Retraites. Ça craque à la caisse d’assurance vieillesse d’Île-de-France ... suite notamment aux suppressions de postes à la Caisse nationale d’assurance vieillesse

Publié le par FSC

SOURCE  : L'Humanité

Les administrations passent au tout-numérique et comptent sur des associations pour aider les usagers. Devant la Carsat de Villeneuve-d’Ascq, en mars 2015, des représentants d’organisations syndicales protestaient déjà contre le non-versement des pensions de retraite. M. Nascimento/REA/David Pauwels
 

Des dizaines de milliers de dossiers s’accumulent, les agents, de moins en moins nombreux à la suite des restrictions budgétaires, sont débordés. Et ce sont les personnes âgées les plus fragiles qui en pâtissent et se retrouvent plusieurs mois sans aucune ressource.

Des dizaines de milliers de dossiers s’accumulent à la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse). Les retards à l’ouverture des droits à la retraite laissent parfois ses assurés plusieurs mois sans ressource. Un scandale qui avait éclaté dès 2014 dans le Nord et en Picardie et qui s’étend, aujourd’hui, sur toute la région parisienne. Et les personnes âgées les plus fragiles sont les plus exposées. « On a un certain nombre de caisses, dont celle d’Île-deFrance, en tension forte depuis le mois de janvier, reconnaît Pascal Émile, directeur délégué de la Cnav. On est ainsi passé sur la région de 8 500 dossiers d’ouverture de droits à 10 000 par mois. On a du mal à s’expliquer pourquoi, peut-être est-ce l’annonce de nouvelles réformes des retraites qui a généré des inquiétudes et poussé les gens à déposer le plus tôt possible leur demande ? » Les baisses d’eff ectifs constantes, renégociées tous les quatre ans, aggravent le problème. 730 postes ont ainsi été supprimés depuis 2014. « En dix ans, on a calculé qu’on avait perdu l’équivalent de deux caisses régionales complètes, assure Jean-Luc Choisel, secrétaire CGT des employés de la Cnav d’Îlede-France. Il y a vingt ans, on avait 170 points d’accueil dans la région. Aujourd’hui, il ne reste que 31 agences où l’on instruit des dossiers, et on ferme progressivement tous les points d’accueil spontané du public. » 

« Pour la majorité des gens, la retraite de la Sécurité sociale n’est pas faramineuse, explique Jean-Luc Choisel. Mais sans elle, tant qu’on n’a pas validé le dossier, il est impossible pour l’assuré de débloquer ses droits à la retraite complémentaire. » Et des dizaines de milliers de personnes âgées se retrouvent sans ressource lorsque leur dossier est pris dans un engorgement et que les retards s’accumulent.

En 2014 en Picardie et dans le Nord, 6 000 retards s’étaient ainsi accumulés, bloquant l’ouverture des droits à la retraite d’autant de personnes. Certains assurés avaient dû vendre leur maison ou vivre au crochet de leur famille. Il avait fallu une forte mobilisation et l’intersession de Michelle Demessine pour que la caisse régionale reçoive du renfort. « On a dévoilé le scandale et fini par alerter le président de la République, car les alertes auprès de la ministre de la Santé de l’époque et de la direction de la Cnav n’avaient rien donné, raconte la sénatrice PCF du Nord. Plus de 40 % des dossiers étaient arrêtés. Par exemple, dès qu’un prénom était orthographié de manière atypique, cela déclenchait un contrôle et donc six mois de retard. On a obtenu une brève reprise des embauches sur la région, mais le problème de fond n’est pas réglé. »

Et depuis plusieurs mois l’Île-de-France est particulièrement touchée. « Au 7 août, on avait 8 113 dossiers d’ouverture de retraite personnelle en stock au contrôle, précise Pascal Émile. Cela ne comprend pas les pensions de réversion ni le minimum vieillesse. On a des tensions similaires sur Rouen et Marseille, où les volumes de dossiers à traiter sont supérieurs aux prévisions. »

