Défense des retraites – par François Le Pivert

Publié le par FSC

 

Préalable : j’ai entendu l’émission ci-dessous à la radio. Elle m’a semblé faire partie intégrante du « bourrage de crânes » qui sévit à longueur d’antenne depuis quelques semaines maintenant. Je l’ai retrouvée sur le net dans les archives de France info. Comme il s’agit d’un document audio, il m’a fallu la réécouter plusieurs fois pour la transcrire. Ce n’est pas toujours du mot à mot car pour y arriver, il faudrait des heures. Cependant, je pense avoir restitué l’essentiel sans trahir la pensée des invités. Chacun peut d’ailleurs s’en faire une idée en allant sur le site…

François Le Pivert

 

Document : duel du jour – France info - Nicolas Poincaré – 20 février 2010 – Alain Genestar de Polka Magazine et Edwy Plenel de Média Parc – débat animé par Mathilde Munos

Mathilde Munos. La réforme des retraites fait débat au sein de la classe politique depuis de nombreuses semaines.

Huit syndicats ont appelé à une journée de mobilisation le 23 mars prochain, qui porte notamment sur les retraites. La réforme des retraites, voulue par Nicolas Sarkozy, pourrait signifier l’allongement de la durée de cotisation, voire le recul de l’âge légal de départ à la retraite. Cependant, le chef de l’État s’est voulu rassurant et a annoncé qu’il y aurait une concertation au printemps avant la présentation du texte au Parlement en septembre.

La concertation et la mobilisation auront lieu juste après les élections régionales. Est-ce un choix stratégique ?

 

Alain Genestar. C’est surprenant ce qui se passe… Je rentre des États-Unis où je viens de passer 3 semaines pour Polka Magazine. Avec des photographes, nous avons décidé de photographier la crise car la situation sociale est très dure. Avec nos interlocuteurs américains, on compare avec le système français et, oui, force est de constater que le système social français est le meilleur du monde. Cette conviction ne fait qu’augmenter quand nous rentrons en France et une certitude nous vient : il faut sauver le système social français et pour cela, il faut des réformes. Il ne faut pas le conserver comme dans un musée, sans rien faire ! Il y a un président, Nicolas Sarkozy – Qu’on l’aime ou ne l’aime pas, là n’est pas la question - qui propose, justement, d’en débattre, d’en parler, de se mettre autour d’une table pour donner du temps pour sauver le système. Et quelle est la réponse syndicale ? Une journée d’action le 23 mars ! Comme vous l’avez rappelé, on vote le dimanche précédent car il y a les élections régionales : on pourrait s’appuyer sur le résultat de ce vote, pour ou contre l’action du gouvernement. C’est bien ce vote qui sera la traduction démocratique. Mais non ! On préfère une bonne vieille manif… c’est la tradition du bras de fer, de l’épreuve de force. C’est consternant ! C’est l’héritage de la lutte sociale, de la lutte des classes… on préfèrerait que tout le monde se mette autour d’une table pour essayer de sauver notre système.

 

Edwy Plenel. Pour une fois, je ne serai pas du tout d’accord avec Alain Genestar. Je ne crois pas que le gouvernement cherche à sauver notre système social. Il a décidé de mettre au-dessus du panier la question des retraites et d’agiter le déficit des caisses pour ne pas parler de la crise de l’emploi. Il s’agit d’une stratégie, d’une mise en scène comme pour la question de l’identité nationale ! L’urgence, pour les français, ce n’est pas l’avenir des retraites mais la crise sociale, le chômage des jeunes. L’urgence c’est la question de l’emploi. il ne faut pas se crisper sur la question de l’immigration. Tous les travailleurs qui cotisent participent à équilibrer le système par répartition. Je considère que les organisations syndicales ont été trop coulantes. Elles auraient dû dire :  « d’accord !… parlons des retraites… mais, au préalable, discutons de l’emploi ». Dans les tous prochains mois, un million de chômeurs va se retrouver en fin de droits… Or, c’est l’emploi d’aujourd’hui qui garantit les retraites de demain. Il faudra aussi accueillir des travailleurs venus de l’extérieur pour pallier le déficit démographique. Mais on préfère faire peur et monter les jeunes contre les vieux.

