Lettre ouverte à M. Antoine Marette, présentateur du Journal de 12 h 30 sur France-Culture

Publié le par FSC

L'anti-communisme a toujours accompagné l'antisémitisme, l'anti-syndicalisme et les attaques contre le monde du travail.

C'est pourquoi la réplique à ces campagnes portées par les médias publics comme privés mérite une réplique de tous les démocrates et de tous ceux qui luttent contre la remise en cause tous azimuts des conquis sociaux de notre peuple.

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SOURCE : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/lettre-ouverte-a-m-antoine-marette-presentateur-du-journal-de-12-h-30-sur-france-culture/

 

Le 29 décembre 2020 –

Objet : votre journal de 13 h de ce jour. 

Monsieur,

Nous protestons avec indignation contre la manière profondément discourtoise, antidémocratique et malhonnête dont vous avez traité à l’antenne le 100ème anniversaire du Congrès de Tours dans votre journal du 29 décembre.

Après avoir donné quelques indications factuelles (et insidieusement fielleuses (1) sur ce congrès historique, vous avez interrogé Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, non pas sur le Congrès de Tours et son actualité, mais… sur le Pacte germano-soviétique. Après la très brève réponse enregistrée de ce dernier sur ce sujet, la parole a été donnée bien plus longuement à un « historien » connu pour son anticommunisme exacerbé, le dénommé Stéphane Courtois. Celui-ci connaissait manifestement la réponse de Roussel et il a eu tout loisir de la démolir en développant l’argumentation traditionnelle des anticommunistes et en terminant son propos par une justification éhontée de l’interdiction du PCF en 1939 ; rappelons que cette interdiction, votée par les députés (droite, radicaux, SFIO) qui, par la suite, ont massivement investi Pétain, a conduit, directement ou indirectement, de nombreux militants et dirigeants communistes français comme Pierre Sémard, Guy Môcquet ou Georges Politzer à la chambre de tortures ou au peloton d’exécution.

Bien entendu, ni F. Roussel ni aucun historien en désaccord avec les thèses outrancières et largement discréditées de Courtois n’aura pu répondre à cette réponse-réquisitoire, aussi fausse et liberticide sur son contenu, que déloyale sur la forme que vous, « journaliste » tenu à un minimum d’équité, lui avez donnée. 

Notre but n’est pas ici de répondre sur le fond au sempiternel procès qui est fait au PCF et à l’URSS à propos du « traité de non-agression » germano-soviétique par ceux-là même qui, par la non-intervention en Espagne, par le honteux Pacte de Munich dépeçant la Tchécoslovaquie et par le sabotage des négociations soviéto-anglo-françaises ont contraint l’URSS, faute d’alternative à son isolement militaire programmé (2), à accepter le pacte de 1939.

A ce sujet, nous vous renvoyons aux analyses disponibles  …. ainsi qu’aux livres de Mme Annie Lacroix-Riz, professeur émérite à l’Université Paris VII .

Notre but n’est pas non plus de rappeler à Courtois, à vous-même et aux autres amateurs d’amalgames « antitotalitaires » odieux entre les exterminateurs et les libérateurs du camp d’Auschwitz, que les communistes français furent de très loin la principale force de la Résistance sur le territoire national (et notamment, de la Résistance armée via les FTP-MOI et les FTPF), qu’ils furent l’âme de l’insurrection parisienne décisive de 1944 dirigée par les FFI communistes Henri Rol-Tanguy et André Tollet, de même que l’URSS fut le principal adversaire militaire de Hitler durant toute la guerre, les ¾ des divisions allemandes étant concentrées sur le Front Est.

Rappelons aux amnésiques ce que le Général de Gaulle a déclaré en 1944, lors de sa visite d’Etat au Maréchal Staline : « les Français savent que la Russie soviétique a joué le rôle principal dans leur libération ». Du reste, qui rappelle jamais sur votre chaîne et dans votre journal radiodiffusé que les chefs de file de la droite « française » et les maîtres du grand capital, dont certains osaient clamer qu’ils préfèraient Hitler à la République, ont massivement collaboré avec les nazis pendant que la majorité des députés de la SFIO votaient les pleins pouvoirs à Pétain. Eussiez-vous rappelé ces ignominies des forces anticommunistes « françaises », Monsieur Marette, s’il s’était agi dans votre émission, non du centenaire du Parti communiste français, ex-SFIC, mais du centenaire du parti socialiste, ex-SFIO, ou de l’anniversaire de ces partis de droite où siègent bon nombre de descendants directs de pétainistes avérés (comme l’était, entre cent exemples, le père de Giscard d’Estaing) ?

