Le nouveau maire PS de Saint-Denis s'attaque aux personnels municipaux : la riposte s'organise

Publié le par FSC

SOURCE : Le Parisien

 

« Le maire devrait nous laisser faire notre travail ! »

Cantines à l’arrêt, centres de loisirs et école des sports perturbés… Les agents municipaux sont en grève contre la politique du nouvel élu (PS), qui veut allonger leur temps de travail.

 

Par  Gwenael Bourdon

 

C’est la chronique d’un choc annoncé. Il l’avait dit lors de sa campagne ; le nouveau maire (PS) de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, s’attaque à un chantier sensible, après celui de la sécurité : le temps de travail et la rémunération des agents municipaux. Et comme on pouvait s’y attendre, le projet rencontre une certaine résistance. Depuis vendredi dernier, la municipalité essuie sa première grève des employés communaux, soutenue par la CGT, Sud, la FSU Territoriale, l’Unsa, FO et la CFDT.

Dans toute la ville, les cantines scolaires sont à l’arrêt, et les familles invitées à trouver des solutions de fortune. Les centres de loisirs et l’école municipale des sports ont aussi été très perturbés. En dépit de l’ouverture, hier, de discussions avec certains syndicats, le mouvement devrait se poursuivre jusqu’à la semaine prochaine.

Un adjoint assure que la ville se contente d’appliquer la loi
Car le ressentiment semble vif parmi les agents. « Il y a une très grosse colère, glisse l’une d’entre eux, croisée lors du rassemblement organisé hier midi sous les fenêtres de l’hôtel de ville. Les Dyonisiens n’ont pas voté pour que le maire s’en prenne aux agents. Il y a beaucoup à faire sur l’insécurité et l’insalubrité à Saint-Denis. C’était ça, ses priorités. Il devrait laisser les employés faire leur travail, dans des conditions déjà pas simples… » A ses côtés, Maria, employée de la ville depuis 1990, renchérit : « Le maire s’en prend à nos acquis, il veut nous retirer des jours de congé. Mais on ne veut pas se laisser faire ! »

Supprimer des jours de congé, c’est bien l’un des enjeux du projet porté par la municipalité, pour atteindre un seuil de 25 jours par an et par agent. « On met en place les dispositions prévues par la loi, tout simplement », assure Brahim Chikhi, maire adjoint chargé des finances et des ressources humaines. La loi de transformation de la fonction publique impose en effet 1 607 heures annuelles travaillées dans les collectivités locales. « Ici, on est à 1 532 heures », affirme l’élu.

Mais la mesure passe mal auprès du personnel, qui verrait ainsi s’envoler au minimum trois jours de congé par an (voire plus selon leur ancienneté), ainsi qu’un « congé retraite » de trois mois. « Il y a à la ville de Saint-Denis comme ailleurs des métiers à fort taux de pénibilité. Dire à ces gens qu’ils ne travaillent pas assez, c’est inacceptable », explique Serge Ritmanik, secrétaire général de la CGT des territoriaux.

Autre pomme de discorde : la « sécurisation » annoncée d’une prime annuelle de 1 400 €. Jusqu’alors invariable, elle pourrait demain être modulée en fonction des jours d’absence des employés. Amel Dahmani, représentante du syndicat Sud, dénonce « l’instauration d’un salaire au mérite » et accuse la mairie « de vouloir faire passer sa réforme rapidement et hors du cadre légal ».

Un projet polémique déjà porté par l’ancienne majorité PCF
« Cette prime est versée depuis les années 1980 et n’a justement aucune base légale ! C’est la situation d’aujourd’hui qui est anormale », rétorque Brahim Chikhi. Qui rappelle au passage les conclusions rendues en 2018 par la chambre régionale des comptes. Le rapport pointait « de nombreuses lacunes et des irrégularités » dans la gestion du personnel — ainsi qu’un absentéisme important (avec un taux de 13,8 % en 2015, contre 8 % en moyenne dans les villes de petite couronne). Deux ans auparavant, l’ancienne municipalité (PCF) avait elle-même tenté de lancer un « plan d’action » portant notamment sur le temps de travail… et avait fini par renoncer, face à la mobilisation massive du personnel.

« Mais on a toujours laissé la porte ouverte au dialogue. Aujourd’hui, les décisions viennent d’en haut, sans considération pour les syndicats », glisse Florence Haye, ex-élue communiste en charge du personnel… qui manifeste désormais aux côtés des grévistes.

Hier, Brahim Chikhi a toutefois longuement rencontré les syndicats FO et CFDT. « La municipalité a fait quelques pas, on se revoit la semaine prochaine, c’est un début de négociation », selon Djamila Bassi, du syndicat FO des territoriaux. Mais pas suffisant pour faire reprendre le travail.

 

 

 
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