Olivier MATEU, secrétaire de l'Union départementale CGT des Bouches du Rhône : le pouvoir mène une stratégie du chaos

Publié le par FSC

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Olivier Mateu, le secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, analyse la situation sociale et évoque les batailles à venir.

 


La Marseillaise 

Avec l’arrivée de l’été, on nous dit que le mouvement social est terminé. Qu’en est-il ?
 

Olivier Mateu 

De la même manière qu’on ne décrète pas le début d’un mouvement social, on n’en décrète pas la fin. Ce ne sont pas ceux qui créent les conditions de la colère qui sont habilités à décider quand la colère s’estompe. Le mouvement social ne prend pas fin avec l’été, c’est une période qui permettra d’organiser ce qui va se passer à la rentrée. Lundi, lors de la commission exécutive de l’Union départementale nous proposerons de programmer dès le mois de septembre une journée de grève et de manifestations. Il ne faut pas compter sur nous pour enterrer le mouvement. Quand une loi n’est pas bonne, il faut en changer. Les électriciens-gaziers sont en lutte, les cheminots qui réfléchissent aux formes que prendra leur mouvement cet été, mais au-delà de ces secteurs, la saison qui s’ouvre sera l’occasion pour nous d’aller à la rencontre de nos organisations, des salariés et des estivants pour faire en sorte que dès la rentrée nous soyons mobilisés.


La Marseillaise 

Comment analysez-vous la stratégie du gouvernement qui semble déterminé à taper vite et fort dans de nombreux domaine ?
 

Olivier Mateu 

Sans naïveté ni optimisme béat, je pense que le rythme que nous impose le gouvernement illustre le fait qu’il n’a pas de majorité dans ce pays pour mettre en œuvre la remise à plat du modèle social qu’il porte avec le patronat. Ils ont besoin d’aller vite et mènent cette stratégie du chaos. À s’en prendre à tout le monde en même temps, ils pourraient créer l’effet inverse à celui recherché. Je considère qu’il y a un soutien majoritaire à la lutte des cheminots pour défendre le service public ferroviaire malgré les sondages qui peuvent sortir parce qu’un conflit de cette ampleur et de cette durée ne peut pas se passer sans heurts s’il n’y a pas une compréhension majoritaire de l’enjeu. Usagers et clients ce n’est pas la même chose. Ceux qui souhaitent la mise en concurrence et la privatisation ont la possibilité de payer leurs billets 35 à 40% plus cher. Ceux qui doivent être à l’heure au travail sans que ça leur ampute les revenus continuent à dire qu’il faut un service public avec les moyens de fonctionner. La question fondamentale dans ce dossier comme dans tous les autres, c’est l’utilisation de la richesse produite et qui nous est volée. La France n’a jamais disposé d’autant d’argent et il n’aura jamais été concentré à ce point entre quelques mains. Il s’agit de choix politiques. Faire autrement passe par la capacité de la CGT et des organisations du camp progressiste à construire des revendications qui permettent de bâtir des alternatives et d’impliquer les salariés, les populations.



La Marseillaise 

Pour l’heure, la convergence ne semble pas au rendez-vous
 

Olivier Mateu 

Le gouvernement est à la fois déterminé sur ses objectifs mais pas serein sur ses capacités d’aller au bout. Alors il cherche à diviser pour mieux régner. C’est vieux comme le monde. Quand on voit comment on amplifie la question des réfugiés et dans le même temps on minimise le rôle des États capitalistes européens dans la déstabilisation de zones entières du monde. C’est une stratégie qui vise à assurer la richesse des grands groupes dans ces pays et ici à diviser les populations. Mais il ne faut pas que le gouvernement se trompe : on est très nombreux à être arrivés à pied ou en bateau. Si on a pu s’intégrer et participer à la construction du pays c’est qu’il y a des solidarités dans le peuple. Pour qu’elles continuent de vivre, il faut développer l’appareil productif et les services publics.


La Marseillaise 

Le Medef change de président ce mardi. Êtes-vous attentif à ce qui se joue dans cette élection ? Comment analysez-vous le positionnement du patronat vis-à-vis d’un pouvoir qui lui est très favorable ?
 

Olivier Mateu 

On est attentif parce qu’ils participent à tracer les objectifs du gouvernement. Il faut reconnaître aux patrons une certaine constance. Je ne suis pas admiratif de leur façon de faire mais arriver à mettre dans les esprits que le code du travail est trop lourd et la concurrence nécessaire, en étant l’ultra-minorité, c’est assez remarquable. Ils ne participent pas directement à la production de richesse mais utilisent l’ensemble des supports sur lesquels ils ont la main pour maintenir leurs positions et donner des couleurs nouvelles à de vieilles idées. Ils n’ont pas évolué sur leurs fondamentaux ce qui me conforte dans l’idée que lorsqu’on n’est pas dans le camp des exploiteurs, mieux vaut défendre le camp des exploités. On est lucide, déterminé et ambitieux car on est convaincu que les moyens existent pour faire différemment et que nous avons les capacités collectives d’imposer ces solutions.


La Marseillaise 

Emmanuel Macron a présenté une nouvelle réforme des retraites face à la Mutualité au nom de « l’égalité ». 1 euro cotisé doit selon lui compter autant pour tous. Comment recevez-vous cette annonce ?
 

Olivier Mateu 

Emmanuel Macron veut rendre inéluctable le passage à un système par capitalisation. Il l’a prouvé, pour lui, l’égalité ce n’est pas la justice. Pour un âge de départ à la retraite à 60 ans et une reconnaissance de la pénibilité, il y aura une vraie solution d’égalité : l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Par ailleurs, la part de richesse créée et accaparée par les dividendes, l’évasion fiscale et les cadeaux au patronat doivent aller à la protection sociale. On parle d’une 2e journée de « solidarité », je propose moi, une journée de captation des dividendes uniquement du CAC 40 pour un service public du 3e âge.


La Marseillaise 

Tiendrez-vous une fête de rentrée cette année ?
 

Olivier Mateu 

Oui au parc de la Mérindole à Port-de-Bouc le 29 septembre. Nouveauté cette année : nous aurons une présence de l’UD sur la fête de l’Humanité, temps fort de la rentrée sociale.

Propos recueillis par Léo Purguette

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