CHEMINOTS : la bataille pour la sécurité des usagers, ... ce n'est qu'un début !

Publié le par FSC

SOURCE : La Charente libre

 

Par Jean-François BARRÉ, publié le .

L’opération gare morte à Angoulême a totalement paralysé le trafic ferroviaire. Les cheminots CGT voulaient alerter les usagers sur la sécurité. Tout est parti d’une menace sur les aiguilleurs.

Une première à Angoulême, hier matin. Jamais une gare n’avait connu pareille situation. Un mouvement de grève qui ne perturbe pas le trafic ferroviaire, mais qui le paralyse totalement. Pas un train qui entre en gare. Un convoi de fret immobilisé sur la voie 4 n’a pas bougé.

Même les cheminots CGT qui avaient prévu de profiter de l’instant pour venir échanger avec les usagers qu’ils ont contraints à rester à quai, ont été surpris de l’ampleur de l’opération qu’ils ont initiée il y a trois semaines. C’est le délai légal, et ce n’était pas en réaction à l’accident de la semaine dernière qui a généré le droit de retrait des conducteurs de TER dans toute la France et sérieusement perturbé la circulation des trains. "Les cheminots se sont mis en grève. Plus un agent aux postes d’aiguillage. Plus un train ne peut circuler sur les voies en sécurité. La SNCF a préféré annuler les circulations, explique Jacky Wallart, le secrétaire de la CGT cheminots en Charente. Et le mouvement est soutenu par une partie de l’encadrement, qui n’a pas pris la place des grévistes".

 

"Nos craintes justifiées"

 

Au-delà des espérances des grévistes. "C’est sans doute que nos craintes étaient justifiées et qu’elles le sont toujours", traduit Jacky Wallart. Parce que la raison du mouvement de ce vendredi, qui ne concernait que la gare d’Angoulême, c’était la sécurité des voyageurs et des circulations.

Les contrôleurs dans les trains, bien sûr, c’est d’actualité, mais aussi et surtout la menace qui, selon le syndicat, pèserait sur les cheminots d’Angoulême, de diminuer drastiquement le nombre d’agents dans les postes d’aiguillage. "Il ne pourrait en rester qu’un seul. C’est inenvisageable", s’emportent les cégétistes inquiets d’éventuelles menaces pesant sur les autres services, comme la billetterie et le service en gare. "On nous annonce que l’on pourrait faire un seul métier avec les trois" et imposer la polyvalence. Ce que refusent les cheminots.

À Angoulême, rapporte Emmanuel Prinet, le chargé communication des cheminots CGT, "le mal-être est général chez les salariés. Une sorte de fatalisme". "On n’est pas à 100 % en sécurité, en sûreté", insiste Jacky Wallart. "En toute objectivité, il y a une prise de risque de la direction. Nous, on préfère une gare morte qu’un mort en gare".

Frédéric Mellier est membre du comité de vigilance ferroviaire de Nouvelle-Aquitaine qui regroupe des cheminots, des élus, des usagers. "Les voyageurs sont conscients de la situation. Ils veulent de la sécurité au quotidien".

La démarche, c’était d’aller à la rencontre des voyageurs, "pour expliquer le mouvement, parler de sécurité, leur dire que c’est pour eux que l’on se mobilise" insiste Jacky Wallart. "Et lorsqu’on explique, on ne rencontre pas d’animosité. Même si c’est une gêne. Même si une grève est toujours un constat d’échec. Mais il n’y a pas de deuxième option."

En toile de fond, il y a la dégradation du service public, Internet, qui laisse sur le quai toute une catégorie de population, âgée, Ouigo, Corail, Eurostar bientôt, qui échappent aux guichets, et les bus qui remplacent les trains…

Il y a aussi le risque de dégrader l’image du cheminot chez les voyageurs. "C’est à nous d’expliquer notre culture de la sécurité".

La Région impose un conducteur

Les cheminots CGT ont mis l’accent sur la sécurité dans les TER, sur la présence d’un contrôleur à bord "qui est une exigence de la convention signée entre la région et SNCF".

"C’est vrai, confirme Renaud Lagrave, en charge des transports. Les nouveaux TER sont tous équipés pour fonctionner avec un agent seul, mais pour nous, la présence d’un contrôleur à bord, c’est la règle. Sauf en cas de force majeure. "Puisque le matériel le permet, on peut laisser partir un train sans accompagnateur pour ne pas pénaliser tous les voyageurs." L’an dernier, seuls 2 % des 700 TER qui circulent chaque jour sont partis avec un seul agent à bord, affirme l’élu. Seule la ligne Arcachon-Bordeaux, avec une gare tous les trois kilomètres et pas de passage à niveau déroge à la règle. La zone péri urbaine de Bordeaux devrait aussi être concernée l’année prochaine.

 

 
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