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FORT CHEZ LES BOBOS, FAIBLE CHEZ LES PROLOS : ce que dit la défaite de la liste de gauche en Pays de la Loire

Publié le par FSC

C'est effectivement l'électorat populaire et les abstentionnistes qu'il faut convaincre en priorité!

Ce qui renvoie à l'exigence d'une politique de classe en opposition directe avec le réformisme et les trahisons de la gauche social -démocrate du PS comme des écologistes!

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SOURCE : Marianne

REPRIS du signalement du site de Gilles Questiaux

 

 
source: wikipédia

 

Fort chez les bobos, faible chez les prolos : ce que dit la défaite d’Orphelin de la gauche

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Christian Pihet, géographe enseignant à l'université d’Angers, analyse la défaite de Matthieu Orphelin, soutenu par toute la gauche, dans le Pays de la Loire. Il montre pourquoi il a perdu le scrutin malgré un soutien des classes urbaines favorisées.

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Au moins autant que les résultats des élections nationales, ceux des élections locales annoncent l’entrée et la sortie des cycles politiques du pays. En 1977, les élections municipales aboutirent dans la plupart des villes, grandes et moyennes, à la victoire des listes d’union de la gauche. Or, les villes captent plus de 80 % des Français. C’est par là qu’il faut entamer l’étude du cycle dans lequel nous pensons être. La narration courante affirme qu’à la lumière des derniers scrutins, la gauche « résiste bien ». D’ailleurs sans préciser de quelle gauche il s’agit.

Il est alors nécessaire d’examiner cette affirmation en convoquant les dimensions historiques et territoriales en arrière-plan de ces résultats. Le fil de notre petite enquête sera constitué par la trajectoire de la liste d'union gauche-écologistes de Matthieu Orphelin, arrivée en tête dans les villes du département des Pays de la Loire mais en définitive défaite à l’échelle régionale. Quel sens donner à ces résultats ? Déroulons d’abord le fil historique.

Bouleversement des années 1970 et 1980

Quatre ans après les municipales de 1977, la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981 parachève ces succès locaux et contribue à installer durablement, pour plusieurs générations, le Parti socialiste en position centrale dans la gauche et aussi dans le pays. La France des années 1970 et 1980 avait connu une phase rapide d’urbanisation. Les villes se sont dilatées d’abord par l’édification autour des centres traditionnels de quartiers d’habitat social et populaire dont les ZUP [Zone à urbaniser en priorité] ont été l’incarnation principale, puis autour des villes par la multiplication de lotissements pavillonnaires dans les communes voisines.

« Ces nouveaux territoires peuplés par des ménages appartenant aux classes moyennes et populaires ont constitué les bases électorales des forces de gauche. »

Cela a été l’époque de la « rurbanisation » puis de la périurbanisation. Ces nouveaux territoires peuplés par des ménages appartenant aux classes moyennes et populaires ont constitué également les bases électorales des forces de gauche, principalement celles du PS. Les réseaux associatifs qui ont structuré le vivre-ensemble dans ces espaces ont servi fréquemment d’aides efficaces pour les conquêtes municipales et législatives à venir. Il en a été ainsi à Grenoble avec Hubert Dubedout, mais aussi Nantes, Strasbourg ou Rennes.

Aujourd’hui qu’en est-il du rôle des villes, moteur ou catalyseur, dans un espace politique fracturé et partiellement recomposé, celui d’après la « révolution électorale de 2017 » ? S’il est difficile en l’état de construire une synthèse, le cas d’une ville moyenne de l’ouest, Angers, peut nous aider à formuler quelques observations.

Succès paradoxal

Angers, qui compte 155 000 habitants, a fait partie de ces villes qui en 1977 sont passées durablement à gauche et ce, jusqu’en 2014. La victoire électorale initiale a été le produit du vote massif des quartiers « zupiens » alors en expansion démographique sur un centre-ville bourgeois et conservateur. En 2021 nous avons pris comme tests pour analyser la situation deux bureaux de vote à la faveur du second tour des régionales, l’un dans le centre-ville historique et l’autre dans une ZUP historique.

La liste de gauche conduite au second tour par le député Matthieu Orphelin, élu en 2017 sous l’étiquette En Marche, rassemblait large, du centre gauche aux Insoumis. La droite était unie. En Marche et le RN se sont maintenus mais avec des scores autour de 10 %. Comme ailleurs, les chiffres du RN continuent à baisser lors du second tour des régionales. Le résultat d’Ensemble d’Angers met légèrement en tête Matthieu Orphelin (43 %) devant l’union de la droite (42 %) avec une participation de 32 %. La ville est-elle toujours à gauche ? Voyons les détails avec nos deux bureaux-test.

