Cécile Rol-TANGUY n'est plus

Publié le par FSC

 

 

 

Comme un symbole, elle s'est éteinte le jour du 75e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. L'héroïne de la Résistance Cécile Rol-Tanguy est décédée vendredi à l'âge de 101 ans, a indiqué sa famille dans un communiqué transmis à l'AFP.

Elle est décédée à la mi-journée «à son domicile de Monteaux (Loir-et-Cher)», précise le communiqué. «Avec elle disparaît une des dernières figures de la Résistance intérieure française et plus précisément de la Libération de Paris en août 1944»

 

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RAPPEL du documentaire diffusé par la 2 le 25 mai 2015

Résistantes : trois femmes symboles de la liberté

 

© Elephant Doc

 

Le documentaire de France 2 rend hommage à trois figures de la Résistance française sous l'Occupation.

Elles ne sont pas dans les livres d'histoire, mais elles ont sauvé la France. Résistantes rend hommage à trois Françaises, toujours vivantes, qui racontent leur combat contre l'Allemagne nazie. Un documentaire lumineux et incontournable.

Surtout ne pas croire qu'il s'agit d'un énième documentaire sur la Seconde Guerre mondiale. Si vous n'avez qu'une seule heure à consacrer à la télévision cette semaine, dédiez-la à celles qui ont joué leur vie pour sauver la France:

Marie-José Chombart de Lauwe, 92 ans, entrée dans la Résistance à 16, arrêtée par la Gestapo et déportée en Allemagne ;

Madeleine Riffaud, 91 ans, l'une des seules femmes à avoir affronté les Allemands les armes à la main ;

et Cécile Rol-Tanguy, 96 ans, qui a tapé à la machine l'appel à l'insurrection de Paris et qui transportait des armes dans le landau de sa petite fille.

Toutes sont des survivantes. Devant la caméra, elles témoignent. Comme elles ne cessent de le faire auprès des jeunes, pour faire en sorte de ne pas perdre la bataille de la mémoire.

Ce documentaire a été impulsé par une femme, l'ex-présentatrice du 20 heures de France 2, Béatrice Schönberg. C'est au côté d'Emmanuel Chain qu'elle a souhaité produire Résistantes. «Ensemble, nous avons choisi un réalisateur, Pierre Hurel, capable d'aller au plus près de l'humain, avec tendresse, afin de raconter ces trois histoires sans trop s'appuyer sur les images d'archives», raconte le producteur d'Éléphant et Cie.

Sous la torture

 

Madeleine Riffaud fut la plus difficile à convaincre. Ce n'est que depuis 1994 qu'elle a rompu le silence sur cette partie de sa vie. Alors, elle raconte. Juin 1944, la Résistance parisienne décide de passer à l'offensive. Madeleine se porte volontaire. Elle est la première femme combattante à abattre un policier en pleine rue. Arrêtée, elle est livrée à la Gestapo puis torturée, mais elle se tait. La Gestapo l'oblige à regarder la torture d'un enfant de 14 ans dont on brise les membres!

«Il y a des films que vous êtes heureux de produire et qui vous portent, reprend Emmanuel Chain. On en ressort pétri d'admiration pour ces femmes dont la force impressionne encore aujourd'hui

Trop souvent dans l'ombre des hommes, les résistantes ont longtemps été les oubliées de l'histoire. Il n'est pas trop tard pour réparer cette injustice et les remettre enfin à leur juste place.

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L’engagement des femmes dans la Résistance française fut longtemps occulté. Souvent, l’importance de leur rôle fut découverte après la mort de leur mari. Ce fut le cas de l’épouse du colonel Rol-Tanguy (1908-2002), chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la région parisienne, connu pour avoir mené la libération de Paris avant l’entrée des blindés du général Leclerc, le 24 août 1944. Jusqu’à sa mort, le 8 mai, à l’âge de 101 ans, Cécile Rol-Tanguy défendit le souvenir de l’insurrection parisienne à laquelle elle prit part en tant qu’agente de liaison.

