Appréciation du Comité Régional CGT Centre sur les actions engagées depuis Janvier 2009

Publié le par FSC

 

COMITE REGIONAL CENTRE

 

Orléans, le 26 Juin 2009

 

 

A la Coordination du Bureau Confédéral

de la CGT

 

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POINT SUR L’ACTUALITE REVENDICATIVE ET APPRECIATION SUR LES LUTTES DEPUIS JANVIER 2009

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Le Comité Régional de la CGT Centre réunit le 18 Juin 2009, a débattu de la situation sociale, de l’état de mobilisation, de l’état d’esprit des militants et syndiqués de la CGT, après la journée du 13 juin.

 

Premier constat, la journée du samedi 13 juin, a été une journée de trop qui peut avoir un effet boomerang dans les rangs de la CGT et en rajouter parmi celles et ceux qui ressentent de l’impuissance face à la déferlante contre le social.

 

Cette journée a été boudée par de nombreux militants de la CGT qui ne croyaient pas à l’utilité de cette initiative après la journée du 26 Mai qui marquait un reflux. Nous notions déjà le 26 Mai, dans la CGT, au niveau de l’engagement et de l’impulsion par les directions syndicales de la CGT, de sérieuses dissonances, notamment au plan des appels à l’action……

 

Les chiffres en attestent tant au niveau des arrêts de travail que du nombre de salariés impliqués, du nombre d’appels à l’action, enregistrés et nombre de manifestants dans les initiatives interpro, nous avons atteint des participations record le 29 Janvier et encore plus fortes le 19 mars, souvent supérieures aux mobilisations du Printemps 68 dans les manifestations. Mais entre le 19 mars et le 1er Mai, s’est produit un reflux que nous n’avons pas su et pas voulu apprécier collectivement.

 

L’absence d’une réelle et lisible impulsion nationale de la CGT, des autres organisations syndicales durant six semaines, conduit à de nombreuses critiques dans la salariat et dans les rangs de la CGT.

 

A tort, c’est un fait, la journée du 1er Mai a été vécue comme un rituel qui ne modifierait pas grand-chose pour les salariés. Ce sentiment de non impulsion du niveau national, conduit à de l’impatience dans les rangs de la CGT à de la précipitation et à des prises de décisions donnant une image de non cohérence de la CGT dans le salariat et notre propre organisation.

 

Les débats sont devenus, entre le 19 mars et le 1er mai 2009, de plus en plus passionnés et corrosifs à l’interne, ils ont porté sur la forme plutôt que sur le contenu.

 

Une opposition s’est installée entre nécessité juste et nécessaire de construire la mobilisation et l’enracinement sur les revendications dans les entreprises avec la nécessaire impulsion nationale des luttes par la CGT, tenant compte des limites de l’engagement des autres organisations syndicales, mais sans renoncer à nos objectifs, nos propositions CGT.

 

Cette expérience doit, à présent, conduire à la réflexion et au débat le plus large et ouvert possible dans la CGT, à écouter davantage, prendre en compte ce que les militants, les syndiqués, qui font la CGT, qui sont à la base de toute l’activité syndicale, expriment aujourd’hui.

 

Nous n’avons pas su ou voulu prendre nos responsabilités après les deux immenses journées construites par les syndicats, les UL, les UD, par l’engagement militant de celles et ceux qui sont les moteurs de la CGT et du rassemblement.

 

Nous n’avons pas su ou voulu rebondir sur ces grandes victoires, dont nous avons été à l’origine, au plan de la mobilisation qui ont fait trembler le patronat et ses relais au plan politique, voire même au plan syndical, après le 19 mars 2009.

 

La CGT a porté l’unité d’action de bout en bout, allant même au fil des semaines dans des entreprises, des localités et départements jusqu’à donner l’illusion que l’engagement des huit organisations syndicales, était constant. A notre corps défendant, nous avons entretenu la confusion sur l’unité, en faisant perdre de vue aux syndiqués, aux salariés, que l’unité d’action reste un combat.

