Laurent BRUN : INTERVIEW

Publié le par FSC

 

Mobilisation syndicale, situation sociale & enjeux politiques… Laurent Brun secrétaire général de de la CGT Cheminots répond aux questions de Fadi Kassem, co secrétaire national du PRCF.
Un entretien réalisé le 26 février 2021 pour www.initiative-communiste.fr


Fadi Kassem : 

chers amis chers camarades bonjour, et bonjour à Laurent Brun

Laurent Brun : 

Bonjour !

Fadi Kassem : 

Merci beaucoup à Laurent Brun syndicaliste cheminot d’avoir accepté de répondre à quelques questions  pour Initiative Communiste le journal du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF). Merci beaucoup Laurent, d’autant plus que c’est vrai que ces dernières semaines ont eu lieu de nombreuses manifestations dans de nombreux secteurs. On peut penser à la santé c’était le 21 janvier dernier, EDF le 28 janvier, l’éducation nationale le 26 janvier il y avait même eu une manifestation interprofessionnelle le 4 février.

Et  ce que l’on constate c’est que la macronnie,  elle poursuit sa politique d’attaques contre les travailleurs et bien sûr sa politique de soutien au patronat qui licencie à tour de bras. Et étant  donné toutes ces manifestations qui ont eu lieu on peut se demander si finalement la solution ne passe pas par le «  et en même temps dans  la lutte ». Qu’en penses tu ?

Laurent Brun : 

Bien sûr l’objectif, c’est d’atterrir là dessus : «  générale »  comme on le dit de manière très politique.

La difficulté c’est de savoir un peu ce qu’on est capable de mobiliser aujourd’hui parce que il y a beaucoup de mobilisations comme tu le disais mais ça touchait essentiellement le secteur public. Et la difficulté qu’on voit c’est que dans le  – si on prend les grèves qui ont lieu l’année dernière et qui ont eu  lieu en début d’année – c’est beaucoup d’ de taille moyenne qui sont mobilisées. En fait, les vingt ou trente grands groupes français qui font la valeur ajoutée dans le pays c’est à dire qui déterminent  si vraiment on les étrangle au niveau économique ou pas. Ces vingt ou trente groupes là on en est on n’a quasiment pas de mobilisation et quasiment pas de Grève.

Ils sont pas touchés en dehors évidemment de l’ usine qui ferme parce qu’ils en ont décidé. Mais en dehors de ça il n’y a pas de mobilisation. Donc je pense que la cible ça doit être de se mobiliser tous ensemble mais pour y arriver il faut qu’on identifie vraiment quelles sont les raisons qui nous en empêchent.

 L’une des raisons je pense c’est la difficulté à être implanté dans les grandes entreprises, les grands groupes privés. Et puis probablement aussi on a besoin d’un effort pour déconstruire un peu les stratégies capitaliste qui nous écartent de la lutte. Dans ces stratégies là il y a pour une par l’institutionnalisation. Parce qu’avec la création des CSE on a encore éloigné les instances de représentation du personnel. Mais c’est aussi toute la stratégie de discussion en centrale et plus usine par usine avec des délégués centraux qui sont très peu en lien avec les organisations syndicales en fait un peu électrons libres. 

Et puis après il y a toute la stratégie d’éclatement des unités de production avec la sous-traitance et tout çà où là aussi syndicalement on a du mal à faire la jonction entre les donneurs d’ordre et les « sous-traitants ».

Donc moi je pense que vraiment il faut qu’on ait un travail militant pour s’implanter dans ces grandes boîtes parce qu’ensuite tout le reste du tissu économique suivra dans une mobilisation importante. Mais si on n’arrive pas à déclencher – et c’est un peu ce qu’on a vu pendant la grève des retraites –  il y avait les cheminots il y avait la RATP,  il y avait l’Energie il y avait des profs mais dans les grands groupes de la métallurgie de la chimie les choses comme ça on était à la peine quoi.  Donc on a vraiment besoin de travailler sur ces boîtes là et évidemment le tous ensemble c’est là c’est la cible.

