de la géothermie en GUADELOUPE ... pour l'indépendance alimentaire, énergétique ...

Publié le par FSC

Notre camarade de Guadeloupe Philippe BELAIR nous a communiqué le texte suivant à propos de l'usage de la géothermie dans son île, ses avantages et donc l'usage d'intérêt général de cette technologie.

 

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COMMUNIQUÉ SUITE AU PROJET D’EXPLOITATION DES RESSOURCES GÉOTHERMIQUES DANS LE MASSIF DE LA SOUFRIÈRE. Christian ANTÉNOR-HABAZAC, ingénieur, dimanche 3 novembre 2019.

 

Il y a plusieurs mois, et compte tenu de mon passé professionnel, j’ai été informé par des industriels d’un projet d’exploitation de la géothermie du Massif de la Soufrière, dans le but d’une production d’électricité, à l’instar de ce qui se fait déjà à Bouillante. J’ai été enthousiasmé par ce projet qui permet l’exploitation des richesses de notre sous-sol pour produire de l’électricité propre, non d’origine nucléaire, donc sans déchets que l’on ne sait déjà pas gérer sur un continent, donc à fortiori sur notre minuscule île, et non produite à partir d’hydrocarbures, ou autres produits fossiles, matières peu gérables dans nos conditions environnementales actuelles, non pérenne à terme, et à importer de toutes les façons.

La géothermie, pour rappel dans le cas de la production d’électricité, consiste à venir, à partir de forages plus ou moins profonds dans le sol, prélever de la vapeur d’eau souterraine la plus chaude possible pour faire tourner des turbines en surface de façon à produire de l’électricité (pour ce qui nous concerne car on peut aussi en faire du chauffage urbain par exemple en Islande, ou à Saint-Pierre et Miquelon). Cette vapeur d’eau, plus ou moins chaude, existe en grande quantité dans notre sous-sol volcanique de toute la Guadeloupe Proprement Dite, aujourd’hui communément appelé La Basse-Terre (et globalement dans toute la partie centrale de l’Arc des Petites-Antilles, en mer comme à terre : Guadeloupe – Dominique – Martinique).

Elle est créée par les origines VOLCANIQUES RÉCENTES (moins de trois millions d’années) de cette Basse-Terre, dans un climat maritime et tropical humide ou il pleut abondamment. Les eaux météorites, en particulier, qui ne ruissellent pas, s’infiltrent dans les sols pour former des nappes phréatiques plus ou moins importantes. Certaines sont chauffées par d’anciennes zones magmatiques plus profondes (datant d’environ trois millions à un million d’années) mais encore chaudes, et donnent des résurgences thermales comme à Sofaïa ou à Ravine Chaude.

D’autres zones comme celles de Bouillante, et aussi Vieux-Habitants, ont les mêmes résurgences, encore plus chaudes, donc plus énergétiques, car l’activité volcanique y est plus récente (environ huit cent mille à deux cent mille ans). C’est d’ailleurs là l’origine de la vapeur des forages de Bouillante captée jusqu’à environ deux mille mètres de profondeur. Plus récemment, depuis environ quatre cent mille ans à deux cent mille ans, et jusqu’à aujourd’hui, s’est créé ce que l’on appelle le MASSIF de la Soufrière, constitutif de la zone de Vieux-Habitants, des SansTouchers au Nord, de la région de Capesterre-Belle-Eau, Trois-Rivières, Gourbeyre, Basse-Terre (ville) et Baillif (en fait, tout le Sud Basse-Terre, sauf les Monts Caraïbes entre Gourbeyre et Vieux-Fort).

Ce MASSIF inclus plusieurs volcans encore actifs, dont le VOLCAN de la Soufrière, né il y a seulement CINQ siècles et qui domine Saint-Claude. Compte tenu de la jeunesse de ce massif, du type de volcanisme qui l’a construit (volcanisme explosif avec magma pâteux à environ 800°C) et l’activité hydrothermale qui le caractérise, il est logique d’espérer avoir une énergie géothermique capable de couvrir une très grande part des besoins en électricité de la Guadeloupe et de son archipel pour du long terme et à des coûts faibles y compris dans l’impact environnemental.

Pour exemple : Les Bains-Chauds du Matouba. Il s’agit donc de « percer » des trous verticaux (des forages) de plusieurs centaines de mètres de profondeur (et quelques centimètres de diamètre) dans ce MASSIF de la Soufrière, HORS DE L’EMPRISE DU PARC NATIONAL, donc à distance respectable du dôme, pour aller chercher cette vapeur dans les nappes souterraines.