 

Les participations et implications de la CFDT, de la FSU ou de FO dans à la préparation du 19 mars ou du 26 Mai, montrent que nous étions loin d’avoir fait le plein. L’état d’impulsion de certaines fédérations de la CGT dans la journée du 26 Mai, n’a pas joué en faveur de l’élargissement générant même des débats internes, négatifs pour les suites. Entre l’élaboration de la plateforme commune au plan national, l’attitude de la CFDT, de FO sur le terrain, de forts décalages ont été enregistrés dans les départements, les entreprises comme au niveau régional.

 

Au-delà des manœuvres des autres organisations syndicales ( qui n’ont pas été créées pour unir les salariés dans les luttes), pourquoi la CGT a autant attendu entre le 19 mars et le 1er Mai ?

 

Pourquoi n’avons-nous pas clairement appelé notre corps militant à se centrer uniquement sur deux questions centrales, l’aide concrète sur le terrain, dans les entreprises, les syndicats, les UL, pour développer, élargir le front des luttes, ouvrir des perspectives revendicatives et de mobilisations et organiser le renforcement de masse de la CGT ?

 

Avons-nous peur de l’affrontement avec le patronat, le pouvoir sarkozyen ?

 

Avons-nous peur de l’ampleur des mobilisations sociales ?

Avons-nous peur de ne pas pouvoir contrôler la mobilisation revendicative et populaire comme l’expriment de nombreux dirigeants dans notre organisation depuis Mars ?

 

Attendons-nous la perspective d’échéances politiques renvoyant à plus tard les réponses aux exigences sociales qui s’expriment ?

 

Durant les 6 premiers mois de 2009, nous avons continué à l’interne, à fonctionner dans les mêmes conditions qu’en période de faible mobilisation.

 

Nous avons continué à représenter les salariés, à siéger « dialogue social oblige » dans les mêmes mauvaises habitudes en dehors du rapport de force dans les réunions de DP, de CE, de CHSCT, à la Sécu, dans les CESR, les ASSEDIC, Pôles Emplois, les organismes de la FP, etc…..

 

Des questions centrales sont posées à présent à toute la CGT traversée par différents courants idéologiques, obédiences et églises.

 

Voulons-nous ou non jouer notre rôle d’organisation syndicale de classe, de masse, démocratique, indépendante et unitaire en raisonnant à partir de ce que nous sommes, de nos valeurs, de notre expérience et patrimoine, en tenant compte de la réalité des rapports de forces qui s’expriment dans leurs contradictions ou subissons-nous les pressions extérieures, les pieds scellés dans un processus d’unité de sommet ?

 

La période des trente dernières années, n’est pas sans conséquence sur le comportement, la réflexion et l’engagement des militants de la CGT.

 

Nombre des adhérents de la CGT, ont vécu douloureusement les errements des partis politiques de Gauche. Nombre d’entre eux demeurent très critiques vis-à-vis du fait politique et vont même jusqu’à le rejeter, pendant que d’autres essaient de pousser la CGT à se débarrasser d’une conception de classe du syndicalisme CGT pour passer sous la coupe d’une autre tutelle incarnée par le PS au plan politique où Confrontation qui rassemble les acteurs de la Sociale Démocratie du Patronat et des réseaux des grandes églises ou de la Franc Maçonnerie, tous acquis au maintien de la société capitaliste.

 

L’abstention massive aux Européennes, devrait faire réfléchir et ouvrir les yeux à la CGT. Nous sommes en présence d’un rejet de masse de cette construction européenne au service des multinationales.

 

L’Europe Sociale encadrée dans la logique libérale ne trompe plus personne, elle suscite le rejet qui pour autant n’exprime pas le désintérêt du fait politique, mais bien un comportement nouveau devant les urnes, de la grande masse des salariés. Sachons, après la victoire du Non à la Constitution Européenne, tirer les enseignements au plan syndical de ces évolutions.

