Débat sur le syndicalisme à la fête de l'HUMA le week-end dernier

Publié le par FSC

Dimanche 16 septembre s'est tenue à la fête de l'Humanité sur le stand du PRCF un débat intitulé :

 

 SYNDICALISME ET POLITIQUE FACE À MACRON-MEDEF, À L’UNION EUROPEENNE ET AUX GUERRES DE L’OTAN

 

Le FSC était invité et il s'est exprimé depuis la tribune où prenaient également place notamment Jean-Pierre PAGE (ancien secrétaire de l'UD CGT 94 et ancien responsable international de la confédération qui vient de faire paraître aux Éditions Delga l'ouvrage intitulé 

"CGT : pour que les choses soient dites"

et Laurent BRUN (secrétaire général de la fédération CGT des cheminots).

Pendant deux heures et devant plus de 100 personnes, ont ainsi été débattues les questions essentielles qui se posent à tous les militants du monde du travail. Ovationné à son arrivée, Laurent Brun est revenu sur la grande lutte des cheminots, ses acquis et ses faiblesses parmi lesquelles il soulignait le déficit et les difficultés de la construction d'une perspective interpro ainsi que le frein constitué par l’absence d'organisations politiques porteuses d'un projet de transformation sociale, pour tout dire, des perspectives révolutionnaires.

Jean-Pierre Page a quant à lui fait état au cours de ces interventions très stimulantes de l'état du syndicalisme français international face à la crise du système capitaliste et a développé l'idée de la nécessaire intervention commune des syndicalistes de classe et de masse lors du prochain congrès de la CGT.

VIDEOS du débat disponibles à l'adresse :

https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/video-syndicalisme-et-politique-face-a-macron-medef-a-lue-et-aux-guerres-de-lotan/

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Ci-dessous, l'intervention liminaire du FSC.

 

Nous sommes dans une crise systémique du capitalisme qui détermine régressions tous azimuts et dangers gravissimes sur la paix tandis que les derniers vestiges de la démocratie formelle tombent en miettes.

 Je ne détaillerai pas les attaques Macron qui prolongent celles des 30 ou 40 années précédentes et qui programment d'achever la destruction du système social français et de finir de dissoudre la nation populaire au sein d'un Empire européen.

 Face à cette situation, les luttes sociales ont été très importantes durant le printemps 2018 mais elles n’ont pas débouché sur une mobilisation générale de nature à s’opposer victorieusement au pouvoir. Entre les organisations jaunes type CFDT, les hésitations de la FSU ou de FO et le pied au milieu du gué de la conf’ CGT, les travailleurs n’ont notamment pas réussi à prendre en marche le train de la lutte admirable des cheminots et le gouvernement a réussi à faire passer ses projets écrits par le MEDEF et l’UE.

 Alors, où en est-on aujourd'hui et quelles sont les perspectives pour le mouvement populaire, syndical et politique ?

Un constat d'abord : entre l'impopularité insondable du pouvoir et les très nombreuses luttes dans les entreprises, Macron n’a pas réussi à briser la résistance populaire comme Thatcher avait pu le faire en mettant à genoux les mineurs anglais.

Mieux, un certain nombre d’éléments positifs issus des bases syndicales montrent que la combativité pourrait prendre une ampleur encore plus importante dans la période qui vient. Mais cela suppose une intervention consciente et cohérente des militants syndicaux et politiques de classe sur au moins 3 points.

Le premier point est celui de l'indépendance syndicale et du rapport entre syndicalisme et politique pour reprendre les termes du débat d'aujourd'hui.

Cela faisait des années qu'au nom de l'indépendance, les principales orga syndicales de notre pays revendiquaient une frontière parfaitement étanche entre syndicalisme et politique tout en cultivant les rapports étroits à tous niveaux avec les instances et les partis politiques dominants.

Mais, contre ce « chacun chez soi » défendu très récemment notamment par Mailly et Berger et face au pouvoir de guerre sociale de Macron, la nécessité d'opposer un front uni des progressistes et des démocrates s'est imposée sous l'impulsion des bases les plus combatives comme l'UD CGT des Bouches du Rhône et a débouché sur plusieurs manifestations unitaires inédites depuis des années, à Marseille d’abord le 14 avril puis le 5 mai à Paris et le 26 mai dans tout dans le pays.

