La casse de l'hôpital public au profit du privé, TEMOIGNAGES européens !

Publié le par FSC

SOURCE : colloque du groupe Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) au Parlement européen

 

Réunissez trois syndicalistes européens des soins de santé, vous ne leur trouverez qu’un point de divergence : la langue. Tous les trois vous parleront de leurs patients, de la qualité des soins en baisse, mais aussi de luttes. A l’occasion d’un colloque du groupe Gauche unitaire européenne (GUE/NGL) au Parlement européen, Thomas Zmrzly (Allemagne), Christophe Prudhomme (France) et Véronique Lorge (Belgique) ont livré leurs réflexions.

« Les infirmières n’en peuvent plus », commence Thomas Zmrzly, infirmier et membre du syndicat allemand Ver.di. 

« Il y a 10 ans, on comptait une infirmière pour 8 à 10 patients. Aujourd’hui c’est une infirmière pour 13 patients. »

Même son de cloche en France, où Christophe Prudhomme est médecin urgentiste et syndicaliste CGT.

« On manque de lits. Depuis 20 ans, le gouvernement ne finance plus l’hôpital public correctement. À Paris, une des plus grandes villes du monde, 25 nouveaux-nés ont du être envoyés dans des hôpitaux en province (jusqu’à 100 kilomètres) ces deux derniers mois, car nous n’avons pas assez de lits en soins intensifs dans la capitale pour nous occuper d’eux ».

Véronique Lorge, infirmière à Bruxelles et syndicaliste CGSP pointe le travail administratif qui a augmenté :

« les infirmières sont là pour soigner des patients, pas pour passer des heures devant un ordinateur ! »

 

On remarque beaucoup d’originalité lors des actions des blouses blanches… Pourquoi ?

Christophe Prudhomme

Nous comptons plus de 200 services d’urgence en grève en France. Depuis 10 mois. 10 mois, imaginez-vous ! Mais comme le personnel est réquisitionné, les hôpitaux tournent malgré tout. Donc nous devons être créatifs.

Dans notre hôpital, lors des réceptions de nouvel an, le personnel a jeté ses blouses blanches par terre. Au pied des autorités politiques. Ailleurs, le personnel a chanté le chant des partisans (un chant de la Résistance contre le fascisme, NdlR) avant de quitter la salle. Dans d’autres hôpitaux, des soignants se sont placés dans des sacs mortuaires en guise de protestation. Récemment, nous avons organisé une chaîne humaine autour du plus grand hôpital pédiatrique de Paris pour réclamer plus de moyens.


Thomas Zmrzly

Les longues grèves sont rares en Allemagne. Dans un des hôpitaux du pays, les infirmières ne voulaient pas faire grève. Mais elles voulaient se mobiliser. Un jour elles ont décidé de faire, pendant deux heures, leur travail tel qu’il devrait être fait et non à la va-vite. Elles ont pris le temps de se nettoyer les mains autant de fois que le recommande le protocole. Elles ont pris le temps avec les patients, etc. Et ça a perturbé tout le fonctionnement de l’hôpital pour le reste de la journée ! Elles ont ainsi démontré à quel point les cadences imposées sont inhumaines.

La « lettre olympique » est une autre action symbolique que nous avons menée en Allemagne. Nous avons fait circuler un immense rouleau de papier sur lequel le personnel hospitalier pouvait exprimer ses doléances au Ministre de la santé. ‘Arrêter de faire du profit avec notre santé’. ‘Nous voulons plus de personnel’ pouvait-on y lire. Ce rouleau a fait le tour du pays. Nous avons été surpris : beaucoup de personnes ont écrit dessus. A la fin, nous avons remis 500 mètres de revendications aux autorités.


De gauche à droite : Veronique Lorge, Christophe Prudhomme, André Crespin et Thomas Zmrzly. (Photo GUE/NGL)


Vos trois pays connaissent des luttes importantes dans les soins de santé. Comment ont-elle démarré ?