Fadi Kassem : 

Je te remercie pour cette première réponse qui est claire et qui effectivement souligne un problème qui est assez juste que  tu évoques . Il y a des luttes parfois qui existent dans le privé mais elles sont souvent circonscrites et c’est pas évident parce que pour mobiliser etc, on en parle pas beaucoup.  Et comme tu le dis le plus dur c’est de faire cette jonction. Justement à raison tu évoquais le secteur public où il y a de nombreuses luttes comme dans le secteur privé, et non seulement il y a cette jonction qui est difficile mais il y a aussi la jonction avec les perspectives politiques qui demeure très insuffisante. D’où cette deuxième question : il ne faudrait œuvré pour qu’est lieu outre la jonction que tu as évoqué privé & public fort logiquement cette jonction entre les luttes dans le secteur privé dans le secteur public et les perspectives politiques afin de combattre à la fois le pouvoir Macroniste qui s’en donne avec cœur joie et aussi de conjurer un spectre qui malheureusement monte celui du faux rassemblement national ?

Laurent Brun :

Je pense que c’est quelque chose qui fait beaucoup débat en fait dans les boîtes et dans les organisations syndicales cette question de la jonction avec le politique.

Parce que tout le monde a bien conscience que les grèves qu’on mène contre les grandes réformes par exemple c’est des grèves défensives. Et que des grèves offensives par exemple sur la réduction du temps de travail sur des choses comme ça on a pas menée beaucoup depuis longtemps.

Et même les grandes victoires auxquelles on fait référence, par exemple la dernière en 95, en vérité c’était déjà une lutte défensive ; et donc pour arriver à une lutte offensive, il faut avoir pour perspective de reprendre le stylo qui écrit la loi et donc de forcément reprendre le pouvoir.

C’est une question. Après la difficulté de la période c’est qu’en fait, il y a deux façons d’aborder les choses :

  • il y a ceux qui considèrent qu’il faut une organisation politique qui fasse le lien avec l’activité syndicale

  • et puis il y a le débat un peu de repli auquel on est confronté et qui existe aussi, qui est de dire ben il faut qu’en gros « tous ce qui est vaguement progressiste s’agglomère pour que on souffle un peu et qu’on arrête de nous attaquer ». C’est un peu l’espoir qu'i y avait au moment de l’élection de Hollande. Avec le vote utile qui a fonctionné à plein avec beaucoup de syndicalistes qui disaient  « bon bah on n’en attend rien mais au moins on va souffler un peu pendant cinq ans après Sarkozy ». Puis en définitive on n’a rien soufflé du tout parce que la conception politique de dire c’est l’homme qui fait la stratégie politique et donc il est  étiqueté de gauche donc ça va être mieux que les autres,  en fait une conception erronée.

    Le rapport de force il n’était pas en notre faveur – et en plus je ne parle pas de la nature on va dire du parti socialiste – mais donc on avait très peu de rapport de force. Donc s’imaginer que simplement parce que on allait changer le président ça allait résoudre notre problème c’était une illusion. Et je pense que cette illusion elle est encore très présente. Ce n’est pas étonnant puisqu’avec ce qu’on prend dans la tête dans les entreprises,  évidemment, ce qu’on aimerait c’est que ça s’arrête quoi.
    Mais ça ne s’arrêtera pas par  l’opération du Saint-Esprit. Donc effectivement il faut qu’on arrive à retrouver une ré-articulation efficace entre la construction du rapport de force dans l’entreprise et la perspective politique de prise du pouvoir.
    Moi il y a un pays en Europe où je trouve que c’est quelque chose qui fonctionne pas trop mal, c’est en Belgique avec le parti du travail de Belgique. Je  trouve qu’ils articulent assez bien les deux choses et c’est vrai qu’en France on est encore un peu marqué par les batailles entre le  et le PC sur le contrôle des outils syndicaux, sur un certain nombre de choses mais petit à petit ça, ça s’affranchit et on voit bien qu’il y a besoin de construire une perspective. Par contre il faut essayer de ne pas la construire sur le petit bout de la lorgnette parce que, là  par exemple on va y être confrontés.
    Les prochaines  d’abord, c’est dans un an et avant ça on aura peut-être des choses à faire. Et puis de toute façon les prochaines présidentielles si c’est avec un Jadot avec un je ne sais qui c’est qui pourrait ressortir du chapeau, on va se retrouver dans la même situation c’est-à-dire avoir l’illusion que les choses vont s’améliorer et puis en fait dans la réalité de la gestion du pouvoir être confrontés à des trahisons tout de suite parce que il ya eu ambiguïté.
    Donc la jonction avec le politique elle est nécessaire.
    Et puis elle est nécessaire aussi sur une chose dont on ne parle pas souvent : c’est que les forces syndicales, pour être militant syndicaliste et pour développer un syndicalisme de lutte  il faut y passer du temps, de l’énergie et pour cela il faut avoir des convictions. Si on n’a pas de conviction politique, finalement on n’a pas besoin d’y passer sa vie il suffit de bouger les curseurs de participer à deux trois réunions et ça règle les choses. Donc on a besoin aussi dans les organisations syndicales de gens qui sont formés politiquement :  je sais que ce n’est pas toujours très bien entendus dans mon organisation syndicale qu’on le dise aussi franchement que ça mais oui moi j’ai besoin de militants syndicaux qui ont encore une conception politique de la société qui leur permettent de ne pas se faire piéger par les patrons, quand  il y a un plan social ou un truc comme ça de réagir correctement et de ne pas s’embringuer dans les négociations sur le poids des chaînes des choses comme ça.
    On a besoin de politique pour avoir des perspectives et on a besoin de politique pour que dans le mouvement social, dans la conduite du  mouvement social on puisse le faire  correctement aussi.

