L'affaire Salah Hamouri est un crève-coeur

Publié le par FSC

 

 

Considéré comme membre d'une organisation terroriste par Israël, l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri est emprisonné depuis mars en Israël et est en grève de la faim. Une injustice pour son fils, dénonce le dramaturge.
Cette année, Norah, ma fille de 6 ans, est entrée au CP. Le CP est un bouleversement pour l'enfant qui apprendra à lire et à écrire pour toute la vie. Il y apprend quelque chose que personne ne pourra jamais lui enlever. Ces premiers pas dans la vie d'un enfant sont cruciaux.
Dans la classe de ma fille, il y a Walid. Son père est emprisonné en Israël . Nul ne sait de quoi il est accusé. Tous les trois mois, de façon totalement arbitraire, le gouvernement israélien est libre de prolonger la détention de ses prisonniers politiques sans la moindre charge ni instruction. Tous les trois mois, Elsa, la mère de Walid , lui explique que son père va peut-être rentrer en France et que le cauchemar prendra fin. Mais les mois passent et Salah n'est toujours pas là.
C'est triste pour Salah mais c'est son combat politique, lui l'avocat franco-palestinien harcelé dans des procédures kafkaïennes. Par contre, c'est totalement insupportable et injuste pour Walid, privé d'une partie de ses racines, amputé d'une partie du regard qui donne confiance à chaque enfant. Cette histoire est un crève-coeur?: la solution la plus simple pour Salah Hamouri serait d'accepter l'expulsion qu'on lui a proposée, c'est-à-dire sacrifier son peuple, son pays et des années de lutte pour l'indépendance afin que la Palestine soit aussi le pays de Walid. Refuser, c'est sacrifier sa propre famille. Ce dilemme n'est que trop connu des Palestiniens qui rejouent sans cesse la tragédie qui consiste à taire les aspirations intimes devant le rêve collectif, de crainte de le voir réduit à néant année après année.
Désormais, Salah Hamouri a entamé une grève de la faim pour dénoncer à la fois ses conditions de détention inhumaines et l'acharnement judiciaire dont il fait l'objet. Cette fois, Elsa n'a pas expliqué à Walid que son père ne se nourrit plus. Elle n'a pas expliqué à Walid que son père risque sa vie, mais qu'il n'a plus rien à perdre. Parce que le choix de sacrifier une génération est incompréhensible pour un enfant. Et il est terrible de reconnaître que renoncer aux gens qu'on aime est une marque de courage en même temps qu'elle est une nécessité vitale et donc la seule issue possible pour les Palestiniens qui vivent au milieu des ruines sans avenir.
Walid a l'avenir devant lui, il sera un peu bancal, il n'aura peut-être pas l'appétit ni les rêves que doivent avoir les enfants de son âge, mais il pourra dans les moments de tristesse se souvenir que son père ne l'a pas abandonné, qu'il ne s'est pas sacrifié pour la cause palestinienne mais pour une idée de la justice.

par Mohamed El Khatib
Libération du 20 octobre 2022

Le prénom de l'enfant a été modifié.

 

Samedi 29 octobre 2022:
"Je marche pour la Palestine"
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