Grande traversée sur Marx : Un montage policier sur France Culture

Publié le par FSC

 

SOURCE : le blog d'Antoine MANESSIS

France culture a consacré une émission de presque deux heures à Karl Marx. Dans la série Les grandes traversées, intitulé Karl Marx, cet inconnu. Emission de Christine Lecerf par ailleurs critique littéraire au Monde. Emission réalisée en partenariat avec Alternatives économique et l’Institut Goethe.

La carte de visite de l'émission et les identités idéologiques des "partenaires" et de la réalisatrice sont déjà en soi une indication sur la nature de la chose, répondant à la célèbre interpellation soixante-huitarde : d'où parles tu camarade ?

La réalisatrice de l'émission travaille au Monde journal dont l'anticommunisme est proclamé. Ce qui est son droit le plus stricte mais autant le rappeler. Alternatives économiques est un journal social-démocrate, néo-keynésien, ce qui est presque sympathique à l'heure du néolibéralisme dominant. Mais avec un rapport lointain et hostile au marxisme. Quant à l'institut Goethe, il suffit de se rappeler qu'il est un outil de soft power de l'Allemagne entièrement financé par le gouvernement de Berlin. La RFA s'est construite anti-marxiste et le demeure. Voilà qui éclaire la démarche.

Mais il nous faut aller plus loin.  Car l'émission fut très habile pour ne pas dire vicieuse. Pourquoi ? Sa forme, des brefs extraits d'interventions de toutes sortes de personnalités s'exprimant sur Marx, a permis de confectionner une arme anti-marxiste avec des marxistes. De quoi s'agit-il ? Des marxistes comme Lucien Sève ou Isabelle Garo, des historiens progressistes comme Michèle Perrot, Johan Chapoutot ou Jean-Numa Ducange et bien d'autres participent et/ou interviennent dans l'émission. Aux côtés d'anti-marxistes aussi patentés que Jacques Attali. Il n'y aurait rien à dire, sinon vive le pluralisme, si il n'y avait pas une entourloupe de haut vol.

Le montage. Un montage, disons-le, policier. Manipulé de telle  sorte que toutes - ou presque toutes -  les interventions prenaient un caractère anti-marxiste. Un travail digne du NKVD. Avec parfois quelques dérapages grossiers comme différents propos sur la barbe de Marx qu'un intervenant trouvait qu'elle lui donnait un air de prophète, ce qu'il jugeait "déplaisant"(sic). Ou le crétin qui a osé dire que la communisme était responsable "des pires crimes de masses jamais connus". Difficile d'aller plus bas.

La bourgeoisie combat la pensée de Marx avec beaucoup de détermination. On peut la comprendre. Brûler les livres de Marx, comme l'a fait la bourgeoisie allemande et ses hordes nazies, n'a rien donné. Tuer, torturer, emprisonner, pourchasser, réduire au silence les marxistes, ça limite les dégâts mais ce n'est pas encore suffisant. Elle a essayé aussi le désormais célèbre : Marx  matrice du totalitarisme. Un bon rapport mais encore insatisfaisant : le cadavre bougeait. Un autre des "trucs" des intellectuels organiques du capital c'est de neutraliser Marx en essayant de le découpler du marxisme militant. Ah comme Marx était gentil mais ensuite ses disciples furent très méchants. Ou Marx philosophe c'est pas mal mais quel nul quand il analyse le capitalisme. Ou encore les débats spéculatifs dont on se demande à qui ils s'adressent, genre Marx a-t-il fait de la philosophie ? Ce que chacun se fout éperdument. L'essentiel étant de cacher, de censurer, de dissimuler la pensée critique de Marx et toute l'histoire qui en a découlé avec ses ombres et lumières.

L'émission de France culture a tenté d'apporter sa pierre à cette vaste mais vaine tentative de criminaliser Karl Marx en l'émasculant et en tentant d'ignorer l'histoire. En tentant de faire croire que l'histoire du marxisme, sa traduction dans la lutte des classes ne fut que crime. Cela manque de nuance et de contextualisation Messieurs-Dames.

Ce n'est pas sur ce blog que vous trouverez  des défenseurs du dogmatisme mais vous trouverez ceux qui pensent que le marxisme au XXe siècle ne fut pas que "bruit et fureur". Ceux qui pensent que le marxisme concret, en action, à travers les organisations du mouvement ouvrier, n'a pas à rougir de ce qu'il a produit : la lutte contre les guerres, les luttes de libération nationale, les luttes anti-capitalistes quotidiennes pour "le pain et les roses".

Neutraliser Marx en noyant, grâce à un montage malhonnête, les propos des participants ayant une pensée critique. Neutraliser Marx en en parlant pendant deux heures...chapeau l'artiste.

Mais la chose est vaine parce que Marx ne peut que rencontrer ceux dont la vie ne sera émancipée que quand ils utiliseront ses outils critiques d'analyse et d'action car "Ce n’est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience" et que l'existence sociale des prolétaires détermine une conscience de classe et une conscience politique révolutionnaire. La propagande peut retarder les choses, embrouiller, enfumer, semer la confusion, mais elle ne peut rien contre les "faits qui sont têtus". 

 

Antoine Manessis.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Dans l'intention louable de dénoncer l'anti-marxisme déployé lors de l'émission de France Culture, Antoine Manessis conclut sa critique par " La propagande peut retarder les choses, embrouiller, enfumer, semer la confusion, mais elle ne peut rien contre les "faits qui sont têtus ". Pour quelle raison, au nom de quels faits , trouve-t'il pour qualifier le montage qu'il dénonce, d'autres mots que :"Un travail digne du NKVD" ? Pas d'autres exemples à citer, factuels ceux-là ?
De quoi, et d'où parles-tu, camarade Manessis ?
Répondre
C
Dans l'intention louable de dénoncer l'anti-marxisme déployé lors de l'émission de France Culture, Antoine Manessis conclut sa critique par " La propagande peut retarder les choses, embrouiller, enfumer, semer la confusion, mais elle ne peut rien contre les "faits qui sont têtus ". Pour quelle raison, au nom de quels faits , trouve-t'il pour qualifier le montage qu'il dénonce, d'autres mots que :"Un travail digne du NKVD" ? Pas d'autres exemples à citer, factuels ceux-là ?
De quoi, et d'où parles-tu, camarade Manessis ?
Répondre