Fadi Kassem : 

Ce que tu dis est très intéressant parce que dans le fond tu évoques d’un modèle qui a existé un moment en France c’est à l’époque où le communiste et la CGT justement avaient ce lien qui était très organique dans le fond et on revient effectivement qu’à partir du moment où ce lien a été rompu avec  des responsabilités des deux côtés, malheureusement ça devient difficile à partir de là de reconstruire des perspectives. Il s’agit pas dire d’ailleurs qu’elles ne peuvent pas exister, simplement c’est très intéressant de voir ce modèle là. C’est d’autant plus intéressant ce que tu soulignes au sujet de la Belgique où effectivement la répression syndicale est très forte.

Le fait que tu évoques des perspectives politiques ça amène justement une autre question que tu as un petit peu d’effleuré d’ailleurs a raison,  à savoir dans le fond si c’est pour avoir de nouveau un espèce de projet d’union de la gauche dont on parle beaucoup en ce moment qui serait en particulier compatible avec l’Union Européenne, inutile de dire que ce sera certainement une fausse alternative au faux duel Macron Le Pen. Parce qu’en face que pendant ce temps là ça mobilise politiquement comme tu le disais. Donc dans le fond cette espèce d’union de la gauche qui serait compatible avec l’UE –  tu parlais de Yannick Jadot par exemple- est-ce que ça te semble en ce moment une vraie solution , du moins une solution à minima, pour le mouvement populaire, ou est ce qu’il ne faut pas dire clairement dire « il est temps d’en finir avec l’Union Européenne »  tu parlais justement des chaînes, et donc notamment de celles de l’Union européenne, pour aussi ouvrir la voie vers une perspective politique, à savoir, le Socialisme ?

Laurent Brun : 

Moi je pense que le débat sur l’union, l’union de la gauche, il est absolument tordu. Mais je le comprends parce que je suis syndicaliste cheminot. A la SNCF la situation c’est quoi : on a arrête pas de nous supprimer des effectifs, on n’a plus le recrutement au statut donc le statut est en train d’être démembré, la boîte est en train d’être démembrée… On a l’impression que tout se casse la gueule socialement parlant et cela installe une ambiance qui est vraiment compliquée.

Pour résister à ça justement il y a intérêt à être sacrement politiquement clair dans sa tête pour savoir où on va. Donc je comprends qu’un certain nombre de syndicalistes soient sur l’idée « Oulla oulla vivement que ça s’arrête » et donc « si on peut trouver une solution pour que ça s’arrête c’est vachement bien ». Mais la solution elle ne pourra pas être aussi simple que simplement grossir, masquer les divergences, faire élire quelqu’un et puis j’ai ensuite tout se passe bien. Parce que masquer les divergences d’abord les divergences elles ré-émergent à chaque fois qu’il y a un arbitrage politique parce que on est dans une situation où il y a des contradictions.

Par exemple si on avait un pouvoir politique qui disait il faut relancer le service public ferroviaire mais aujourd’hui il y a une entreprise publique telle qu’elle a été organisée par les réformes avec des cadres tels qu’ils ont été installés-  importés des grandes écoles de commerce etc. – qui sont dans une logique de sabotage par rapport à ce genre de truc. Donc  il y a toujours des confrontations des contradictions et qui font qu’à un moment donné le pouvoir politique – quand on a gommé les  divergences  – et bien ces divergences  ré émergent à ces moments là.

