Agences régionales de santé, préfets du sanitaire

Publié le par FSC

C'est Franck LEPAGE qui dans son entretien sur RT France avec Dominique TADDEI remarquait la floraison des AGENCES en lieu et place des services publics.

Tournant vers la rentabilité, l compétitivité, la soumission aux lois du marché, dans le domaine de la santé aussi avec les succès que l'on peut à présent constater.

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Devant le tollé provoqué par les propos du directeur de l’ARS, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait dès le lendemain essayé de calmer le jeu en expliquant sur Twitter que tous les plans de réorganisation de l’hôpital étaient suspendus.

À Nancy comme partout, l'heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19. L'heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra

Même le Premier ministre, Edouard Philippe, avait fait le job en écrivant au maire de Nancy pour le rassurer et expliquer qu’il faudra « tirer tous les enseignements de cette crise sans précédent et à partager ensemble les conditions de la refondation de notre système hospitalier ».

En « limogeant », le directeur de l’ARS, le gouvernement entend remettre un peu d’ordre dans la cacophonie générale. Exit donc le technocrate qui ne maîtrise ni le tempo, ni l’art et la manière de communiquer les mauvaises nouvelles.

Il est vrai que c’est le quotidien des Agences régionales de santé, ces sortes de préfets du sanitaire. Mises en place en 2010 par la loi Hôpital, patients, santé et territoire, elles mettent en oeuvre sur tout le territoire la politique nationale qui, depuis des années, transforme les établissements hospitaliers en entreprises rentables.

Performance, rationalisation des dépenses, gestion des soins, lean management… les ARS ont repris allègrement le vocabulaire financier des grosses entreprises pour mettre en musique la politique de santé publique.

L’exemple du CHRU de Nancy est édifiant. L’hôpital, qui fait face à la plus grave crise sanitaire depuis sa création, était pourtant dans les rails côté budget. Fin 2019, son directeur général, Bernard Dupont, expliquait au micro de France-Bleu Lorraine que son établissement était « bien parti pour réduire son déficit » et même « plus que prévu cette année », soit en dessous des cinq millions d’euros budgétés.

Pas assez cependant, ni pour le directeur de l’ARS ni pour le big boss de l’hôpital. Celui-ci expliquait encore que « l’objectif, c’est non seulement d’être à l’équilibre mais de pouvoir participer au financement d’investissements majeurs pour le CHU, ce qui suppose d’être en excédent. Il y a d’autres hôpitaux qui sont en excédent, il n’y a pas de raison que le CHU de Nancy n’y arrive pas à terme. » Le prix à payer est déjà cher : six ans de réorganisation, de suppressions de postes, de fermetures de lits, s’insurgeaient les syndicats de soignants avant la crise sanitaire.

Si le limogeage du directeur de l’ARS de la région Grand Est devait sonner la fin de la politique du « toujours moins » à l’hôpital, Christophe Lannelongue pourrait avoir la consolation d’avoir servi à quelque chose de plus grand que lui : le renouveau de l’hôpital public. A défaut, il aura juste été sacrifié comme le bon petit soldat de l’orthodoxie budgétaire qu’il était. Tombé au champ d’honneur de la communication de crise. ●

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