce « quatrième pouvoir » qu’ils ont toujours rêvé d’être ; mais bien loin d’être en aucune façon « contre pouvoir », ils se chargent de donner à la terreur son éclat maximum). Le terrorisme est un substitut à l'histoire, et il convient au capitalisme car il n'y rien que le capitalisme redoute autant que la roue de l'histoire. Le terrorisme en cela a remplacé en 2016 la guerre de masse de 1916. C'est, si on veut, un progrès "humanitaire" dans le contrôle des peuples.

La renaissance régulière et permanente de menaces terroristes spontanées qui participeraient sans le savoir au fonctionnement normal de l'ordre social du capitalisme à son "nouvel âge" , et à son jeu de pouvoirs, de réseaux et de médias, condamne de manière bien plus radicale le système capitaliste le plus actuel (celui "des nomades", "du partage", "du care", de la technologie, de la pseudo-créativité et des bonnes actions) dans sa structure, dans son ensemble et à l'échelle mondiale, que l'existence pourtant avérée de certains complots ourdis dans les cercles dirigeants, par la CIA, d'opérations "false flag" etc. Le capitalisme porte en lui le terrorisme, qui fait partie de son concept, et quand il veut lutter contre lui il ne fait que l'alimenter.

Il faut prendre garde au fait qu'en dénonçant les complots bien réels ourdis par certains secteurs de la gouvernance capitaliste, sans disposer de preuves formelles, qui sont fort difficiles à réunir comme on s'en doute, on risque de se décrédibiliser, et on ne peut, au mieux, que favoriser un secteur de la bourgeoisie contre un autre, suivant le schéma du Watergate, et donner le beau rôle aux libéraux de toute nuance. Sachant aussi que certaines dénonciations de complots sont des règlements de compte internes et d'autres des "hoax" forgés précisément dans le but de discréditer les médias alternatifs de gauche qui les relaient. Il faut aussi garder à l'esprit que la lutte pour trainer devant les tribunaux des tortionnaires ou des terroristes d'État au rancard est source d'ambiguïté, parce que loin de faire jouer les contradictions internes du capitalisme, elle légitime cette justice, un des piliers de l'État capitaliste.

La meilleure réponse au terrorisme et à ceux qui s’en servent, c'est une certaine indifférence devant ce mauvais spectacle sanguinaire, et c’est l'intensification de la lutte sociale la plus terre-à-terre, pour son droit, son salaire, son logement, son emploi ; la meilleure défense contre le terrorisme en France aujourd'hui, c'est de lutter contre la casse du droit du travail sans se laisser dévier de sa route ! Le terrorisme n'a pour fonction que de nous maintenir passifs.

Cette défense est aussi la lutte concrète pour défendre la paix et instaurer le socialisme, dans un réseau communiste international d'un type nouveau, qui transcende les clivages et les haines communautaires entretenues par la bourgeoisie. Cette lutte comporte le soutien critique aux États qui luttent objectivement et effectivement contre l'impérialisme et ses terroristes dans la mesure où ils sont directement menacés : Chine, Russie, Iran, Venezuela, etc. Et bien sûr, la Syrie.

La seule réponse aux complots de la bourgeoisie est de lutter pour son renversement.

GQ, 29 novembre 2015

PS : Bien entendu, ce qui précède vaut pour le terrorisme aveugle, et non pour le terrorisme ciblé, une pratique de base de la CIA, qui a pour but l'extermination des cadres révolutionnaires, et de ceux des groupes terroristes qui ont échappé à son contrôle. Dans ce cas il faut au contraire exiger impérativement le passage en jugement des coupables, cela fait partie de la lutte judiciaire qui est un des aspect de la lutte du mouvement ouvrier depuis son origine.

PPS : Divine surprise pour le pouvoir que le double assassinat de Magnanville précisément ce matin là, jour de manifestation nationale contre la "Loi Travail"! (14/06/2016).

PPPS : Le détournement par un attentat de type fasciste (c'est à dire aveugle, visant les gens ordinaires dans leur vie quotidienne) de la date symbolique du 14 juillet entre parfaitement dans le schéma mentionné ci-dessus, celui d'une captation de l'histoire pour en déposséder le peuple, au profit de cliques terroristes et/ou politiques, et de leurs médias.

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