MAI 68 officiel à l'ère macronienne : le 50e anniversaire sous le signe du mariage entre l'individualisme libertaire et la casse des conquis des travailleurs!

Publié le par FSC

Sur France inter ce dimanche nous avons déjà eu un avant goût de ce que les libéraux-libertaires alliés à Macron préparent à l'occasion de l'anniversaire de mai 68.

L'émission étant annoncée comme suit :

C'est que comme tout événement historique qui a vu des masses de citoyens et de travailleurs intervenir, le sens et la portée de tels événements font l'objet d'affrontements.

L'interprétation étant construite et déconstruite d'ailleurs au gré des besoins et enjeux de l'actualité, les classes dominantes imposant majoritairement leur grille de lecture par l'usage des moyens de diffusion très largement à leur service.

Ce cinquantième anniversaire n'y déroge pas!

Il se situe dans le contexte de l'accès de Macron à la présidence de la République.

Le débat qui s'est engagé ce dimanche à France Inter, le fait qu'un documentaire soit confié à Daniel Cohn-Bendit et Romain Goupil pour diffusion sur une grande chaîne de télé ne laisse pas de doute sur le contenu de l'entreprise de récupération déjà largement engagée auparavant mais qui à l'ère macronienne trouve son expression la plus aboutie et la plus cynique qui soit.

Comme les déclarations de Romain Goupil ce dimanche le révèlent crûment : c'est l'interprétation libérale/libertaire, le silence ou la sous-estimation de la grève et des manifestations ouvrières, l'anti-communisme et l'anti-cegétisme qui serviront de trame à la narration.

Qu'on en juge :

Le débat a donc mis en scène outre l'animateur : Raphaël Gluksmann, Romain Goupil et Natacha Polony.

En résumé, pour R.Gluksmann, et R. Goupil au-delà de leurs différences générationnelles l'aspect important, l'apport décisif du mai 68 à la société française dans la durée c'est

dans un monde qui était saturé de sens, de dogmes, de structures collectives qui empêchaient l'individu de penser, de s'exprimer de manière libre et que donc leur mission historique ça a été de s'attaquer à ces mythes, d'ébranler ces structures , en gros de briser des chaînes".

L'obstacle majeur à cette libération outre le pouvoir gaulliste de l'époque et le pouvoir étatique de manière plus générale (apparemment du moins) étant principalement en fait les organisations dont la classe ouvrière s'est dotée au plan politique et syndical.

Romain Goupil s'exclamant dans sa bêtise profonde ou croyant le moment enfin venu, et clamant ce que maints gauchistes de l'époque reconvertis aux joies et aux avantages du marché capitaliste ont le plus souvent tu :

"Moi et bien sûr tous les autres notre seul mot d'ordre c'était désespérer Billancourt ; c'est-à-dire surtout ne plus croire à tout ce qui a entraîné le goulag ou désespérer Billancourt, c'était ça l'idée, de casser ces mythes là".

Le PS et Mitterrand mettant déjà en oeuvre dans les années 90 les souhaits du sieur Goupil en procédant à la chasse aux militants puis à la fermeture de Renault Billancourt précisément pour raison politique!

Le goulag crapuleusement associé au combat syndical pour tenter d'en finir avec la lutte de classe et les avancées ouvrières !

Aujourd'hui, à l'heure de l'aggravation et de l'offensive de la présidence Macron contre tous les conquis des travailleurs issus de la Libération, du détricotage systématique de tous ces conquis tant souhaité par le MEDEF et les oligarques, la recherche d'une soumission du peuple à cette offensive passe par l'affirmation ouverte et consolidée de ce dont était aussi porteur mai 68 : le mariage entre consumérisme, individualisme et le rejet de toutes les structures collectives de socialisation de lutte.

Afin de laisser la voie libre et les coudées franches aux structures invisibles et si efficaces de la domination de classe de l'oligarchie dans l'acceptation de l'état des monopoles présenté comme le garant des libertés républicaines!

Ce qui explique dans le moment présent l'ampleur de la répression contre les militants syndicaux, CGT en particulier à l'occasion de la lutte contre la loi El Khomri en particulier et la mise en place d'un paysage syndical valorisant à outrance le rôle d'une CFDT approuvant toutes les capitulations!

Dans l'émission de France Inter, seule Natacha Polony s'est dressé contre le jugement des deux compères en protestant :

"Mai 68 par un immense paradoxe de l'histoire n'a pas permis en mettant en avant la transgression , presque les apparences de la révolution n'a pas permis de jeter à bas tout ce qui pouvait constituer une barrière contre le capitalisme tel qu'il se présente aujourd'hui, c'est-à-dire totalement prédateur"

Et

"La question que je me pose face à mai 68 c'est de savoir si on n'a pas créé une aliénation absolument terrifiante qui s'expliquerait par le fait … que mai 68 a détruit la dimension collective qui permettait d'équilibrer l'individualisme … et les structures collectives et qui aboutit à la victoire d'un libéralisme qui devient pour le coup aliénant …"

"La question que moi je me pose vous avez donc accepter le capitalisme financiarisé qui aujourd'hui est en train de détruire toutes les structures des classes populaires et des classes moyennes …moi je ne l'accepte pas !"

La cohérence du mai libertaire et du macronisme

R.GLUKSMANN

"Je vois une forme de cohérence de mai 68 au macronisme , cohérence encore plus forte chez Cohn-Bendit dans le sens d'une abolition des structures collectives et d'une autonomie de la pensée … Emmanuel Macron en un sens est un héritier heureux de 68"

ET

 

Nous voilà donc avertis sur l'offensive idéologique En marche.

Au mouvement ouvrier, aux démocrates et progressistes non-convertis aux bienfaits du capitalisme prédateur de préparer de leur côté, avec leurs propres moyens le travail sur mai 68 adossé au combat contre les régression macroniennes massives et valorisant la nécessité des structures ouvrières et populaires indépendantes du pouvoir d'état ... de l'oligarchie et de la finance.

Sans renoncer au rassemblement des forces syndicales et politiques réellement décidées à en finir avec le malheur du monde comme l'a admirablement chanté notre cher Jean Ferrat!

 

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quelques références

Les documents d'origine syndicale en particulier :

 

 

* Les ouvrages de Michel CLOUSCARDet notamment :

« capitalisme de la séduction » ou encore « libéralisme libertaire ».

Et l'article dans la Pensée de 2008 paru dans la Pensée numéro 356 octobre-décembre d'Aymeric Monville, "Mai 68 dans l'oeuvre de Michel Clouscard" en fichier joint ci-après.

L'émission Radio de 2008 dans là-bas si j'y suis avec l'universitaire Kristin Ross enseignante de littérature à l'université de New-York  intitulée : " Mai 68 et ses vies ultérieures".

https://la-bas.org/la-bas-magazine/les-archives-radiophoniques/2007-08/fevrier-169/mai-68-et-ses-vies-ulterieures-1378

 

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