Il y a des gens qui veulent aller au bout et il y a des gens qui tout de suite seront sur le compromis, l’abandon et même le recul et du coup ça apparaît comme une trahison. Car plus les gens ont eu de l’espoir plus ils s’estiment trahis quand ces éléments-là réémergent mais en vrai ce n’est pas une trahison : c’est juste la nature qui reprend le dessus les conceptions idéologiques de ces groupement là.

Donc moi je pense qu’on n’a pas besoin d’union à gauche aujourd’hui – dans la perspective on verra bien plus tard – mais aujourd’hui ce n’est pas le sujet : le sujet c’est qu’on a besoin de confrontations d’idées. On a besoin de controverses à gauche, de conflits d’idées j’entends. Pour percer les choses à la fois pour essayer de démasquer les positions aussi des uns et des autres, pour clarifier  la nature du débat, puis aussi pour susciter le débat à la base car quand il y a des débats nationaux entre les partis, de la confrontation, de la controverse, ça alimente aussi la discussion à la machine à café. Et cela créé de la discussion politique dans l’entreprise. Donc moi je pense qu’on a besoin de favoriser au contraire la confrontation d’idées aujourd’hui.

Dans la confrontation d’idées, il y a un débat  sur l’union européenne ça c’est clair. Nous on a adopté des orientations au niveau de la fédération des cheminots on souhaite que toutes les directives, en fait tout ce qui nous concerne en gros soit effacé. Pour cela il n’y a pas 36 solutions voilà. On n’a pas été plus loin syndicalement parlant parce que c’est que ce n’est pas notre rôle et puis parce qu’en plus les débats sont quand même intenses là-dessus mais l’Union Européenne c’est une question. Aujourd’hui on l’a vu dans la crise sanitaire, ça n’apporte rien au niveau de la réponse collective par rapport mêmes à des grands enjeux comme la vaccination, la recherche scientifique ou les choses comme ça alors que ça pourrait être des lieux naturels de coopération mais ça ne l’est pas parce qu’en fait l’institution n’est pas faite pour ça. Et en dehors de ça par contre on continue à faire pression pour diminuer les moyens de l’hôpital ou des choses comme ça qui sont complètement délirante dans cette période. 

Pour ne citer que ça parce qu’on a aussi les copains de l’énergie qui se battent contre la dérégulation de l’énergie. Tous les grands réseaux nationaux ce soit les télécoms l’énergie les transports sont en train d’être découpés sur la logique que « les réseaux c’est les monopoles naturels » mais comment est ce qu’on impose la concurrence dans un monopole naturel, et bien il faut le découper en petits morceaux dont certains vont être de la responsabilité de l’Etat parce qu’on ne peut pas trop faire autrement, mais dont on va pouvoir en privatiser une partie. Ca c’est directement impulsé par l’Union Européenne.

Ensuite, moi je pense que l’Union Européenne c’est une condition nécessaire mais ce n’est pas suffisant.

Il y a aussi plein d’autres débats :  il faut qu’on discute de la question de la propriété des entreprises. Aujourd’hui on nous parle de nationalisations, même le MEDEF par de nationalisations : donc il y a des moments où ça les arrange bien, il y a des moments où ils sont vent debout contre parce que la logique politique qu’ils portent, elle est cohérente. Quand il y a des pertes et quand il y a des difficultés faut que ce soit assumé par la collectivité par contre pour le reste vous laisser le bénéfice et le profit.

On besoin on a besoin de discuter de ça car y compris syndicalement parlant quand on revendique  une nationalisation par exemple ou une nationalisation temporaire une nationalisation partielle,  il y a des concepts ont été créés et  qui sont implantés : nationalisations partielles je ne sais pas trop ce que c’est, ou temporaire c’est pareil ça veut dire quoi ? Qu’est ce qu’on va chercher au travers de ça

Il y a des débats à mener sur la propriété, sur le les processus de régulation : nous on y est confrontés en permanence. A gauche il y a énormément de débat sur le sujet : est-ce que la régulation c’est par le marché ou par la démocratie ? et donc est ce que c’est la concurrence,  la mise en concurrence avec les appels d’offres et  avec ces choses-là ? ou alors est ce que au contraire c’est une logique politique donc des monopoles, de l’attribution directe, des débats dans la population sur ce dont on a besoin et comment y répondre etc.