 

Bien entendu, cela n'a pas suffi à faire plier le pouvoir car la clé de tout mouvement populaire victorieux est le blocage des profits capitalistes. Mais il est encourageant que le cloisonnement entre le syndical et le politique hypocritement martelé par les réformistes intégrés au pouvoir et à ses institutions ait du plomb dans l'aile.

 

Car de fait, ni le politique ni le syndical ne détiennent seuls la clé des victoires populaires et aucun des deux ne l'a jamais emporté seul dans l’histoire de notre pays. Au contraire, toutes les grandes avancées de notre classe ont été arrachées à l’époque où le syndicalisme de classe CGT et les militants ouvriers de classe, alors principalement regroupés dans le PCF, portaient ensemble, chacun avec sa spécificité, les revendications de l’ensemble de la classe.

 C'est cette démarche qu'explicitaient d'ailleurs les statuts de la CGT de 1936 intégrés aux statuts actuels : « Le mouvement syndical se réserve le droit de répondre aux appels qui lui seraient adressés par d’autres groupements en vue d’une action déterminée. Il se réserve également le droit de prendre l’initiative de ces collaborations momentanées, estimant que sa neutralité à l’égard des partis politiques ne saurait impliquer son indifférence à l’égard des dangers qui menaceraient les libertés publiques comme les réformes en vigueur ou à conquérir. »

Alors oui, l’indépendance syndicale est indispensable mais c’est bien par rapport au patronat, aux gouvernements successifs, à l’UE et à sa courroie de transmission « syndicale », la C.E.S., qu’il faut la reconquérir et non en opposant les militants syndicaux, politiques et associatifs de la classe laborieuse qui doivent unir leurs efforts pour contribuer à bâtir une alternative populaire face au bloc agressif du MEDEF, de l’UE et du gouvernement.

 Il faut d'ailleurs souligner que cette défense de l’indépendance syndicale est étroitement liée dans notre histoire à celle de la défense par les travailleurs de l’indépendance nationale, ce qui nous amène au deuxième point que je vais aborder, à savoir la question de l'UE et de la Nation.

 C’étaient en effet les mêmes hier, qui avec Jouhaux, Maire, Bergeron et autres Notat, subordonnaient le syndicalisme aux gouvernements sociaux-démocrates voire à la CIA qui participa à la scission de la CGT en 1948 et qui soutenaient la construction européenne et la Confédération Européenne des Syndicats, créée et financée par l’UE.

A l’inverse, ce sont des militants comme Sémard, Timbaud, Frachon, Krazucki qui, tout à la fois veillèrent sur l’indépendance de la CGT par rapport au patronat et aux gouvernements bourgeois, qui se battirent dans la Résistance pour libérer notre pays, qui combattirent ensuite aux côtés du PCF la construction européenne et défendirent tout à la fois les conquêtes populaires, l’indépendance nationale et l’internationalisme.

 On ne peut pas défendre les travailleurs et accompagner les projets des brigands capitalistes et aujourd'hui comme hier, comment défendre le « produire en France », le pouvoir d'achat, les services publics, les statuts nationaux, les conventions collectives, l’EDF et la Sécu issus du CNR, comment défendre la paix, sans s'attaquer à l’UE, cette prison des peuples antisociale et anti-démocratique, sans s'attaquer à l’euro, cette austérité faite monnaie continentale, ou sans s'attaquer l’OTAN, cette machine à guerres impérialistes  ?

Or, les directions syndicales ménagent en permanence l’UE du capital en jouant de la diversion sur les thèmes mystificateurs de l’ « Europe sociale » ou des « services publics européens », slogans qui servent à la fois à liquider les acquis sociaux de chaque pays au nom de progrès européens qui n’arrivent jamais… et à légitimer la l'UE et la mise en place de l’État supranational européen.

La classe ouvrière et le monde du travail ne pourront se « mettre au cœur de la vie nationale », si leurs organisations politiques et syndicales refusent elles-mêmes de défendre la nation travailleuse broyée par la « construction » européenne. Au moment même où Macron et l’UE envisagent le saut fédéral européen et l’armée européenne, les syndicalistes de lutte doivent bien renouer avec le combat de la grande CGT en s’engageant à nouveau pour sortir la France du broyeur capitaliste que sont l’UE et l’OTAN.

Dessiner cette perspective de campagne suppose de s'inscrire bien entendu dans le calendrier des luttes mais aussi dans celui des congrès syndicaux qui s'annoncent, dernier point de cette intervention.

Après le congrès houleux de FO et avant celui de la FSU, le congrès de la CGT de mai 2019 va bien sûr être l'élément le plus décisif de la période à venir et la lutte ouverte entre « révolutionnaires » et réformistes y a déjà commencé.