Le premier bureau, place Grégoire Bordillon, dans la Doutre, un quartier de la rive droite au centre-ville, totalise avec 38 % de votants une participation nettement supérieure à la moyenne de la ville et la liste menée par Matthieu Orphelin y obtient près de 50 % des voix, six points de plus que la moyenne de la ville, devançant largement la liste de droite dirigée par la présidente de la région Christelle Morançais (38 %).

« Matthieu Orphelin tend à perdre ou à gagner de justesse dans les quartiers plutôt populaires. »

Quelques kilomètres plus au sud, dans l’un des bureaux des Grandes Maulévries, dans l’ancienne ZUP de la Roseraie, désormais quartier prioritaire et plutôt populaire, le second tour attire seulement 31 % de votants et donne une courte avance à la droite (45,5 %) devant Matthieu Orphelin (44 %). D'ailleurs, sur l’ensemble du quartier populaire, la droite l'emporte à la Roseraie avec 50,8 % et une participation de 29,6 %. Pour mémoire, bien avant en 1977, lors de municipales qui avaient fait basculer la ville, c'était quasiment le contraire pour ces deux quartiers. La géographie électorale s’est-elle inversée ?

De fait, en 2021, Matthieu Orphelin tend à perdre ou à gagner de justesse dans les quartiers plutôt populaires. L’abstention y est également très forte. Elle atteint près de 80 % dans deux autres quartiers populaires. Et dans l’une de ces anciennes ZUP, fief du premier maire socialiste, la droite obtient 53 %. Paradoxalement, Matthieu Orphelin progresse dans le centre-ville et dans des secteurs où la population a changé récemment et où les majorités de droite s’étiolent au fil des scrutins.

Repolarisation

Quelles observations peut-on tirer de cette revue de résultats ? Il y a probablement des effets locaux liés aux candidats, mais probablement aussi une polarisation sociale qui a changé et créé une « repolarisation ». Une partie du centre-ville se « gentrifie » avec l’arrivée de groupes sociaux plus jeunes, plus éduqués et qui ont les moyens de faire face aux hausses de loyers et aux prix élevés d’achat des logements. Ce renouvellement démographique et social se traduit par une rupture avec le conservatisme traditionnel et une attraction pour les thèmes écologiques et pluriculturels développés par Matthieu Orphelin et ses colistiers.

« L’arrivée en tête de la liste de Matthieu Orphelin dans les principales villes des Pays de la Loire est un trompe-l’œil »

Tandis qu'un quartier populaire comme la Roseraie, se sentant abandonné ou étant réellement en déshérence, coupe progressivement avec les courants de gauche au bénéfice relatif des forces de droite demeurées sur le terrain et qui gagnent par défaut, surtout quand l'abstention mine les votes de gauche. Cette abstention traduit finalement la progressive désaffection envers les réseaux associatifs ainsi que l’abandon des politiques d’animation, de rénovation urbaine et des actions éducatives qui caractérisaient à Angers les politiques de l’ancienne municipalité socialiste dans ces quartiers. Ces observations sans surprise se retrouvent dans d'autres grandes villes, que ce soit Rennes, Lille, Bordeaux ou d'autres encore en région francilienne.

L’arrivée en tête de la liste de Matthieu Orphelin dans les principales villes des Pays de la Loire, que ce soit à Nantes ou Saint-Nazaire, est un trompe-l’œil car la repolarisation sociale qui l’a facilitée n’a pas empêché la défaite régionale accompagnée de scores plutôt faibles dans les autres territoires, notamment les petites villes, les milieux ruraux, les zones en déclin. Dès lors c’est non seulement l’avenir de la gauche mais aussi celle de l’alternance démocratique qui est en débat.

Comment ressouder des blocs significatifs des classes populaires et moyennes pour appuyer un projet politique alternatif alors que la métropolisation divise et ségrègue en ville ? Comment raccorder les autres territoires au cœur des villes alors qu’ils s’éloignent des emplois qualifiés et de l’économie dynamique ? Comment réduire cette véritable sécession qu’est l’abstention, qui par ricochet mine les partis de gauche mais aussi tous les partis ? Autant de défis que l’analyse sommaire d’un scrutin régional permet d’apercevoir et que citoyens et engagés devraient prendre à bras-le-corps car les horizons se rétrécissent.

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