Appel pour la défense et le rétablissement du français comme langue de la République dans l’enseignement et la recherche

Publié le par FSC

 

 

            Accélérée par le quinquennat sarkozyste, l’entreprise de sabotage de l’apprentissage et de l’utilisation du français et d’invasion de l’anglais – en fait, le plus souvent,  d’un globish indigent n’ayant que peu à voir avec la langue de Shakespeare – dans la recherche et l’enseignement, de l’université à la maternelle, doit être arrêtée par les progressistes et les républicains de notre pays. Cette politique de colonisation linguistique, promue activement et de longue date par l’Union Européenne et le grand patronat français, participe de la mise à sac générale de l’éducation nationale et de la subordination de la recherche aux intérêts immédiats du capital.

            Alors que les forces réactionnaires de notre pays n’ont cessé de vanter le recentrage des enseignements autour d’un « socle commun » d’apprentissages fondamentaux, elles ont méthodiquement attaqué le premier d’entre eux, celui de la langue nationale, tout en osant s’appuyer sur celle-ci pour vilipender les travailleurs immigrés qui ne la menacent pourtant nullement. Le redressement de l’Éducation Nationale, mise à mal par une succession ininterrompue de contre-réformes et la saignée de ses effectifs, passe en priorité par le renforcement des horaires de français ; l’apprentissage des langues étrangères mérite d’être développé, à la condition expresse que les moyens soient assurés à celui de la langue nationale et qu’une vraie diversité de langues étrangères soit proposée dans tous les établissements scolaires et universitaires. L’apprentissage des langues vivantes étrangères ne doit pas non plus être promu au détriment des langues anciennes, vouées à la marginalisation voire à la disparition par une vision étroitement utilitariste de l’enseignement (qui signifie objectivement la sujétion totale de l’éducation aux intérêts du grand capital, pour lequel l’imposition d’une langue unique répond à un double objectif, politique – désarmer les travailleurs en leur ôtant leur langue, qui constitue un de leurs outils de défense – et économique – accroître la rentabilité du capital en abaissant les coûts liés à la diversité linguistique). Il convient, à la fois dans le souci de promotion de la diversité et dans celui d’intégration (au sens positif, à l’opposé de leur négation) des cultures régionales et étrangères, de développer notamment l’enseignement des langues parlées par un nombre important d’immigrés (qui subissent la double peine linguistique : marginalisation de leur langue d’origine et  de celle de leur pays d’adoption) et celui des langues régionales, dans le respect du français comme langue nationale. Hors des cours de langues, l’ensemble des enseignements doit être dispensé en français.

            Cette mesure doit s’appliquer également dans l’enseignement supérieur, où le français comme langue de la République est bafoué de façon encore plus grave et ancienne que dans les enseignements primaire et secondaire (l’université et les grandes écoles constituant de fait le laboratoire de l’anglicisation de l’enseignement). Dans la recherche, le français doit retrouver droit de cité dans les publications comme dans les colloques nationaux et internationaux se tenant en France. Loin d’entraver les échanges internationaux, ce rétablissement du français comme langue de la République dans l’enseignement supérieur et la recherche permettra, accompagné des moyens humains et financiers nécessaires, de les approfondir sans privilégier à outrance les liens avec les pays anglophones, en réhabilitant et développant la traduction et en dissuadant les communications écrites ou prononcées dans une langue indigente, qui entravent la pensée et nuisent à la qualité de la recherche, quelle que soit la discipline. Nous revendiquons notamment la création de postes d’ingénieurs de recherche spécialisés dans la traduction scientifique ; les revues scientifiques françaises doivent permettre et encourager la publication en français des articles ; certaines d’entre elles doivent imposer le français (ou au moins une proportion minimale d’articles en français) pour éviter de rouvrir formellement cette possibilité (qui, dans certaines disciplines, existe encore mais n’est utilisée que de manière marginale) sans qu’aucun effet ne s’ensuive, sous la pression des indicateurs internationaux, notamment bibliométriques, qui avantagent mécaniquement les publications en anglais – indicateurs dont il convient par ailleurs de dénoncer l’ineptie et la nocivité intrinsèques. Les thèses et autres mémoires doivent être rédigés, dans les universités françaises, entièrement en français (hors disciplines linguistiques).

            Nous concevons ces mesures d’urgence pour sauver la langue française, gravement menacée d’extinction dans le domaine des sciences, menace qui préfigure, à moyen terme, sa disparition pure et simple, comme un volet de mesures d’urgence générales pour que la recherche publique de notre pays s’affranchisse de la dépendance étouffante à la rentabilité à court terme. Abroger le pacte pour la recherche (qui instituait notamment l’Agence « Nationale » de la Recherche, qui assèche les financements récurrents garantissant sécurité et indépendance aux chercheurs dans leurs projets, mais aussi recommande fortement de rédiger les demandes de crédits qu’on lui soumet en anglais) et la loi LRU, rétablir le CNRS dans son rôle structurant majeur de l’ensemble de la recherche, constituent des conditions nécessaires pour que la recherche française redevienne réellement nationale, libérée de la tenaille dans laquelle le localisme (signifiant entre autre le retour en force du mandarinat) et une prétendue internationalisation ne signifiant que soumission à l’impérialisme dominant et uniformisation de la recherche (deux termes antinomiques !) l’enserrent. De même, le rétablissement du français comme langue de la République dans l’enseignement secondaire suppose la suppression de la certification obligatoire en langue étrangère, mais aussi l’abrogation de l’ensemble de la contre-réforme dite de mastérisation des enseignants du second degré, qui ouvre la porte à la privatisation des collèges et lycées (comme la loi LRU pour les universités), privatisation qui soumettrait directement les enseignants aux volontés du patronat, partisan acharné (notamment  via son syndicat de classe, le MEDEF) du basculement à l’anglais.

Publié dans Luttes - actualités

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