Quelles pourraient être les conséquences de tels forages sur l’activité volcanique de la région ? À mon avis aucune. Autant piquer la peau d’un éléphant avec une épingle simple. Et le prélèvement de vapeur souterraine ? Il s’agit d’un apport constant d’eau qui se transforme progressivement en vapeur à cause de la chaleur. Tout au plus, ces prélèvements réguleraient les pressions internes et permettraient d’éviter d’avoir des éruptions dans l’immédiat. Bon !

En fait, c’est la même théorie qui consiste à dire que les fumerolles de la Soufrière lui permettent de se décompresser, au lieu d’exploser, tout de suite !!! Mais c’est loin d’être vrai et cela n’empêchera pas une éruption. Restons sérieux ! Il s’agit de produire de l’énergie électrique en quantité, tant que le volcan de la Soufrière, et plus généralement cette région volcanique, reste calme. Oui ! Car tout réveil impactera la zone et provoquera un arrêt des activités industrielles, économiques et sociales du Sud Basse-Terre, électricité comprise, mais également la production des eaux de consommation, potables ou agricoles. Il s’agit donc là de ne pas « mettre tous ces œufs dans le même panier »….

MAIS POUR L’INSTANT L’ACTIVITÉ VOLCANIQUE DE LA RÉGION NE MONTRE AUCUNE RÉACTIVATION PARTICULIÈRE QUI PERMETTE D’AVOIR UN RÉVEIL VOLCANIQUE À COURT OU MOYEN TERME. À PLUS LONG TERME, RIEN N’EST MOINS SUR, BIEN ÉVIDEMENT.

Il s’agit donc de profiter de cette manne tant qu’il est encore temps, avec ce répit que nous avons sans que nous ne sachions pour combien de temps.

Cette activité industrielle, PROPRE, dans le Sud Basse-Terre répond aussi à plusieurs problématiques:

  • La décentralisation des moyens de production d’électricité en dehors de Jarry, directement menacé par les aléas sismiques, cycloniques et INDUSTRIELS. Il s’agit bien sûr d’avoir d’autres lieux et moyens de productions propres en plus de notre géothermie volcanique. 
     
  • La baisse drastique des pollutions produites par la fabrication d’électricité à base de matières d’origines fossiles (fioul lourd, charbon,…). 
     
  • La diminution de l’importation de ces matières fossiles pour un début de rééquilibrage de notre balance commerciale. 
     
  • Une solution pour contribuer au réveil du Sud Basse-Terre, de la Côte Sous le Vent, et désengorger un peu Jarry.
     
  • Et puis, sur un autre point de vue, scientifique celui là : une instrumentation de ces forages permettrait de mieux connaître ce contexte hydrothermal du Massif de la Soufrière, en collaboration avec les chercheurs. On a donc tout à y gagner.

 

Je crois là qu’il ne faut pas hésiter à profiter de tous les avantages que nous procurent, en particulier, notre jeune région volcanique pour le développement du Sud Basse-Terre, au moment ou tout le monde se plaint de désertification, et il n’y a pas que le Sud Basse-Terre, favorisant la région Pointoise. Outre l’aspect touristique, paysagiste, nature, randonnée, … le Massif volcanique nous apporte des richesses naturelles évidentes mais insoupçonnées comme le thermalisme que l’on a perdu, mais qu’il faut restaurer, la production d’énergie, d’agrégats et matériaux de construction, l’eau, vitale pour les populations,….

L’avenir de la Guadeloupe passe, en priorité, par une indépendance alimentaire et énergétique car nous sommes une toute petite île BEAUCOUP TROP TRIBUTAIRE d’importations qui peuvent très facilement et très rapidement cesser (terrorisme, conflits, catastrophes naturelles,…).

Nous avons donc besoin d’agriculteurs, d’agronomes, d’ingénieurs, d’industriels,… venant investir sur notre île. Certes, la priorité est pour beaucoup le gain d’argent, mais pourquoi pas, à condition qu’il nous serve et nous rapporte sur tous les plans. Il n’est pas question de devenir éco-terroriste, car toute activité humaine génère des contraintes, mais nous devons profiter au maximum de notre nature tout en la protégeant et la géothermie reste l’un de nos atouts majeurs pour cela.

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