 

Alain Genestar. Il y a la priorité des retraites ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’autres priorités : tout est lié. On parle du climat, du réchauffement climatique. Ce n’est pas sans raison que l’on tire la sonnette d’alarme ! Aujourd’hui, concernant les retraites, on est comme des pollueurs qui contribuent au dérèglement du système social français. Ça ne peut plus marcher, ça ne peut plus continuer comme avant. On dit vouloir sauver le système, mais on va étouffer à cause du système… Ce qu’on attend de la gauche, c’est qu’elle soit responsable, qu’elle tienne un discours responsable. Quand elle était aux affaires avec Martine Aubry, Lionel Jospin, Dominique Strauss Kahn, elle s’est conduite de manière irresponsable en ne faisant pas les réformes nécessaires qu’il fallait faire à l’époque. Mais il est encore temps.

 

Edwy Plenel. De fait, le gouvernement a mis en place une mise en scène car il veut s’attaquer à la retraite par répartition, cette retraite qui solidarise les générations. Et, en même temps, il cherche à tourner la page de la crise. C’est d’ailleurs pourquoi, il veut séparer la question de l’emploi de celle des retraites. Mais, on va s’apercevoir dans les quelques mois qui viennent que les salariés ne l’entendent pas de cette oreille.

 

Les propos tenus par les deux protagonistes me paraissent une bonne introduction à cette question des retraites car ils engendrent à la fois malaise, écœurement et – c’est voulu -, découragement, fatalisme et mauvaise conscience.

 

Commentaires

 

Nicolas Sarkozy a bien invité les organisations syndicales dès le 15 février sur la question de son « agenda social ». Écoutons-le : « cette question des retraites, ce n’est pas une question de droite ou de gauche, d’opposition ou de majorité. J’aimerais qu’il y ait un consensus d’ici la fin de l’année ». un consensus avec qui ? Avec les organisations syndicales ? Avec les partis d’opposition ? Mettre en évidence un « diagnostic partagé » comme en 2004 sur la question de la réforme de la Sécu qui a abouti à la contre-réforme Douste-Blazy. On peut le craindre. Voyons les faits et les déclarations des uns et des autres.

 

Argument 1. La question démographique justifie la contre-réforme car il n’y aura plus assez d’actifs à l’horizon 2050 pour assurer la pérennité du système par répartition.

 

Revoilà le serpent de mer. En 2003, c’est déjà ce qui a justifié la contre réforme Fillon qui a aligné le code des pensions de la fonction publique d’État, la CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux, les hospitaliers, sur les 40 annuités de la réforme Balladur de 1993. « Personne ne peut nier qu’il y a un problème démographique » entend-on dans la bouche même de ceux qui disent se situer à l’extrême gauche de l’échiquier politique. En 2003, il y a eu un numéro entier du journal « Fenêtre sur cour » du SNUIPP pour valider cette thèse.

Cependant, les prévisions démographiques sont très variables et incertaines. Comme d’ailleurs les explications sur le réchauffement climatique, n’en déplaise à Alain Genestar qui se permet un parallèle pour le moins surprenant mais que l’on pourrait traduire ainsi : payer la taxe carbone et accepter de travailler plus – et plus longtemps – pour gagner moins – et moins longtemps ! – fermez la parenthèse… En 2002, l’Insee prévoyait 24 millions de travailleurs actifs en 2050. ce sont ces chiffres alarmistes qui ont justifié la « réforme » Fillon. Quatre ans plus tard, les prévisions ont été revues à 28,5 millions d’actifs en 2050… Excusez du peu. J’ajouterai que la progression de l’espérance de vie n’est pas inéluctable. C’est l’amélioration des conditions de vie, conjuguée avec la mise en place de la Sécu, qui a permis qu’elle double en un siècle. Le retour des mêmes causes rencontrées au début du 20ème siècle pourrait bien entraîner les mêmes effets : la diminution de l’espérance de vie pour les milliers de travailleurs. N’est-il pas, d’ores et déjà, prouvé qu’un ouvrier a une espérance de vie de 9 ans inférieure à celle d’un cadre ? La précarité du logement, l’augmentation pour les ménages des frais de soins en raison de la baisse drastique des remboursements, l’extinction de l’hôpital : le pire est à redouter !

La vérité a donc démenti les prévisions de l’Inse, mais, pour autant, on ne revient pas sur la réforme car, bien évidemment, ce n’est pas le but recherché et la question démographique n’est qu’un prétexte ! Tout au contraire, on se sert encore de cet argument, pour, à nouveau, réduire le revenu de ceux qui n’auront plus – ou à peine – le droit de vieillir dans la dignité… Et pourtant, 4,5 millions de travailleurs qui cotisent, comme dit Edwy Plenel, c’est bien cela, entre autres, qui permettrait de garantir la pérennité du système par répartition – pérennité, ils aiment bien, alors que ce qui est souhaité c’est de mettre en place un système par capitalisation, c’est à dire des fonds de pension. Ce jour, 25 février, les chiffres du chômage tombent : 4, 4 millions d’inscrits à pôle emploi ! 2% de baisse de la masse salariale sur une année, c’est 20 milliards d’euros de moins pour la protection sociale et les retraites.

