À Douai-Dorignies, grève chez Fremarc

Publié le par FSC

À Douai-Dorignies, le sous-traitant Fremarc a décidé de tenir tête au groupe Renault

Publié dans LA Voix du Nord 

Ils vont camper dans l'usine. Jour et nuit. Jusqu'à ce que Renault, leur donneur d'ordre, vienne s'asseoir à la table des négociations. Les salariés de Fremarc, à Douai-Dorignies, peuvent compter sur les copains de la CGT historique du Douaisis pour les soutenir dans un combat qui pourrait être long.

Philippe Nalewajek, secrétaire général de l'UL CGT, s'est adressé au personnel, hier matin. PHOTO SAMI BELLOUMI

Philippe Nalewajek, secrétaire général de l'UL CGT, s'est adressé au personnel, hier matin. PHOTO SAMI BELLOUMI

« J'ai une famille à nourrir. » Louis Legrand a 38 ans, deux enfants, dont un nourrisson né le « 2 juin  », et « une maison sur les bras. » La vie quoi... Sauf que la nuit, l'« opérateur », « soudeur  », - « Je fais ce qu'on me demande de faire », dit-il - fait des cauchemars. La peur du chômage. En mars, Fremarc, son employeur, un sous-traitant automobile sis à Douai-Dorignies, spécialisé dans le profilage de pièces à froid, a annoncé la fermeture du site douaisien (40 salariés plus les intérimaires). Le groupe Renault, donneur d'ordre de Fremarc, filiale de l'entreprise italienne EMARC (Engineering Macchine Attrezzature Rappresentanze Consulenze), a décidé de lui faire des infidélités. Alors que... « Ils viennent de toucher leur salaire. Il ont un mois devant eux. Je ne pense pas que Renault puisse tenir un mois sans être livré. »

Hier matin, Philippe Nalewajek, secrétaire général de l'Union locale « historique » CGT, s'adresse aux salariés rassemblés dans l'usine. Ils ont voté la grève générale. Pour faire pression sur Renault. En lui coupant les vivres. Plus question de toucher aux bobines d'acier galvanisé. L'usine sera occupée nuit et jour jusqu'à ce que Renault revienne à de meilleurs sentiments. Les camarades syndicalistes CGT (Renault-Douai, AFR, etc.) seront là pour les épauler.

Philippe Nalewajek est colère. « La direction de Magneto s'était engagée à faire les pièces à Biache-Saint-Vaast. Pas en Italie ! Dans le contrat, il était question qu'elles soient réalisées dans une société de la région du Douaisis. » Jean-Pierre Delannoy, patron CGT de la région métallurgie, lui emboîte le pas : « Cette grève est une réaction à une attitude scandaleuse de Magneto (...) La pression sur les prix des constructeurs affaiblit la filière. Ça fournit un argument aux sous-traitants pour se délocaliser. » Assise dans un coin, Sabine, 46 ans, n'en perd pas une miette. Elle est intérimaire depuis « 7 ans ». Et chômeuse depuis hier, 18  heures. « Nos contrats ont été coupés. » Précaire donc, mais solidaire avec des ouvriers qu'elle n'a pourtant côtoyés que quinze jours. Il est vrai qu'elle est bien placée pour comprendre leur angoisse. « La mission la plus loin de mon domicile que j'ai acceptée  ? 47 km aller, 47 km retour. Et de plus en plus souvent, même si on a de l'expérience, on nous paye au SMIC. » Cette vie de galérien, Philippe Nalewajek refuse que les Fremarc la vivent. Car il y a des portes de sortie. Attribuer de nouvelles charges de travail à Fremarc en est une. Négocier avec Magneto le reclassement des salariés en est une autre. •

PAR BERTRAND BUSSIERE

Repères

À l'origine, il y a presque 10 ans (1er juillet 2002), Fremarc Douai a été créé spécifiquement pour fournir le site Renault-Douai dans le cadre du lancement de la Mégane II.

Actuellement, le chiffre d'affaires de cette entreprise ne représente plus qu'une activité de 1 % pour Renault-Douai, 7 % pour MCA Maubeuge (Kangoo), le reste étant réalisé à l'exportation pour le groupe Renault.
Fremarc, qui a un autre site en France (Argancy, en Moselle), est une filiale de l'entreprise de sous-traitance automobile italienne EMARC, créée en 1978, et dont le siège social est à Turin.

La Voix Du Nord

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