REPRESSION SYNDICALE à la ville de Paris : je suis Jean-Jacques et Christian !

Publié le par FSC

 

SOURCE :

Le Parisien

Les deux éboueurs de la Ville qui avaient détourné un camion-poubelle pour une manifestation de la CGT risquent la révocation.

Ils sont là tous les deux, souriants mais inquiets…, vêtus du tee-shirt estampillé Je suis Jean-Jacques et Christian, « une idée des camarades pour nous soutenir ».

Jeudi la tête des deux éboueurs de la ville sera « mise à prix » à l’Hôtel de ville.

Christian, 58 ans et Jean-Jacques, 56 ans passent en conseil de discipline. « Et risquent la révocation », s’alarme Régis Vieceli, secrétaire général CGT du nettoiement qui les défendra.

La Ville leur reproche d’avoir le 25 mai dernier volé ou détourné — c’est selon — un camion poubelle pour aller déverser sept tonnes d’ordures, lors d’une manif de la CGT pour dénoncer le démantèlement du service public devant le siège de la République en marche d’Emmanuel Macron, rue Sainte-Anne (IIe).

La Ville leur reproche surtout d’avoir créé une sacrée panique. Leur « opération commando » à proximité de l’Opéra a tout de suite fait penser à un attentat à la voiture-bélier comme à Nice.

La scène est d’ailleurs surréaliste… Après avoir raflé le camion poubelle à un autre éboueur avenue de Saint-Ouen (XVIIe), dans ce qui ressemblait à un car jacking, les deux compères — méconnaissables, l’un col remonté, porte un masque antipoussière, l’autre une casquette, lunettes de soleil, fausse moustache « clin d’œil à Martinez » — traversent la moitié de Paris.

Entre-temps, l’éboueur dépossédé de camion géolocalisable prévient sa hiérarchie.

Pris en chasse par la BRI

« Et là, poursuit Jean-Jacques, on passe avenue de l’Opéra, à 200 m de notre objectif, là où nos trois cents camarades planqués dans un coin nous attendent. Il est dix heures du matin et tout se barre en vrille. Une voiture de police sirène hurlante se met en travers de la route. Les flics, arme au poing et gilet pare-balles, sautent de voiture. Ils crient Les mains en l’air ! Une fliquette en roller déboule. Par la fenêtre du camion, elle pointe son flingue. Elle tremble. Je suis au volant. Et là, je me dis Jean-Jacques, tu restes calme. Tu lèves les bras. Tu lui dis que tu es juste éboueur de la ville, que tu as tes papiers. Que c’est une opération syndicale ».

« La dessus, les mecs de la BRI, cagoulés, débarquent, suivis des démineurs. Ils croient qu’on porte une ceinture d’explosif à la taille. Un flic nous dit Si vous bougez, on vous dessoude. Christian se retrouve menotté, dehors à un panneau. Moi je sors les mains en l’air. Là, tu te dis Je suis dans un film. C’est un cauchemar ! »

«On ramasse les poubelles des gens, on n’est pas des voyous »

Les policiers vérifient au téléphone. « D’un coup, le stress est retombé. On était bien des éboueurs ! Pas des terroristes. Après, au commissariat, ils ont été sympas. Ils nous ont juste dit Là, les gars, vous êtes complètement inconscients ! ».

Le 18 juillet dernier, les éboueurs ont été condamnés à 70 heures de travail d’intérêt général dans le cadre d’une procédure de « plaider coupable ». « Une peine symbolique, commente Régis Vieceli. Le juge a compris que cette histoire était disproportionnée ».

« Si on avait su, regrette Jean-Jacques, on aurait fait autrement. On n’est pas des demeurés ». Régis Vieceli rappelle qu’à la Ville, les détournements de camion bennes pour leurs actions syndicales font partie de la tradition…

« Pensez donc ! poursuit Christian, le 4 décembre dernier, on avait détourné sept camions bennes. Et en 2013, avec les camarades, on en avait détourné 80. Nous avions déversé leur contenu devant l’Hôtel de Ville contre la privatisation de la collecte des ordures ménagères ».

Jeudi, Jean-Jacques et Christian espèrent la clémence. « On veut retravailler, indique les fonctionnaires mis à pied depuis le 25 mai mais par ailleurs bien notés par leur hiérarchie. On est juste des éboueurs militants. On ramasse les poubelles des gens. On n’est pas des voyous ».

De son côté, la CGT a prévenu : « Si les camarades ne sont relaxés complet, lâche Régis Vieceli, il y a un préavis de grève qui tombe toute de suite ».

MAO PENINOU, ADJOINT (LREM) d’ANNE HIDALGO EN CHARGE DE LA PROPRETÉ : « Ce qui s’est passé est grave ! »

Le 25 mai dernier, juste après les faits, Mao Peninou, l’adjoint (LREM) d’Anne Hidalgo (PS) en charge de la propreté, sans vouloir prononcer le mot licenciement espérait « des sanctions très lourdes ».

Ce mardi, l’élu parlait de « sanction sévère ». Mao Peninou, qui sait que les éboueurs de la Ville de Paris utilisent régulièrement les bennes pour leurs opérations syndicales reproche principalement à Jean-Jacques et Christian « d’avoir piqué la benne du copain. Il y a une volonté de dissimulation ». Même si le vol a été requalifié par la justice de détournement.

L’élu rappelle également le contexte Vigipirate, « de l’irresponsabilité, ça aurait pu mal se terminer ».

Quant aux accusations de la CGT de voir Mao Peninou (ex-PS à présent LREM) « prendre politiquement en otage Jean-Jacques et Christian, parce qu’ils se sont attaqués à la LREM », l’élu balaie d’un « ma grille d’analyse n’est pas politique. Ça aurait été n’importe où, ça aurait été pareil ».

 

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