a déclaration de la commission exécutive confédérale de Force ouvrière porte un ultime coup à la communication gouvernementale : c'est le gouvernement qui est isolé !

Publié le par FSC

SOURCE : l'Humanité du 6 septembre

Macron et Mailly…

Par Marion D’Allard

La commission exécutive confédérale de Force ouvrière a clairement condamné les ordonnances réformant le Code du travail. Le gouvernement fait désormais face à la réprobation de la quasi-totalité des organisations syndicales.

En quelques lignes, Force ouvrière (FO) a fait lundi d’une pierre deux coups. En affirmant que «nombre d’éléments (des ordonnances sur le Code du travail) constituent aujourd’hui une régression sociale et sont en tant que tels inacceptables», la commission exécutive confédérale de FO, sorte de «parlement du syndicat», a non seulement officialisé un changement de cap de la confédération, mais également acté l’isolement du gouvernement qui ne peut désormais se targuer du soutien des organisations syndicales.

Dans un court communiqué publié lundi, l’exécutif de FO, s’il «souligne le travail réalisé par la confédération depuis trois mois en application du réformisme militant qui se traduit par l’obtention de certaines garanties et le blocage de nombreuses dispositions», affirme néanmoins qu’«à la lecture des textes d’autres éléments négatifs apparaissent», ce qui justifie que, «dans les consultations officielles et obligatoires qui seront organisées, FO votera contre».

Adoptée à une large majorité (28 voix contre 5), cette déclaration tranche [1] avec la relative et surprenante bienveillance à l’égard de cette réforme affichée par le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, suite à la publication du contenu des ordonnances. «Il y a trois colonnes: ce que nous obtenons, ce que nous avons évité et ce sur quoi nous sommes en désaccord. Il y a des éléments dans les trois colonnes», avait-il déclaré, dans la cour de Matignon, le 31 août dernier, déclenchant ensuite, en interne, quelques remous.

La donne est en train de changer

Désormais, «la position de la commission exécutive est claire. Elle condamne ces ordonnances régressives. Au cours des jours qui se sont écoulés depuis la publication des ordonnances, nos juristes se sont rendu compte des régressions», estime Michel Le Roc’h, secrétaire général de FO en Loire-Atlantique. Et à l’heure où se préparent les manifestations du 12 septembre contre les ordonnances Macron à l’initiative de la CGT et de Union Syndicale Solidaires, rejointes par la FSU (Fédération Syndicale Unitaire – du secteur de l’enseignement), les déclarations de l’exécutif du syndicat laissent présager une mobilisation plus importante des militant·e·s FO malgré des déclarations de Jean-Claude Mailly qui avait, très tôt, exclu d’y participer. La donne est donc en train de changer.

«Pour nous, cela signifie que nous ne sommes pas du tout sur la voie de l’isolement contrairement à ce que d’aucuns voudraient faire croire», a réagi Fabrice Angei, secrétaire confédéral CGT. «Les opinions convergent et chacun se rend bien compte qu’elles ne vont absolument pas dans le sens des salarié·e·s mais bien dans celui de la protection du capital», poursuit le syndicaliste.

Car si la déclaration de la commission exécutive confédérale de Force ouvrière fait aujourd’hui autant parler, c’est qu’elle porte un ultime coup à la communication gouvernementale. Désormais, malgré les auto-satisfecit sur la «méthode» de concertation qui aurait permis un prétendu consensus généralisé sur le contenu de sa réforme, l’exécutif, soutenu par les organisations patronales, est lâché par l’immense majorité des syndicats, y compris ceux, CFDT en tête, qui avaient pourtant largement accompagné la loi travail l’an passé.

Ainsi, Laurent Berger – de la CFDT – «profondément déçu» à la publication des ordonnances, estime que le gouvernement a raté «l’occasion de faire du dialogue social un élément central de la gouvernance des entreprises». Dans un communiqué, le syndicat enfonce aussi le clou, jugeant que l’exécutif a «privilégié la flexibilité au détriment de la justice sociale» et a «légitimé les attentes les plus conservatrices d’une partie du patronat». Même son de cloche du côté des cadres. François Hommeril, secrétaire général de la CFE-CGC (Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres), s’est inquiété à plusieurs reprises que cette nouvelle réforme n’engendre «probablement une précarisation plus importante des salariés». L’Unsa (Union nationale des syndicats autonomes) avait également émis de sérieuses réserves.

Des recours juridiques à venir

Reste la construction d’une mobilisation la plus large possible. Dans son communiqué, la commission exécutive de Force ouvrière «considère qu’il faut d’ores et déjà examiner les possibilités de recours juridiques et estime qu’il est important que les confédérations syndicales puissent échanger rapidement entre elles sur la situation». Sans attendre, la CFE-CGC a appelé hier «l’ensemble des organisations syndicales à se rapprocher pour partager leurs évaluations sur les risques que ce projet de loi fait peser sur les salariés et sur l’économie», tout en refusant pour l’instant de participer à la mobilisation du 12 septembre. Pour Fabrice Angei, ces déclarations constituent des signes positifs «sans pour autant changer ni notre analyse ni notre cap.»

En somme, s’il est clair que le 12 septembre ne sera pas l’occasion d’une large riposte intersyndicale, le chantier des réformes piloté par un gouvernement qui veut «aller vite» ne s’arrête pas à la question du Code du travail. Assurance-chômage, retraite, formation professionnelle… Les gros dossiers sociaux vont se succéder ces prochains mois. Ils s’annoncent d’ores et déjà comme autant d’éventuels points de convergence entre les organisations syndicales pour construire un rapport de forces dans la plus large unité possible. (Publié dans L’Humanité, en date du 6 septembre 2017)

 

 

 

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