Notre but est ici est seulement de dénoncer la méthode honteuse, indigne du service public et de sa mission qui est de respecter le pluralisme et avec lui, la totalité des citoyens français qui vous paie et dont font partie les militants communistes, tout en respectant au moins un semblant d’équité ? Il est particulièrement indécent de ce point de vue que…

Ayant à parler du Congrès de Tours, date glorieuse entre toutes pour les communistes et pour les syndicalistes de classe français, vous ayez choisi de dévier l’attention due à cet anniversaire vers le Pacte germano-soviétique dont votre chaîne nous avait déjà rebattu les oreilles, avec des commentaires antisoviétiques à sens unique, en septembre 2019, date de son 80ème anniversaire.

Alors que, soit dit en passant, votre chaîne avait été des plus discrètes en 2013 à propos du 80ème anniversaire de Stalingrad, tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale ; bien entendu, vous n’avez fourni aucune information dans votre émission sur les nombreuses initiatives qui ont été prises en France par les communistes, y compris par ceux du PRCF, pour commémorer cet évènement (voir en ce moment sur notre site les entrevues de MM. Drweski, Stéphane Sirot et Jean-Pierre Page www.initiative-communiste.fr )


Vous ayez grossièrement utilisé la ficelle consistant à opposer le « politique » supposé biaiser la réalité à l’ « historien » censément impartial S. Courtois alors que ce dernier, ex-admirateur de la Révolution culturelle chinoise, est engagé depuis des décennies dans une violente campagne anticommuniste et que son « livre noir » truffé d’erreurs, d’omissions et d’amalgames de 1997 est loin de faire l’unanimité des historiens, notamment dans les pays anglo-saxons. Il eût été plus juste dans un cas pareil, s’agissant de l’anniversaire du PCF, que soient confrontés deux historiens de profession et si vous ignorez l’existence des livres de Mme Annie Lacroix-Riz, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale et de l’Occupation, nous pouvons vous fournir gracieusement ses coordonnées.

 
Vous ayez à ce point déséquilibré votre émission que, contre toute tradition de justice, l’auteur du réquisitoire anticommuniste, Courtois, parle le dernier et le plus longtemps en connaissant la plaidoirie de son adversaire absent… alors que manifestement, l’inverse n’est pas vrai et que F. Roussel ne semble pas connaître les propos de son antagoniste ;


Une question pour finir : l’année prochaine seront célébrés les anniversaires de la Grande Grève patriotique des mineurs du Nord-Pas-de-Calais (mai-juin 1941), que dirigèrent la CGT et le PCF clandestin, les fusillades de Châteaubriant et de la Citadelle d’Arras, dont quasiment toutes les victimes étaient communistes ou communisantes.

Donnerez-vous alors aux communistes dans leur diversité le même temps de parole pour rappeler la mémoire de leurs martyrs que celui que vous avez donné à Courtois pour insulter nos morts et pour justifier l’interdiction d’un parti qui, rappelons-le, combattait le fascisme depuis ses origines, s’était engagé corps et âme dans la défense de l’Espagne républicaine, avait condamné (seul en tant que parti) les Accords Daladier-Hitler-Chamberlain de Munich, avait voté les crédits de guerre en 1939 et qui, bien qu’interdit et pourchassé, avait transmis au gouvernement français un plan de défense de Paris et de résistance à l’Occupant par l’intermédiaire du philosophe Georges Politzer ? 

Cette campagne anticommuniste incessante intervient alors qu’au Parlement européen, une coalition indigne d’eurodéputés, dont les parlementaires français du RN, de LAREM, des LR, d’EELV et du PS a voté en chœur une résolution scélérate qui valide l’interdiction déjà prononcée ou en cours de plusieurs partis communistes dans des pays de l’UE (pays baltes, Pologne, etc.), qui met sur le même plan le Troisième Reich génocidaire et l’Armée rouge libératrice, et qui appelle les pays de l’UE à proscrire les symboles du « communisme totalitaire », – en clair l’emblème ouvrier et paysan du marteau et de la faucille – de la « mémoire européenne » : ce qui signifie à terme interdire les organisations, dont la nôtre, qui n’ont pas renié le drapeau rouge orné des « outils » dont l’érection au fronton du Reichstag nazi défait signa la vraie fin de la Seconde Guerre Mondiale au prix de 27 à trente millions de morts du côté soviétique.