Née le 10 avril 1919 à Royan (Charente-Maritime), elle grandit au Vésinet (Yvelines), puis à Paris dans le 19e arrondissement, dans une famille d’ouvriers communistes. Son père, François Le Bihan, électricien, militant CGT au Secours rouge international, héberge avec son épouse de nombreux responsables communistes tchèques, hongrois, yougoslaves, italiens et allemands, exilés politiques en France.

La rencontre avec Henri Tanguy

Après avoir obtenu son brevet, Cécile Le Bihan est embauchée en 1936 comme dactylographe à la fédération CGT de la métallurgie, où elle fait la connaissance d’Henri Tanguy, un Parisien d’origine bretonne qui a quitté l’école à 13 ans et a été renvoyé de plusieurs usines d’automobiles pour y avoir organisé des grèves. Elle devient sa marraine de guerre, après qu’il obtient l’autorisation du Parti communiste français (PCF) pour rejoindre les Brigades internationales pendant la guerre civile en Espagne, en 1937 et 1938. Il en reviendra avec une blessure à la poitrine et un surnom de guerre – Rol, le nom de son ami Théo, tué par les Franquistes.


Après leur mariage, en 1939, vient le temps des drames. Son père, François Le Bihan, est arrêté en avril 1940. Accusé d’avoir tenté de reconstituer le PCF alors dissous, il est écroué à la prison de la Santé, à Paris. Il sera déporté à Auschwitz où il mourra en 1942. Elle n’a aucune nouvelle de son mari, Henri Tanguy, mobilisé en 1939, affecté dans une usine d’armement près de la frontière pyrénéenne. Bientôt, leur petite fille de 7 mois, Françoise, tombe malade. Le bébé meurt le 12 juin, alors que les troupes allemandes entrent dans la capitale.

« Je n’avais plus rien, racontait-elle. Mon père avait été arrêté, mon mari, je ne savais pas où il était, et j’avais perdu ma petite fille. Qu’est-ce qui me retenait ? Je rentrai dans la Résistance. Ça m’a aidée. Ça m’a apporté quelque chose. » Contactée par la CGT, devenue clandestine, elle accepte de dactylographier des tracts et des articles pour des journaux de la Résistance. Lorsque son mari rentre à Paris, en octobre, elle devient son agente de liaison.

La Résistance et la Libération

Deux autres enfants, Hélène et Jean, naissent en 1941 et en 1943. Elle se sert de la poussette qui les transporte pour y cacher des documents secrets pour le réseau communiste des Francs-tireurs et partisans (FTP). Sous les rutabagas et les poireaux de son cabas, elle dissimule pistolets, grenades et détonateurs. Alors que son mari passe de planque en planque, elle vit avec sa mère et utilise des prénoms d’emprunt : Yvette ou Lucie.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1944, c’est elle qui tape à la machine le tract appelant les Parisiens à s’insurger : « Aux patriotes aptes à porter des armes. (…) La France vous appelle ! Aux armes, citoyens ! ». Le 20, elle est de nouveau aux côtés du colonel Rol lorsque celui-ci installe son PC dans les catacombes, à vingt-six mètres sous le lion de la place Denfert-Rochereau. 

C’est là que le chef régional des FFI organise le soulèvement parisien. Cinq jours plus tard, après de rudes combats, les Parisiens fêtent la Libération, alors que les chars alliés entrent dans la capitale. Cécile Rol-Tanguy sort de l’ombre. Elle est reçue au ministère de la guerre, le 27, avec son mari ainsi qu’une vingtaine de chefs de la Résistance parisienne, par le général de Gaulle.

Après le décès de son mari, en 2002, elle continuera à témoigner. « J’ai longtemps accompagné mon mari pour évoquer la Résistance, disait-elle. Quand il est parti, l’idée qu’on allait oublier son combat et celui de tant d’autres ne me plaisait pas. Alors je me suis lancée, sans jamais penser à ce qui me tomberait dessus… »

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Cécile Rol-Tanguy, en quelques dates
10 avril 1919 : naissance à Royan (Charente-Maritime)

1936 : sténodactylo à la Confédération générale du travail (CGT)

1939 : épouse Henri Rol-Tanguy

1940-1944 : agente de liaison dans la Résistance

8 mai 2020 : mort à Monteaux (Loir-et-Cher)

Antoine Flandrin

 

 

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