 

Ces résultats, après ces six mois de mobilisation, nous invitent à réfléchir, à discuter sur le fond, sans à priori, sans étiquetage mais avec la perspective de donner du sens à notre engagement, de la hauteur et des ambitions à notre combat syndical.

 

Le 1er Mai a montré une participation différente par rapport aux journées d’actions précédentes, mais là encore, nous ne pouvons faire comme si de rien n’était.

 

De nombreux acteurs politiques sont venus faire de la représentation dans les manifestations du 1er Mai, sans ne s’être impliqués dans les actions depuis Janvier. Curieusement, nombre d’entre eux n’étaient plus là le 26 Mai 2009 et depuis, combien appellent autour d’eux, à mettre la pédale douce… ! Dans la CGT, nous étions loin d’avoir fait le plein dans les manifestations du 1er Mai et nous n’avons pas élargi la participation aux salariés des entreprises non impliquées dans les journées du 29 Janvier et du 19 Mars.

 

Dans sa composition, le 1er mai 2009, rappelait étrangement ce que nous avions vécu en 2002. Une mosaïque de représentation politique à l’approche d’échéances électorales, une présence des autres organisations syndicales à partir d’une posture bien éloignée du sens de cette journée internationale des luttes pour les revendications.

 

Si Mai et Juin marquent la réduction de la mobilisation, au niveau interprofessionnel, de multiples revirements de la CFDT ou de FO dans les entreprises comme au niveau interpro, il n’en demeure pas moins que les difficultés rencontrées par les salariés et leurs familles, perdurent et s’amplifient et c’est avant tout cela qui doit retenir notre attention.

 

D’ailleurs, au plan des luttes, celles-ci se prolongent encore actuellement dans les entreprises et professions, même si elles continuent à se chercher, il demeure, parmi les salariés, la volonté d’y aller tous ensemble. Ces luttes restent une donnée essentielle de l’actualité sociale qui mériterait, notamment contre les restructurations, la dictature organisée par les grands groupes, les remises en cause des droits et libertés, que la CGT impulse de nouvelles initiatives en affirmant sa volonté d’aider les salariés à se rassembler pour inverser cette spirale de la régression.

 

La période dans laquelle nous sommes depuis la prise du pouvoir politique par le MEDEF au travers de Sarkozy et de ceux qui l’accompagnent, nous contraint à réviser notre stratégie. Seul le rapport de force permettra d’enrayer leur entreprise de régression sociale, démocratique et permettra d’imposer de nouvelles avancées sociales.

 

Trop de dirigeants de la CGT ont perdu confiance en eux, et doutent de l’efficacité des luttes. Trop de dirigeants ont perdu confiance dans les masses.

 

Trop de dirigeants de la CGT n’ont plus de conviction, ne croient plus ou n’ont jamais cru qu’il était possible de changer les règles de cette société capitaliste qui produit tant de désastres.

 

Ces questions nous renvoient à la culture que nous avons transmis aux contenus des formations syndicales, au contenu politique, au bon sens syndical du terme de nos réunions de directions, en commençant pas le CCN et à la politique des Cadres Syndicaux conduite officiellement au nom des reculs, des moyens et des droits… !

 

Que faire maintenant ?

 

Faire preuve de transparence et d’ouverture, sans renoncer à ce que nous sommes et à nos objectifs revendicatifs.

 

Le pire pour la CGT, serait de laisser penser que durant les mois d’Eté, l’action syndicale serait mise entre parenthèses.

 

Nous avons, à présent, besoin de clarifier le débat public sur quelques questions.

Les salariés ne se mobilisent pas par rapport à la crise, ils luttent pour leurs revendications. Ils n’entrent pas en résistance pour des négociations, ils se battent pour obtenir satisfaction à leurs revendications pour que leur vie change.

 

Nous ne pouvons pas continuer à théoriser à l’interne et à mener publiquement sur les conditions pour qu’il y ait grève, mobilisation, en subissant les sirènes de la grève générale et en expliquant que cela n’aiderait pas les salariés de les appeler à la grève.

