Internationalement, ou en est la CGT ? Une réflexion de Jean-Pierre PAGE

Publié le par FSC

Le FSC publie cette importante contribution de Jean-Pierre Page, ancien secrétaire d'UD et ancien responsable international de la CGT. Ce document sera très utile aux militants pour comprendre l'évolution de la confédération ces dernières années et les enjeux du syndicalisme international.

Il rejoint sur de nombreux aspects les travaux entrepris par le FSC depuis des années entre autres :


- http://www.frontsyndical-classe.org/article-qu-est-ce-que-la-ces-64131568.html
- http://www.frontsyndical-classe.org/socle des droits sociaux

et un document sur la mutation de la CGT des années 90 signalé ci-après

...

On peut distinguer les thèmes suivants qui forment l'architecture du texte :

  • L'adhésion à la Confédération Européenne des Syndicats (CES), ses conséquences, le bilan à en tirer
  • aujourd'hui où en est-on ? une mutation qui a conduit à une impasse stratégique
  • le positionnement international de la  CGT une nécessaire clarification s'impose
  • le contexte syndical international avec l'existence de deux confédérations : la Confédération Syndicale Internationale (CSI) et la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) :  deux visions opposées. Et le rôle de la CES
  • Quand allons faire vraiment le bilan de tout cela ?
  • la professionalisation du syndicalisme
  • le financement d'ONG et de "syndicats" par les fondations des Etats-unis notamment et le manque de vigilance par rapport à ces entreprises.
  • la FSM
  • la nouvelle situation intérieure avec l'accession de Macron au pouvoir
  • la crise systémique et l'instabilité du monde : la mise en cause de l'hégémonie capitaliste
  • l'entreprise, le lieu décisif du combat de classe.

PREMIERE PAGE du texte :

Depuis son congrès de Strasbourg en 2000, la CGT a rejoint les rangs de la Confédération Européenne des syndicats (CES) et ceux de la Confédération Syndicale Internationale (CSI). Cela a entraîné un « recentrage » de son activité internationale en particulier en Europe. C’est là un fait, qui depuis quelques années suscite des interrogations souvent des critiques, dans ses rangs et au-delà!

Pendant de nombreuses années l’argument officiel des dirigeants de la Confédération fut : adhérer à la CES c’est se donner les moyens d’influencer le syndicalisme européen et avec d’autres confédérations rendre celui-ci plus combatif, plus démocratique et indépendant. Toutefois, d’autres dirigeants ajoutaient que l’objectif était aussi, de rendre compatible la CGT avec la conception qui a leurs yeux dominait de manière irréversible le syndicalisme européen et international, c’est-à-dire une vision réformiste des rapports entre le capital et le travail afin de favoriser un prétendu « dialogue social » par la «concertation» la «proposition», la «négociation», « le partenariat ».

Enfin les deux démarches se retrouvaient pour affirmer ensemble que la CGT devait rompre avec son isolement

 

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Jean-Pierre PAGE a travaillé à Air France,

il a été secrétaire général de l’Union départementale de la CGT du Val de Marne (1979-1990),

membre de la commission exécutive confédérale de la CGT(1981-2000),

responsable du département international de la CGT(1991-2000).

Il est l’auteur de plusieurs livres dont « camarades, je demande la parole ».

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On peut donc, s'agissant de la CGT et de ses évolutions se reporter également aux analyses propres au Front Syndical de Classe dans un document de 2014 intitulé : 

http://www.frontsyndical-classe.org/2014/10/que-s-est-il-passe-a-la-cgt-il-y-a-20-ans.html

TEXTE COMPLET de J.-P. PAGE TELECHARGEABLE

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J
La mutation de la CGT ne date pas de son adhésion à la CES et donc de son départ de la FSM.
Dès le début des années 90 et aux yeux de certains y compris dans la CGT, LE SYNDICALISME DE CLASSE N'ETAIT PLUS QU'UN SOUVENIR.

Il n'y pas lieu d'idéaliser même négativement l'adhésion à la CES comme son retrait, comme une idée fétiche, mais de l'historiser pour mettre en évidence qu'il s'agit d'une révolution copernicienne à l'envers voulant effacer son histoire révolutionnaire pour entrer dans la cogestion comme la pratique la CFDT avec le patronat, la bourgeoisie et l'Etat.

Il s'agit d'une lutte de classe dont le centre a été le syndicat lui-même, la ligne rouge que les révolutionnaires avaient réussie à tenir en-dehors s'étant déplacée à l'intérieur.

Qui ne se souvient pas des critiques des syndicats dans les pays socialistes, "syndicats bureaucratisés", trop proche de l'Etat, critiques de rejet en bloc plutôt que critique de gauche et dialectique. La critique des dérives (dérives qui ont abouti à la restauration du capitalisme) sans analyser l'histoire notamment les années 50 (56 pour être plus précis) n'ont pas été faites pour défendre le socialisme mais pour justifier les reniements.

L'effet escompté par le DGB allemand, la CISL(CSI) était un changement radical d'orientation, les dirigeants de la CGT y était prêts.

C'est là où il faut mettre le curseur si on ne veut pas désespérer les jeunes qui ont adhéré en masse à la CGT en 2016 ("printemps de la colère")

Il y eut un prix à payer, un soutien clair à la construction européenne mais surtout une CFDTéisation de ces analyses et pratiques (dialogue entre partenaires sociaux, concertation et non lutte de classes).
Qui ne rappelle cette phrase de B.Thibault : "La CGT n'a pas vocation à immobiliser le pays" qui donnait le feu vert au gouvernement et au patronat.

Il y a lieu d'appréhender l'histoire de la CFDT, issue d'une scission de la CFTC corporatiste (encyclique rerum novarum) pour pallier à son éloignement du monde ouvrier en expansion et ramener les brebis égarés par les idées socialistes, les ramener vers la conciliation avec les patrons et n'attendre les "jours heureux" que dans l'au-delà.

La CFTC ne provient pas d'une scission syndicale et n'était donc pas l'expression d'un besoin ouvrier face aux patrons. C'est une création ex-nihilo de l'Eglise catholique, donc une décision politique.

La CFDT scissionne de la CFTC pour être plus efficace et diminuer l'influence de la CGT.

La CFDT est une création de la deuxième gauche (Michel Rocard, Alain Savary, Édouard Depreux,(pour les socialistes), Pierre Mendès France (pour les radicaux), Edmond Maire pour la CFDT, les intellectuels François Furet, Serge Mallet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon...etc) pour l'associer à la social-démocratie et donc à l'appareil d'Etat.

La création de la CFDT est une décision politique avant tout. Extrait du livre de Jean-Claude Poulain "CFDT le rêve et la vie" Editions Sociales qui relève dans le discours d'André Jeanson en 1979, un quasi aveu sur la nature politique de ce "syndicat" :

"En se posant comme une force politique à sa façon (...) la CFDT jette les bases de ce qui devrait permettre une refonde radicale des conceptions et des comportements de la gauche française."

André Jeanson fut vice-président de la CFTC puis président de la CFDT.

Evidemment le discours de Jeanson vise l'influence communiste dans le syndicalisme.
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