Là dessus il y a énormément d’ambiguïté et je pense qu’on gagnerait à percer en fait l’ambiguïté sur ces sujets. Moi je ne suis pas non plus dans le truc de dire est-ce qu’il faut dire qu’ils ne sont pas à gauche ou qu’ils sont à gauche : en fait le tampon je m’en moque un peu, la question c’est dans quel sens vous poussez. Et effectivement Jadot je l’ai vu – bien sûr il en faut pas  focaliser sur lui  – mais je l’ai vu dans quelques débats, il n’y a pas d’ambiguïté en fait, il est il est complètement pro capitaliste, il est dans la logique de marché, dans la logique du système. Donc, en fait on va se retrouver du coup avec une gauche qui va jouer sur les curseurs, on va mettre un peu plus de subventions là-dessus, on va créer une ou deux gratuités, et là dessus on va modifier quelques éléments réglementaires au niveau de l’environnement, mais sur le fond du système on va rien changer.

Par conséquent, on sera de nouveau dans la frustration, on tombera de nouveau sur des entreprises qui seront liquidées parce que les capitalistes exportent leur capital en Europe et au delà de l’Europe et que donc liquident leurs lois leurs avoirs en France et ils laissent des centaines de salariés dans la misère.

De ça, il faut qu’on en débatte et peut-être que ça se réglera pas du coup dans le cadre de la présidentielle de 2022. Ce qui est difficile de se dire en fait, c’est peut-être qu’on va souffrir encore moins  cinq ans de plus. Malheureusement, si on veut arriver à régler les choses sur le long terme et bien il faut essayer de prendre le les problématiques par le bon bout. Je pense donc qu’il faut mener ces débats là et l’union européenne en est un.

Fadi Kassem : 

Tu viens de souligner deux points très intéressants parce que d’une part les temporalités c’est à dire qu’effectivement nous sommes pris à la fois sur le feu du court terme avec 2022 et l’idée peut-être ce serait que puisse émerger une alternative malgré tout même si elle ne serait pas très médiatisée ou même si elle faisait un très bon score mais au moins qu’elles puissent faire porter une sorte d’alternative en quelque sorte rouge tricolore comme tu viens de le dire : c’est à dire et c’est l’autre point important que tu as évoqué, tu as opposé  à raison la démocratie au marché parce que dans le fond le marché c’est la dictature du Capital c’est aussi simple que cela.

C’est vrai qu’il y a cette perspective de court terme et puis,  tu as aussi raison de le rappeler, de long terme, parce que dans le fond, on est là aussi pour reconstruire les outils qui ont été élaborés il y a cent ans – 1920 et 1921 il faut rappeler ce qui s’était passé avec la CGTU. Donc ce que tu évoques, ce qui est intéressant de voire, c’est  que les discussions progressent, y compris est je t’avais posé la question dessus sur l’Union Européenne,  mais à raison également sur les nationalisations que l’on pourrait qualifier là de démocratiquement planifiées.  Car c’est ça aussi finalement qui est en jeu. Donc de ce que tu dis il semble quand même, et cela même si ce n’est pas toujours évident, les discussions avancent dans la clarification, la clarté ; le « tous ensemble en même temps dans la lutte » ça ne peut marcher comme tu le disais la raison que dans la clarté. 

Laurent Brun : 

En tout cas il faut se forger des outils pour faire avancer ces débats là parce que par exemple dans la période, je trouve assez ennuyeux qu’on ne parle pas du fonctionnement de l’économie alors je vois, et je les comprends en plus,  qu’il y a des mobilisations par exemple contre  l’implantation d’Amazon et des choses comme cela. Je comprends la logique, c’est-à-dire qu’Amazon aujourd’hui tels que ça se développe c’est un outil de d’exploitation mais il y en a plein d’autres des outils d’exploitation,  n’importe quelle grande surface qui implante une base logistique ça fonctionne pas trop différemment d’Amazon. Par contre moi ce que je trouve extrêmement intéressant c’est que par exemple dans cette crise du Covid-19, on voit que justement la grande distribution, les Auchan Carrefour etc, et aussi Amazon du côté dématérialisé informatique,  en fait c’est les outils extraordinaires de structuration de l’économie et de réponse aux besoins. 