Thomas Zmrzly

En Allemagne, nous avons d’abord concentré nos efforts sur les grands hôpitaux des grandes villes. Mais cela se développe ailleurs. Dans ma région on parle depuis peu de fermer les petits hôpitaux. Du coup mon syndicat veut se focaliser sur ces petites villes de province pour y construire un mouvement. Les hôpitaux qui y fonctionnent sont essentiels, quoi qu’en disent ceux qui prétendent les fermer. Nous voulons lier les mouvements dans les hôpitaux des petites villes avec ceux des grands hôpitaux dans les grandes villes.

Mais notre syndicat et les infirmières ont aussi vite compris que nous devions obtenir le soutien de la majorité de la population. Et nous y sommes parvenus. Si vous demandez à quelqu’un dans la rue s’il ou elle est en faveur d’une augmentation du personnel dans les hôpitaux, tout le monde vous répondra que oui. Et ce soutien populaire est vraiment important pour les infirmières. Il les encourage à mener et poursuivre des actions.

Christophe Prudhomme

Le mouvement a été initié principalement par les infirmières. Mais ce qui est remarquable c’est que les médecins rejoignent de plus en plus le mouvement.

Véronique Lorge

En Belgique, la pression est venue aussi des hôpitaux. Dans mon hôpital, le service des urgences et celui des soins intensifs ont été les premiers à manifester. Lorsque les manifestations hebdomadaires ont été lancées (les fameux ‘mardis des blouses blanches’), de nombreux autres services et hôpitaux sont entrés dans le mouvement. Le soutien de la population a été immédiat. Et c’est logique. Les patients voient d’eux-mêmes que nous n’avons pas assez de temps pour nous occuper d’eux !

Comme on l’a dit : faire grève n’est pas évident. Nous n’aimons pas abandonner nos patients. Nous ce qu’on veut, c’est s’occuper d’eux.

Finalement, notre mouvement a duré plusieurs mois et, grâce entre autres au PTB, 400 millions supplémentaires ont été libérés pour les infirmières. C’est une victoire mais elle résout pas tout. Cela ne compense pas les mesures d’austérité  appliquées au secteur des soins : trois milliards d’euros au cours des quatre dernières années. »

 

Pourquoi se retrouver à Bruxelles pour échanger sur ces luttes est important pour vous ?

Véronique Lorge

Les règles budgétaires imposées par l’Union européenne nous asphyxient. Elles empêchent d’investir. Elles forcent les hôpitaux à diminuer les dépenses. Même si c’est mauvais pour la santé des gens. Les États n’ont d’autre choix que de couper couper couper dans les dépenses publiques. Et bien sûr, la santé constitue une grande partie des dépenses publiques.

Christophe Prudhomme 

Les libéraux n’ont jamais accepté que la santé tout comme l’éducation soient des services publics et échappent au marché. Ils prennent aujourd’hui leur revanche, avec une stratégie très claire : ils créent des pénuries, détruisent le secteur public à petit feu afin d’introduire un secteur privé lucratif qui remplace le service public devenu soi-disant défaillant.
Les conséquences sont limpides : une médecine à deux vitesses s’installe, avec des hôpitaux publics sous-financés pour les personnes avec de faibles revenus et des cliniques privées super équipées pour les riches. Ce manque de moyens pour les services publics n’est que la conséquence des politiques fiscales qui fait baisser les taux d’imposition des entreprises. Et ça, c’est quelque chose qui est décidé ici même à Bruxelles par les institutions européennes !

Thomas Zmrzly

Je suis tout à fait d’accord avec cela. En Allemagne, dans les années ‘90, moins de 10 % des hôpitaux étaient privés, car avant cela il n’était pas autorisé de faire du profit avec les soins de santé. Aujourd’hui ce sont plus de 30 % qui le sont. Et même les hôpitaux publics doivent aujourd’hui respecter des critères stricts de ‘rentabilité’.

 

Christophe Prudhomme

 

Mais nous sommes aussi là pour inverser la logique : la lutte contre l’austérité et le néolibéralisme doit se faire en partant des services publics qui sont massivement soutenus par la population. Comme c’est le cas de la santé, de l’éducation ou des services de pompiers. C’est en partant des travailleurs de ces services-là qu’on peut mener un large débat dans la société sur les dangers de la privatisation des services publics.

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