La fermeture des points d’accueil est un coup dur

Le 30 mars dernier, une intersyndicale CGT, FO et Unsa a appelé à la grève pour dénoncer une situation de moins en moins tenable et près d’un tiers des employés d’Île-de-France ont suivi le mouvement. La réponse ? Des heures supplémentaires et la mobilisation des agents d’Orléans ou de Nancy pour aider l’Île-de-France à sortir de l’engorgement. « C’est déshabiller Pierre pour habiller Paul, dénonce l’intersyndicale. Cela ne règle rien au problème, car si le retard est rattrapé dans un service il s’aggrave dans l’autre, et ce sont les pensionnés qui en subissent les conséquences ! » Ce pourquoi Jean-Luc Choisel insiste sur le fait que « la réponse ne peut être que nationale. Toutes les caisses régionales ont les mêmes problèmes, les mêmes revendications : manque d’effectifs chronique, conditions de travail dégradées et une valeur du point d’indice qui n’augmente pas ».

Pour les usagers en détresse, la fermeture des points d’accueil est un coup dur. Une transition assumée par le directeur délégué de la Cnav : « On donne déjà 90 000 rendez-vous par an, et cela va augmenter car on est plus efficace qu’en accueil spontané, puisque les conseillers ont pu préparer les éléments de carrière… » Madeleine Mathar, en charge des questions Sécurité sociale à la CGT et salariée de la Cnav, estime de son côté « que lorsqu’il doit attendre jusqu’à trois mois pour rencontrer un conseiller pour un problème urgent, l’assuré n’y voit pas un gain, mais bien une réduction des coûts ».

Une revendication partagée par tous les syndicats

Le standard téléphonique du 3960 est tout aussi saturé et reçoit plus de 9 000 appels par jour pour une petite quarantaine de conseillers au total. Les processus sont rigides et les cadences infernales. Et les temps d’attente peuvent se révéler très longs pour l’assuré qui demande un renseignement ou un rendez-vous. Mais les usagers ont peu d’autres choix : tout a été informatisé. Lorsque cela se passe bien, tout est réglé dans les six mois après le dépôt du dossier, se défend la direction de la Cnav (voir encadré). Ce serait le cas pour près de 97 % des assurés. À condition de remplir correctement leur dossier en ligne, de disposer de tous les documents et d’être à l’aise avec l’outil informatique ou de pouvoir se faire aider, ce qui n’est pas le cas de tous les retraités. Puis le dossier est instruit par un outil informatique, tout n’est pas contrôlé humainement. « Donc, si l’assuré se trompe, sa retraite sera sous-évaluée, explique Jean-Luc Choisel. Parce que, des retraites surévaluées, je n’en ai jamais vues… Et, plus il y a d’erreurs et de demandes de contrôles, plus il y a de retards. Et plus on augmentera le nombre de contentieux. Si on recevait les assurés dans de bonnes conditions, ne serait-ce qu’une fois, on réglerait le gros de ces dossiers. On rendrait un vrai service public. » Mais pour cela il faut des effectifs. Une revendication partagée par tous les syndicats. « C’est ce qui fait que pour l’instant l’intersyndicale tient, assure Madeleine Mathar.

On pense à monter une action nationale, sur l’ensemble des Carsat, mais on va dans un premier lieu participer fortement à la mobilisation syndicale du 12 septembre. Car cette journée d’action porte beaucoup de nos revendications, ce sera une première étape. » Puis, en octobre, la nouvelle convention d’objectifs et de gestion signés avec l’État sera négociée. « C’est là que le budget alloué à la gestion des administrations sera décidé, explique Michelle Demessine. Il est en baisse constante, soi-disant parce que grâce à l’informatisation, on peut toujours faire de nouvelles économies.

Il faudra mener là la bataille du recrutement du personnel, et il faudra la mener dans toute la France. »

 

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