Alors aujourd’hui ça répond mal aux besoins puisque ça va chercher très très loin des choses produites pour les vendre –y compris de mauvaise qualité – à tout le monde etc. Mais c’est les outils qui, si on se les appropriait, qui deviendraient des outils extraordinaires pour structurer l’économie.

Donc  l’appropriation collective des moyens de production c’est pas simplement les chemins de fer, c’est pas simplement l’énergie – même s’il faut mener ce débat en ce moment parce que c’est d’actualité aussi – mais c’est aussi de se dire bah tiens ces outils-là qui ont structurés la réponse à la crise et qui l’ont mal structuré en plus de ça –  c’est quand même la leçon qu’on peut avoir :  je parle pas des labos et de  l’industrie pharmaceutiques – c’est grands outils là qui ont mal structuré la société, et bien dans nos discussions entre nous on se rend compte que il y a déjà des solutions des fois de bon sens qui  – cela sans même être spécialement vraiment des pointus dans ces domaines là où on aurait un peu des idées.

Peut-être que s’il y avait une gestion démocratique de ces outils, de ces grands outils de production là on aurait moins souffert dans cette crise et on souffrirait moins dans cette crise.

Et sur tout le reste aussi ! On parle de l’environnement : nous par exemple on a fait une proposition au niveau de la CGT qui était d’imposer aux grands logisticiens un taux de transport par le rail. En-effet,  ces grands logisticiens, que ce soient les grandes surfaces,  la Poste ou Amazon, ils ont des grands entrepôts logistiques et entre ces grands entrepôts logistiques ils massifient les flux de transports

Si eux  décident de passer sur le rail, on a réglé une grosse partie de la pollution du transport. Mais eux ils ne décident pas ça puisque le plus rentable pour eux c’est d’aller au plus polluants. Donc ils le font sans vergogne.

Mais si demain on disait,  finalement on vous laisse plus faire comme vous voulez et soit on vous impose, soit on vous reprend carrément la propriété,  c’est nous qui pourrions déterminer ces éléments.

Comme cela, on répondrait à la problématique sociale, à la problématique sanitaire,  à la problématique environnementale par ce biais là.

Ca c’est des débats, qui  je trouve dans la période sont relevés par cette crise. Si on pouvait avoir une campagne présidentielle qui au lieu de se focaliser sur « gnagna l’immigration » et « gnagnagna je sais pas quoi », et qu’on puisse avoir ce genre de débat là dans la société  et bien ce serait sacrément positif !  

Fadi Kassem :

Oui et je crois que ce soit au niveau syndical comme tu l’a rappelé, au niveau politique comme on essaye de le faire modestement au PRCF et d’autres également eh bien nous ferons tout pour que ces termes du débat – dans le fond la lutte des classes, disons le clairement, n’ayons pas peur des mots, l’affrontements avec les forces du grand Capital,  l’appropriation des grands moyens de production tu l’as dit … – soient finalement au cœur du débat pour la présidentielle de 2022. Et pas que : que ça devienne des éléments vraiment structurants du débat politique et syndical que tu évoquais.

Un grand merci, vraiment un très grand merci à Laurent pour nous avoir accordé de ton temps.  Nous serons probablement amenés à nous revoir par la suite dans la rue pour les mobilisations, qui risquent de continuer et qui d’ailleurs ont toujours lieu signalons le : nombre d’entreprises du privé ou du secteur public sont en lutte !

Et bien avec les camarades de la CGT vous êtes fortement mobilisés – et au sein du PRCF nous avons des camarades qui se mobilisent tout autant et tous les autres travailleurs également : parce que finalement ce n’est que « tous ensemble et en même temps et dans le même sens » que nous pourrons gagner.

Un grand merci Laurent merci beaucoup à tous les spectateurs auditeurs amis et camarades et au plaisir de vous retrouver très bientôt.

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Richard Palao 01/03/2021 18:42

On ne peut qu être d accord avec ces propos de Laurent BRUN mais il faut qu il clarifie sa position sur l UE: réclamer la suppression de certains traités , c est insuffisant celà reste dans l illusion que l on peut créer une europe sociale , il est vrai que c est conforme avec la position de L BRUN défendue lors du dernier congrès confédéral ou il s est battu bec et ongles contre le retour de la CGT dans la FSM et son maintien dans la CES cordon ombilical syndical de l UE ....curieux que l interwiewer du PRCF qui milite pour un frexit de gauche , n est pas relevé cette contradiction majeure .