 

Des milliers de salariés d’entreprises dans lesquelles le syndicalisme n’est pas présent, étaient dans les manifestations, ont cessé le travail, dans des petites entreprises le 19 mars, apportant la preuve que dans ces lieux hostiles à l’action collective, à la présence du syndicalisme (particulièrement de la CGT), il est encore possible, quand cela devient limpide pour les salariés, de se rassembler et d’agir ensemble.

 

Nous avons besoin d’aider les syndicats, donc d’y aller tous, tous les dirigeants, tous les élus et mandatés par pour donner des leçons, pour expliquer aux autres qu’ils ou elles ne savent pas qu’ils ou elles n’auraient rien compris mais pour partir de leur réalités, pour les aider à partir de la question centrale du salaire, pour redimensionner leur activité revendicative, les aider à poser autrement la question de l’adhésion à la CGT, non pas comme un problème, mais bien comme un acte d’engagement naturel, choisi, décidé pour changer sa vie. Ce qui doit devenir anormal, c’est d’être individualiste, de ne pas être syndiqué.

 

Nous avons besoin que les dirigeants de la CGT se déplacent sur le terrain, à la porte des entreprises, sur les lieux de travail, partout où c’est possible, pour débattre avec les salariés, pour nous adresser à eux, leur exprimer ce que nous pensons et proposons, nous ne règlerons pas notre problème de rapport et de lien avec les salariés, par la seule communication au travers d’intérêt !

 

Etre syndiqué (e) à la CGT, doit être une référence, une force, donc conduire la CGT à veiller et à organiser la solidarité à tout moment pour que cela se vérifie à partir d’une éthique du syndicalisme CGT, ce qui suppose de ne pas accepter tout et n’importe quoi au nom de la CGT, à tous les étages et niveaux des structures de la CGT.

 

Juillet et Août doivent être mis à profit pour échanger entre nous, pour mettre toutes nos cartes sur la table, pour faire l’effort de nous écouter dans toute la diversité des approches, des expériences, des idées qui nous traversent pour nous mettre en situation de nous rassembler à partir d’un même fil conducteur pour la rentrée.

 

Plusieurs UD de notre région, ont prévu de réunir les militants durant l’été et prendre des initiatives publiques, mais cette impulsion ne peut être en efficace si le professionnel ne s’y implique pas et ne pousse pas les syndicats à s’y investir.

 

Parce que la situation demeure compliquée pour mobiliser, pour gagner, je pense que nos devons faire encore plus d’efforts pour nourrir le débat, organiser la confrontation des idées et la consultation des salariés.

 

Cela suppose aussi de ne pas renoncer à l’unité d’action, d’être lucide sur les positions, la conception du syndicalisme, portée par les autres organisations syndicales, de ne pas perdre de vue, la colère qui s’exprime dans la population, le mécontentement et les réactions de révolte dans le Salariat et la Jeunesse.

 

Que certains à Gauche veuillent nous amener à attendre, n’a rien de surprenant que d’autres cultivent la surenchère n’est pas nouveau, mais aucun ne peut prétendre unir et mobiliser seul les salariés et le peuple ni dans le camp politique, ni associatif, ni syndical.

 

Mais dans tout cela, la CGT peut encore ouvrir des perspectives, bousculer le fait politique et syndical, tisser des passerelles avec l’associatif, pour créer une véritable dynamique populaire autour des grandes ambitions transformatrices plaçant l’humain et le social au centre.

 

Cette posture nous permettrait de repositionner la CGT comme cette grande organisation syndicale de tous les salariés, respectée, faisant autorité et référence dans le pays comme à l’échelle internationale. Elle permettrait de repositionner le politique à sa place et susciter l’intérêt général vis-à-vis du fait syndical et plus particulièrement de la CGT.

 

Voilà, Chers Camarades, quelques réflexions qui s’appuient sur de nombreux débats, échanges dans les syndicats, les congrès des UL et UD, depuis ce début 2009.

 

Bien fraternellement.

 

 

 

 

 

Philippe CORDAT

Secrétaire Régional

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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