LYON le 12 septembre : cortèges de tête et souveraineté des manifestations !

Publié le par FSC

Cette question de la présence récurrente - et théorisée sur plusieurs sites anars - de plusieurs centaines de manifestants se plaçant délibérément en tête des manifs, est effectivement une question importante pour le mouvement syndical et la CGT en particulier puisqu'elle concerne effectivement la souveraineté des cortèges lors des manifestations.

D'autant que ces "tête de manif" exposent les manifestations à des provocations et à des violences qui sont immédiatement utilisées en boucle sur les médias dominants pour discréditer le mouvement, faire passer au second plan le contenu et le sens même de ce qui le motive et par conséquent le priver du soutien de l'opinion.

Comme on a pu le constater en mars dernier avec ce qui s'est passé en tête de manif précisément le 14 juin dernier et l'exploitation de l'épisode de l'hôpital Necker.

Avec la montée en puissance de la contestation des contre-réformes de Macron et le durcissement prévisible de l'affrontement qui en résulte cette question devrait être débattue franchement.

Sans concession au jeu trouble des autonomes !

 

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SOURCE : le site faire Vivre et renforcer le PCF

Le témoignage et l'appréciation de Gilbert Rémond

A Lyon, la manifestation du 12 septembre devait partir à 11h30 de la manufacture des tabacs. Elle a tout de suite été bloqula CGT n'est plus maître de ses cortèges. Elle n'a plus le service d'ordre qui lui permet d'assurer leur sécurité et je rajouterai leur souveraineté. Il n'est pas normal qu'une poignée d'autonomes viennent dicter la marche à suivre. Pour autant nous n'avons pas à laisser à la police c'est-à-dire à l'état bourgeois, le soin de nous encadrer.ée par les forces de l'ordre qui ne voulaient pas voir en tête, un groupe de jeunes où se mêlaient anarchistes et militants d'extrême gauche. Elles ont commencé par gazer les premiers rangs puis ont coupé le cortège en deux pour finalement opérer ce qu'ils appellent une nasse dans laquelle se sont retrouvé pris, puis isolés dans une rue adjacente, plusieurs dizaines de jeunes. Il nous a fallu attendre plusieurs heures pour obtenir leur libération avant de pouvoir repartir. Collomb l'ancien maire de Lyon n'aime pas les manifestants. Il l'a montré une fois de plus. Mais il est aujourd'hui ministre de l'intérieur, ce qui lui donne des moyens biens supérieurs pour les combattre.

Je n'étais pas à leurs côtés quand ils ont gazé, mais le vent a remonté vers nous les nappes de gaz et j'en ai eu ma dose, suffisamment pour que la tête me tourne un moment. D'après les témoignages des militants, les flics ont provoqué mais le comportement des autonomes n'a pas non plus été sans conséquences sur la situation qui a suivi et la confusion qu'elle a entraînée, d'autant que peu d'informations sont remontées vers la masse des manifestants qui attendaient. Hélas nombre d'entre eux de ce fait, quitteront la manif et partiront. Des coups et des insultes ont été échangés, impliquant ces autonomes contre le service d'ordre de la CGT. Une fille s'est couchée devant la camionnette pour l'empêcher d'avancer. Ces comportements montrent une détermination qui s'adresse à la seule organisation ouvrière qui a tenu tête au gouvernement et s'apprête à organiser la riposte aux ordonnance ; une fois de plus, les autonomes font le jeu de la police, mais il ressort aussi de quelques témoignages, que l'organisation de la manif a quelque peu flotté, dans ces moments premiers de la manifestation. Elle se rattrapera par la suite montrant une détermination exemplaire dans la solidarité avec les manifestants bloqués par la police et interdits du droit de manifester. Cette fermeté a payé puisque après deux heures de protestations sur les lieux, la nasse sera levée et les manifestants libérés sans contrôle d'identité.

Voila, je crois avoir dit l'essentiel de cette situation ; je rajouterai que cela devrait nous faire comprendre que nous avons un gros problème depuis quelque temps et je me fous pas mal que certains me traitent de stal pour ce que je vais en dire :

la CGT n'est plus maître de ses cortèges. Elle n'a plus le service d'ordre qui lui permet d'assurer leur sécurité et je rajouterai leur souveraineté. Il n'est pas normal qu'une poignée d'autonomes viennent dicter la marche à suivre. Pour autant nous n'avons pas à laisser à la police c'est-à-dire à l'état bourgeois, le soin de nous encadrer.