Cette question de « qui cotise ? » est essentiel, comme le souligne Edwy Plenel. Aujourd’hui, des millions de travailleurs ne cotisent plus ou très peu, pour la bonne raison qu’ils sont sans travail On parle d’environ 7 millions de travailleurs qui sont excluent... Dans la presse, on fait grand cas de l’expérience de Florence Aubenas, cette journaliste qui a « vécu » de petits boulots en s’inscrivant à Pôle Emploi. Ces travailleurs qu’elle a rencontrés et dont elle a connu la misère – comme Jack London, au début du 20ème siècle, a fait l’expérience des bas fonds londoniens pour écrire -, que cotisent-ils quand ils sont payés au-dessous du seuil de pauvreté ?

 

Partout en Europe, la volonté des gouvernements, est de réduire le rendement des retraites pour obéir au diktat de Maastricht, les critères de convergence qui imposent aux Nations de descendre – ou revenir – en dessous des 3 % de déficit par rapport au produit intérieur brut. Les purges sont drastiques, c’est le moins qu’on puisse dire, pour faire payer aux travailleurs de Grèce, d’Irlande, du Portugal – les « pigs » comme dit la presse britannique – le prix des milliards distribués aux banques et aux patrons pour sauver le système capitaliste. La France n’y échappe pas. Lors de la conférence du jeudi 28 janvier 2010 sur le déficit public, conférence initiée par Sarkozy à la demande de Bruxelles, la clé est donnée : « il faut trouver 100 milliards d’euros d’ici 2013 ». Où ? dans la poche des travailleurs, dans la réduction des services publics – 38 000 emplois de fonctionnaires supprimés en 2009 -, dans la Santé – loi Hôpital patient santé territoire -, en spoliant encore plus la Sécu et ces cinq branches.

 

Non, Monsieur Genestar, la destruction des retraites par répartition n’est pas une fatalité démographique au même titre que le réchauffement climatique est une fatalité de l’activité humaine. Quoique vous en disiez, ceux qui luttent pour préserver cet acquis social arraché de hautes luttes, ne sont pas des irresponsables que l’on peut assimiler à la compagne de Louis XV, disant « après nous le déluge » ! Ils n’ont d’autres choix que l’affrontement de classes car ils savent que rien de bon n’est jamais sorti de la collaboration de classes et de diagnostics partagés avec la classe capitaliste au pouvoir. Voter ? Ils l’ont déjà fait massivement : en mai 2005, ils ont dit « non » au traité constitutionnel… On sait ce que la suite a donné. Chat échaudé craint l’eau froide ! Voilà pour la démographie. Voyons la suite.

 

Argument 2. Le déficit est « abyssal ». Il faut changer la donne : allongement de la durée de cotisations, retardement de l’âge légal, changement du mode de calcul pour le public.

 

On s’aperçoit, à la lecture de ce « duel », que les bretteurs ne se renvoient aucun chiffre. Comme pour la question « démographique », cela fait partie de la « foi » et le dogme ne demande pas à être prouvé : les régimes de retraites sont en déficit. Point. Celui qui le récuse est un illuminé. On notera, également, que M. Genestar, comme d’autres, se veut dithyrambiques concernant le système social français. Le « meilleur du monde ». Il est à craindre qu’il le devienne beaucoup moins après le « sauvetage ». En effet, il se garde bien de donner la prescription. L’ordonnance, il va falloir la chercher du côté de l’Élysée. Monsieur le président a sorti un chiffre magique – fantaisiste ? - de son chapeau : il manquerait 30 milliards en 2010 pour assurer l’équilibre des régimes de retraites. 30 milliards… On en était à 10… Qu’importe : on triple la facture. Et on donne les remèdes et la saignée. Bien sûr, on accorde du temps au patient pour l’accepter voire tomber d’accord… les bons conseilleurs – et signataires empressés - n’étant pas toujours les payeurs.