 Du coté des « réformistes » qui ont toujours de l'influence à Montreuil, il s'agit de parachever l'évolution de la période Viannet-Thibault-Le Paon et de finir d'arrimer la grande CGT à la CFDT et à la CES au sein du syndicalisme rassemblé.

 Les travailleurs, eux, n'ont bien évidemment pas besoin d'une CFDT bis, la première remplit déjà parfaitement son office de trahison perpétuelle des luttes et des intérêts du monde du travail ! Quant à la CGT, cela ne pourrait que signifier sa mort à court terme car le maintien d’un syndicat se délestant de tout ce qui a fait son identité de classe et de masse serait privé de tout sens et de toute lisibilité pour les travailleurs.

 Du côté des révolutionnaires, on observe depuis des mois un mouvement de questionnement critique quant à la CES et la CSI et d’adhésions de syndicats, d'UD et de FD CGT à la Fédération Syndicale Mondiale qui peut fournir une base de regroupement des forces de classe de notre pays.

Dans le même temps, une vingtaine d’organisations CGT du Nord-Pas de calais ont récemment lancé un appel à préparer le congrès de manière unitaire pour remettre la CGT sur ses bases de classe et de masse. Des UD influentes ont pris position dans le même sens.

Et les récentes interventions de Jean-Pierre Page, ancien secrétaire de l'ud CGT 94 et ancien responsable international de la confédération, à l'image son livre paru aux éditions Delga, sont de nature à favoriser et à clarifier le nécessaire débat sur l’orientation de la CGT.

 Ainsi, le combat mené depuis des années par des militants syndicaux et leurs organisations de base ou encore par le Front Syndical de Classe peut déboucher sur une lutte ouverte dans la CGT entre tenants de la collaboration de classe et militants fidèles aux fondamentaux de la « Grande Dame », lutte indispensable pour séparer les « rouges » des « jaunes », le plus souvent déguisés en « rose ». Ce qui pourrait aussi poser la perspective dynamique d'une réunification syndicale dans une grande CGT de classe et de masse permettant de mener à nouveau le camp des travailleurs à la victoire. 

Pour ce faire, les syndicalistes de classe auraient grand avantage à se rencontrer pour élaborer une plate-forme revendicative nationale de lutte, un plan de lutte commun pour briser la machine euro-macroniste et partir à la contre-offensive. Il sera en tout état de cause difficile de construire le « tous ensemble en même temps » des travailleurs si l’on ne forme pas unfront commun des syndicalistes de combat disputant le terrain aux états-majors défaitistes qui envoient les luttes dans le mur les unes après les autres… 

Dans les mois qui viennent, le FSC jettera ses forces dans la bataille du syndicalisme de classe et de masse afin que celui-ci puisse contribuer non seulement à une résistance coordonnée et cohérente du monde du travail, un tous ensemble en même temps tellement nécessaire, mais aussi à bâtir une alternative populaire contre le pouvoir des capitalistes. Cela suppose de cibler les origines patronales de toutes les contre-réformes ainsi que la construction européenne qui orchestre la casse à l’échelle du continent sans omettre de défendre l’internationalisme et de mettre en question les guerres impérialistes de l’OTAN tout comme la ruineuse course au surarmement. Le tout afin de soutenir enfin les luttes par l’espoir d’un changement de société et la perspective du pouvoir des travailleurs et d’une France débarrassée de l’exploitation capitaliste.

 

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Méc-créant 25/09/2018 01:21

Je ne peux que ressentir un léger mieux-être, même pour un instant, quand je sens passer des bouffées de renouveau, ou de renaissance, dans la pensée syndicaliste et politique. Et politique car, inévitablement tout syndicat s'inscrit profondément dans le débat et la lutte politiques. Etre indépendant des partis politiques et des choix de leurs dirigeants est une chose, prétendre se situer hors de la politique en est une autre: c'est celle qui permet de collaborer avec les pouvoirs en place...Peut-être que les textes --pas jeunes-- que j'ai mis sur mon blog pourraient être reçus autrement aujourd'hui. C'était ma modeste façon individuelle de faire résister un brin de pensée encore vert dans ces décennies de désert politique, intellectuel et social... Sait-on jamais?...
Méc-créant.

Danièle Dugelay 24/09/2018 03:38

Bravo ! Je n'ai plus la force de vous aider, mais je suis de tout coeur avec vous.