En clair, M. Marette, au lieu d’informer le public équitablement, vous alimentez – et ce n’est pas moins grave si c’est à votre insu – une campagne liberticide qui, en mettant systématiquement un signe d’égalité entre les communistes et les nazis, ne peut que déboucher sur la criminalisation des premiers et sur la banalisation-réhabilitation des seconds. Après quoi il sera toujours temps de pleurnicher à longueur d’antenne sur la montée des extrêmes droites racistes dans toute l’UE, France incluse !

Nous donnons copie de notre lettre au C.S.A., à la direction de votre chaîne, qui peut-être vous félicitera et vous promouvra pour votre exploit anticommuniste, ainsi qu’à M. le député Fabien Roussel (nous avons certaines divergences avec lui mais en l’occurrence c’est toute la mémoire communiste qui est insultée) ainsi qu’à Jean-Luc Mélenchon. Enfin, nous transmettons cette lettre à nos camarades

Léon Landini, président du PRCF, ancien officier des FTP-MOI, président de l’Amicale Carmagnole-Liberté, Officier de la Légion d’honneur, Médaille de la Résistance, décoré par l’URSS pour faits de Résistance, Grand Mutilé de Guerre torturé par Barbie
Pierre Pranchère, vice-président du PRCF, ancien Franc-Tireur et Partisan des Maquis de Corrèze (que les Allemands appelaient la « petite Russie »), ancien député et eurodéputé
Jean-Pierre Hemmen, vice-président du PRCF, fils de Jean Hemmen, militant de l’Internationale Communiste, organisateur des Brigades internationales d’Espagne, Fusillé au Mont Valérien. Puisqu’on en est aux amalgames « communistes = nazis », signalons que Jean-Pierre Hemmen fait partie des soldats du contingent qui refusèrent de porter l’uniforme à une époque où l’OTAN était commandée en Europe par un ex-officier de la Wehrmacht, le général Speidel…
Annie Lacroix-Riz, agrégée d’histoire, professeur émérite de l’Université, auteur de nombreux livres mondialement connus sur la Seconde Guerre Mondiale et sur l’Occupation. 
M. Antoine Mercier, votre prédécesseur, qui n’était sans doute pas communiste, mais dont les journaux de 13 h étaient d’une toute autre tenue. 
Honte à vous, Monsieur Marette qui déshonorez l’audiovisuel public de vos petites habiletés ; cet audiovisuel public que défendent si bien, quand c’est nécessaire, nos camarades grévistes de la CGT, et qui pourrait devenir ou redevenir, si l’anticommunisme et l’européisme bien-pensants cessent un jour d’accaparer le temps d’antenne, un VRAI service public, si ce n’est un service public du vrai. 

Georges Gastaud, Fadi Kassem 

 

(1) Nous avons bien noté que, mezzo voce, vous avez opposé la scission de 1920 à la bienheureuse unification de 1905. A ceci près que ce parti « uni » de 1905 est précisément celui qui, à l’unisson de la Deuxième Internationale et de la social-démocratie allemande, entrera dans l’union sacrée impérialiste pour appeler les ouvriers à « mourir pour les industriels » en croyant « mourir pour la patrie » selon le mot fameux d’Anatole France, l’un des premiers grands intellectuels français à avoir rallié le PCF et accueilli chez lui, clandestinement, la grande Clara Zetkin, pionnière du féminisme prolétarien, initiatrice de la Journée du 8 mars et déléguée du Komintern à Tours. 

(2) On omet systématiquement de rappeler que l’Allemagne nazie était l’alliée de l’Italie fasciste et du Japon impérial au sein du « Pacte anti-Komintern » et qu’en conséquence, l’URSS pouvait parfaitement être attaquée sur deux fronts, ce qu’a empêché le « pacte ». Moscou devait-il attendre d’être envahi à l’Est et à l’Ouest pour tenter de briser le Pacte anti-Komintern d’une part, et le Pacte de Munich d’autre part où, manifestement, les anticommunistes qui dirigeaient la France et la Grande-Bretagne avait signifié à Hitler (cf par la suite la « Drôle de guerre ») qu’il aurait toute licence pour poursuivre ses prédations et attaquer le moment venu l’impardonnable pays des soviets ouvriers et paysans ? 

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rey 03/01/2021 22:15

Excellent article, à mon avis. Les amateurs de précision auront rectifié d'eux-mêmes : en 2013, nous fêtions le 70 ème anniversaire de la victoire de Stalingrad.