Le pouvoir compte-t-il sur des provocations pour discréditer la lutte contre ses contre-réformes et s'en prendre au droit de manifester ?

Publié le par FSC

SOURCE : Challenges

Etrange les déclarations de ce dimanche:

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner , a reproché dimanche à la CGT et à La France insoumise d'être dans "la posture" sur la réforme du code du travail et dit craindre "des débordements" lors de la mobilisation de mardi.

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Interrogé à propos de l'éventualité de débordements lors de la journée de mobilisation mardi, à l'image notamment des dégradations perpétrées contre l'hôpital Necker à Paris en 2016 lors des manifestations contre la loi El Khomri, il a répondu: "ce que je crains, c'est effectivement les débordements", tout en assurant respecter le "droit fondamental" de manifester.

"Les premiers responsables d'une manifestation sont les organisateurs (...), la CGT a un savoir-faire, une expérience pour tenir ses manifestants et je suis convaincu qu'ils mettront tout en oeuvre pour garantir cela", a-t-il ajouté. "Mais le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb prépare aussi ces manifestations et va organiser sur place une mobilisation policière pour empêcher les débordements", a-t-il dit.

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Et on peut se demander si le gouvernement craint ou souhaite des débordements lors des manifestations de ce 12 septembre comme le dispositif policier et les cortèges dits de "tête de manif" se sont donné la main lors des manifestations contre la loi El Khomri, notamment le 14 juin 2016.

RAPPEL :

Lesdites violences ont servi à restreindre le droit de manifester, voire visaient à l'interdiction pure et simple

extrait de BFM Télé du 15 juin 2016 :

"Il faut en appeler à la responsabilité de tous", a déclaré ce mercredi devant le Sénat Myriam El Khomri, qui venait d'être interpellée par la présidente du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC), Eliane Assassi, sur l'annonce selon laquelle François Hollande interdirait les manifestations en cas de risque d'atteinte aux biens et personnes, à l’instar des violences notamment dirigées contre l’hôpital Necker la veille.

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Et Libération s'interroge sur la pertinence de manifester

 

La manif', un outil de revendications sociales dans une passe difficile

La manifestation reste aux yeux de syndicats comme la CGT, Solidaires ou FO, un outil «naturel» pour appuyer leurs revendications, mais il leur est de plus en plus difficile de mobiliser les salariés et les violences en 2016 lors de la loi travail ont été contre-productives.

Avec les grèves, la manifestation est «sans doute l’outil le plus naturel» que peut utiliser un syndicat, souligne Denis Turbet-Delof (Solidaires fonction publique), qui va défiler le 12 septembre contre la nouvelle réforme du code du travail.

Sans attendre de connaitre l’ampleur de la mobilisation de mardi, avec près de 180 manifestations prévues, la CGT a d’ores et déjà arrêté une nouvelle date: le 21 septembre.

«C’est un droit d’expression, une force qui a permis de faire avancer les droits sociaux en France», insiste Frédéric Sanchez, numéro un de la CGT Métallurgie, soulignant toutefois que la clé du succès repose sur la capacité des syndicats à faire descendre dans les rues le plus grand nombre.

En 2016, pour protester contre la loi travail, la CGT, FO, Solidaires, FSU et l’Unef avaient organisé 13 journées de mobilisation, avec un maximum de 390.000 personnes dans les rues de France (1,2 million selon les syndicats) le 31 mars et un minimum de 30.000 le 5 juillet.

«Est-ce qu’on a bloqué la loi travail? Très clairement non. Mais ce qui était important, c’était de montrer notre unité syndicale face aux politiques d’austérité», explique de son côté Fabrice Lerestif, secrétaire départemental de FO en Ille-et-Vilaine, qui compte également descendre dans la rue mardi, contrairement à sa confédération.

Les salariés se résignent

Mais les responsables syndicaux le reconnaissent, inciter les salariés à battre le pavé devient compliqué.

«Quelle que soit la force de la mobilisation, on est confronté à une fin de non-recevoir des gouvernements. Beaucoup de salariés sont démotivés et se résignent», explique M. Turbet-Delof.

Outre la loi El Khomri, ils ont en tête la réforme des retraites de 2010, qui est passée malgré la forte mobilisation d’un front syndical uni.

Leur «dernière grande victoire» date du CPE, en 2006, rappelle M. Sanchez: «Force est de constater que depuis, on n’a pas obtenu beaucoup et qu’il peut s’installer dans la tête des salariés que la manifestation a ses limites et ne permet pas de faire reculer l’exécutif».

Selon Jean-François Amadieu, professeur en sciences sociales, pour qu’elle porte ses fruits, la manifestation doit être accompagnée d’une grève longue.

«L’ampleur des défilés n’a plus d’efficacité. Ce qui est efficace, ce sont les grèves dans la durée et d’avoir les cheminots et la RATP», dit-il. La présence des fonctionnaires, «traditionnellement le gros bataillon des manifestations», est également primordiale.

L’historienne Danielle Tartakowsky souligne également que les violences, qui ont parasité quasi toutes les manifestations contre la loi travail, «brouillent» aussi le message syndical. «C’est une catastrophe du point de vue de l’opinion publique et du point de vue syndical», dit-elle.

Un avis que partage l’historien Stéphane Sirot: «c’est contre-productif». Il rappelle toutefois que «jusque dans les années 1970, les mouvements sociaux étaient émaillés de violences extrêmement rudes et fortes», avant une pacification dans les années 1980-1990, avec le développement du dialogue social. Puis dans les années 2000, il y a eu une résurgence des violences dans les manifestations.

Mais les deux historiens considèrent comme «inédites» les violences intervenues lors des manifestations sociales en 2016 -- dénoncées par les syndicats -- car elles «venaient de personnes extérieures à la manifestation, qui voulaient en découdre avec les forces de l’ordre», dit M. Sirot.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a prévenu que le 12 septembre il fallait «évidemment faire attention à Paris, Rennes ou à Nantes» et qu’il n’y a pas eu de réunions «au plus haut niveau, comme l’an dernier, pour discuter de ces questions».

 

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