La place des organisations politiques doit être en fin de cortège et c'est valable pour tous, pour les anars comme pour les organisations traditionnelles. Les anars et les gauchistes veulent la tête de cortège pour des raisons politiques qui ne sont pas difficiles à comprendre. Ce n'est pas du sectarisme ou de la complicité avec l'état bourgeois que de dire que nous ne sommes pas venus pour manifester sous leur autorité, ni ne voulons être sous leur direction, cela s'appelle au contraire la démocratie ouvrière, un principe dont ils se moquent éperdument, d'ailleurs certaines paroles montrent la haine que certains éprouvent contre la classe ouvrière et ses représentants. Les complicités objectives avec le pouvoir et sa police sont là, dans les faits, pour autant comme je l'ai dit ces questions doivent se régler en interne. Nous ne devons pas hurler avec les loups, d'autant plus que parmi ceux qui ont été gazés et "nassés", la plupart étaient là par inexpérience pour exprimer leur radicalité. Nous avons aussi une responsabilité à leur égard et l'hégémonie actuelle des anars et autres, tient pour une grande part à la disparition de l'organisation de classe dans la jeunesse et dans la production.

A l'endroit ou à l'envers, la situation que je décris, d'une absence d'organisation, est visible comme un nez au milieu de la figure. Alors je le dis d'autant plus clairement que je ne fais en définitive qu'une synthèse de tout ce qui a été rapporté par les uns et les autres. Cela dit il faut en débattre au bon endroit. Je dirai en débattre raison de plus. D'autant que nous avons déjà formulé ces questions en interne quand Hollande et son gouvernement étaient venus à Vaulx-en-Velin. Manifestement la leçon n'a pas été retenue. Nous avons aussi dénoncé le comportement des autonomes pendant la loi travail. A chaque fois ils s'en prennent à la CGT mais à chaque fois aussi, ils ont la voie libre par défaut. Ce sont les jeunes qui paient la note. A Vaulx, 25 jeunes se sont retrouvés incarcérés suite à leurs interventions bordéliques et mal préparées, et certains sont passés en comparution directe par leur faute. Total : flics et provocateurs ont réussi à casser le mouvement pour un certain temps. Mais au lycée Doisneau, il y a longtemps qu'il n'y a plus d'organisation de jeunesse. Il faut tout leur apprendre, y compris débattre en assemble générale des décisions et de l'organisation des actions. C'est le BA BA qui n'existe plus. Il faut partout travailler à la prise de conscience de ces manques et reconnaître avec humilité que nous n'avons pas su transmettre le minimum de savoir faire aux générations nouvelles, à notre jeunesse. Il faut en comprendre les raisons.

Il nous faut reconstruire l'organisation révolutionnaire, former ses cadres, retrouver un minimum de discipline et de structuration, d'autant que nous allons vers des affrontements qui seront de plus en plus rudes. Ce matin Todd disait quelque chose d'assez juste : Macron a été élu par défaut, les politiques de la droite et de la gauche n'ont pas pu apporter de solution à la crise du capital. Ses conséquences s'aggravent pour les couches populaires à qui il fait payer la note. Il veut faire une politique et de droite et de gauche, pensant prendre le meilleurs de l'une et de l'autre, il n'en prendra que les impasses et il va se ramasser la crise en pleine gueule. C'est en effet ce qu'annoncent les mobilisations et les conflits à venir.

D'ailleurs les patrons enragent depuis quelques jours, à l'instar de celui qui s'est exprimé récemment dans l'émission de radio Les grandes gueules et qui expliquait que « Les manifestants qui bloquent sont des terroristes ! ». Il faut les écouter ces patrons et leurs médiacrastes de services. La peur les prend de voir leur "dialogue social" faire le grand flop suite à un dialogue de dupe. Les illusions perdues ont toujours un prix. Les voilà lâchés pour la chasse aux grévistes. Hier, ils accusaient de prendre les français en otage, spécialité sanguinaire de l'armée nazi faut-il le rappeler, maintenant ceux qui usent du droit de grève en appliquant ce qui fait sa définition, cesser le travail et bloquer la production, sont traité de terroristes. Les attentats et la loi d'urgence sont passé par là. Alors bien sûr, le langage de guerre civile revient au galop et s'adapte aux nouvelles circonstances. Celles de tout un arsenal policier et juridique fabriqué pour protéger « la France qui travaille » ! On voit bien au passage que la petite phrase de Macron sur les fainéants et les extrémistes n'a pas été lancé au hasard. On est pour le droit de grève, ah ben oui il est inscrit dans la constitution pour quelques temps encore, mais pour combien, car il faut s'attendre a tout avec nos réformateur qui veulent bouger le paysage et donner les moyens à l'économie ? Il est donc difficile de s'y opposer en public, mais alors il ne faut pas bloquer la production, surtout pas, il ne faut pas gêner l'économie, bref manière hypocrite de dire qu'il ne faut pas faire la grève et qu'il faut la réprimer, juger, enfermer ! Voilà au fond ce à quoi rêvent nos grandes gueule ! 

Gilbert Rémond

 

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