Vous prendrez cinq ans de cotisations supplémentaires – accords de mars 2002 signés à Barcelone par Jospin et Chirac pour la France. D’abord, en 2003, passage de 37,5 annuités à 40. Au 1er janvier 2012, 41 annuités : pour tous ? Non. Comme tout le monde ne peut être dans le même wagon, les régimes spéciaux ont un sursis jusqu’en 2016. C’est ce qu’on appelle diviser pour mieux régner. Et ensuite ? 44,5 pour faire plaisir à Madame Parisot. Et puis, pendant qu’on y est, et pour être certain de la guérison, on repousse l’âge de départ à la retraite à 62 ans, dans un premier temps… Quoi ? On n’est pas certain que le mal soit vaincu. Dernière pilule : fin du code des pensions civiles et militaires, fin de la CRNACL, de tous les régimes spéciaux encore debout, calcul des « pensions » sur le salaire moyen des 25 dernières années au lieu du salaire des 6 derniers mois. 30 % de rendement en moins pour tous les fonctionnaires partant en retraite. En 1995, le plan Juppé l’avait déjà programmé… Par la grève, les millions de travailleurs l’ont fait reculé…Cela peut donner des idées pour 2010 ! Personnellement, je ne vois pas d’autres solutions, puisqu’on est tous concernés, que la grève générale interprofessionnelle. Avec aux centres la revendication unitaire : ne touchez pas aux retraites, elles ne sont pas négociables ! Et surtout pas de grève « saute-mouton » comme en 2009. Malheureusement…

 

Revenons sur ce chiffre de 30 milliards de déficit et essayons de l’éclairer à la lumière de quelques vérités…

 

On sait que le gouvernement français a trouvé 420 milliards d’euros à prêter aux banques en 2008 – l’UE, 1700 milliards en tout… BNP Paribas remercie qui annonce 5 milliards de bénéfices en février 2010. Les banques ne sont pas les seules vers lesquelles l’argent des contribuables a coulé à flots… Les entreprises ont eu leur part. 6,5 milliards aux groupe de l’automobile Renault et PSA. Renault en a touché 4. Résultat : liquidation de Sandouville et la Clio 4 part en quelque lieu où la main-d’œuvre est plus… Où elle est moins…

Du coup la dette de l’État atteint plus de 71% du PIB – vous savez, avant la crise, les bien-pensants ministres nous rebattaient les oreilles avec le vilain héritage que nous laisserions à nos enfants : faut pas demander des sous ! -. Les marchés financiers font leurs choux gras du remboursement de la dette et du grand emprunt Sarkozy / Rocard : 50 milliards d’intérêts payés rubis sur l’ongle par les contribuables chaque année ! Du coup, le gouvernement doit trouver 100 milliards, sinon Bruxelles va voir rouge (on peut rêver). 100 milliards d’économie sur les « finances publiques » dont la Sécu fait partie par décision de l’Union européenne… 100 milliards au rythme de 20 milliards par an : à venir, destruction de 80 000 postes dans les services publics…Liquidation d’ici 5 ans du raffinage en France… « Car c’est toujours l’pauvre ouvrier qui trinque »…

 

On connaît les 12 milliards de cadeaux fiscaux du bouclier fiscal. N’est-ce pas M. Bolloré ? Aujourd’hui même, M. Didier Migaud – socialiste, je l’apprends, comme Charasse, l’homme d’ouverture et de l’amendement du même nom qui a conduit à la loi Carle - est nommé à la cours des comptes à la place de feu Séguin, celui qui a pris dans les poches des malades de longues maladies, car, mourir, décidément, coûte cher… Sur France Info – je suis accro – j’ai appris, en même temps que sur son site personnel, M. Migaud dénonçait 28 milliards de cadeaux faits aux sociétés qui sont exemptées de tout impôt lors des opérations de rachat ou de prise d’intérêts. Pour faciliter l’emploi… on s’en serait douter. Il ne les remet pas en cause, mais, il aurait mieux valu que cela passe par le… parlement. Encore un qui croit aux institutions de la 5ème République !

 

Tous veulent « sauver » le système par répartition

 

« Je veux sauver le système… J’en jure mes grands dieux »… Qu’on comprenne bien ce que cela veut dire : le principe, c’est que les salariés d’aujourd’hui assurent, par leur travail, les retraites de ceux qui ont cotisé hier. Pas de capitalisation. En 2001, la réforme européenne dite de la mutualité, a fait obligation aux caisses de retraites, aux complémentaires, de constituer un fond de réserve de 30 %… C’est bien de la capitalisation, n’est-ce pas ? Cet argent, comme les fonds de pension, sert à la spéculation. Ce sont des fonds de pension à la… française. Pendant la crise, ce sont 5 milliards qui sont ainsi partis en fumée… spéculation mal ordonnée…

 

Revenons sur le système « le meilleur du monde » - Au fait, c’est bien un hommage rendu à la classe ouvrière, à la CGT, au Conseil National de la Résistance, inventeurs de ce système. C’est aussi la preuve que les travailleurs ne doivent compter que sur leurs propres forces -.

 

D’une part, il est faux de dire que les pensions des fonctionnaires participent au déficit des retraites. La pension d’un fonctionnaire d’état est une forme de salaire de non activité qui est inscrit depuis 1958 dans le grand livre de la dette publique pour service rendu à la nation. Le versement des pensions est donc fait directement sur le budget de l’État ! On a vu que la volonté de Juppé de vouloir créer une caisse de retraite des fonctionnaires d’état a été battue en brèche en 95. Sommes-nous plus faibles qu’à l’époque ? Au moins, sommes-nous garantis d’une chose : si en 2003 la loi Fillon est passée, c’est que le gouvernement de l’époque avait pris soin de dissocier le régime des cheminots de celui des autres fonctionnaires. Depuis, ils sont passés à leur tour à la c… Maintenant, le gouvernement est coincé – ou il a les yeux plus gros que le ventre - : il prend tout le monde de plein fouet, public / privé… espérant un consensus. C’est notre force… nous sommes la masse. A moins…

 

D’autre part, Le principe de cet excellent système – j’en conviens mille fois – a été inventé par les travailleurs : il repose sur la solidarité ouvrière et sur celle des différentes générations. C’est ce qu’on appelle la répartition. Pour ce faire, une part du salaire n’est pas directement versé – les cotisations patronales - : il constitue le salaire social appelé aussi le salaire différé dont le cotisant bénéficie en cas de besoin. Cet argent est collecté par les URSSAF pour les cinq branches de la Sécu dont la branche vieillesse. Le salarié, principe de solidarité choisi par la classe ouvrière en 45, y apporte également ses cotisations. Cet argent n’est pas l’argent de l’État mais celui des travailleurs et, à ce titre, il ne devrait être géré que par eux-mêmes ou par leurs représentants. De 1945 à 1995, le patronat y participait, concession faite en 45 au général De Gaulle. Mais jamais le patronat n’a admis le système. Il a dû s’en accommoder, pour cause…

 

Avec la complicité de Nicole Notat de la CFDT, en 1995, le gouvernement a commencé à s’immiscer dans les comptes de la Sécu dont l’enveloppe est, depuis, votée par le parlement. Elle est devenue, en 2004, une enveloppe fermée tandis que la Sécu était, en partie, fiscalisée grâce à la CSG (Contribution sociale généralisée, payée, y compris par les retraités – merci Michel Rocard ) et la RDS (remboursement de la dette sociale). A partir de 1991, sous prétexte de favoriser l’emploi – on a vu le résultat -, les exonérations de cotisations se sont « musclées ». Ce sont 256,3 milliards qui ont été ainsi détournés de la Sécu et des caisses de retraites. Pour la seule année passée, la Sécu a été spoliée de 30,6 milliards qui peuvent se comparer aux 30 milliards annoncés par Sarkozy lors de la conférence sur le déficit de janvier. Et on peut également trouver sur les comptes officiels de la Sécu, les milliards d’euros que l’État doit à différents titres : taxe sur le tabac, l’alcool, les produits pétroliers… Sans parler de ce qu’il doit en tant qu’État employeur.

Enfin, les 810 000 suppressions d’emplois de 2009, les 1 million de travailleurs qui seront en fin de droits cette année – le patronat peut bien écraser une larme de crocodile -, les millions de travailleurs précaires – l’Éducation Nationale en est de plus en plus friande ( EVS ou AVS payés 30 / 35 du SMIC ), mais ce n’est pas la seule administration qui se sert -, les emplois à temps partiel contraint, les salariés de la restauration dont l’essentiel du salaire est en cash… Tous ceux-la ne cotisent pas, ou à peine. Pour ceux-là, le patronat ne cotise pas ou à peine… Dorénavant, le patronat est exempté de toute cotisation jusqu’à 1,6 du SMIC ! Grandiose…

 

Faut-il continuer à courber l’échine, faut-il continuer à accepter que lorsque le but semble atteint, on annonce au malheureux qui voudrait aspirer à un peu de repos – et donner du travail à ses enfants en laissant la place – que le moment n’est pas encore venu ou que la portion sera plus congrue que prévu ?! faut-il que les jeunes de 2010, comprenant le sort qui les attend, se mettent à capitaliser dans des fonds de pension à l’américaine… au risque de se retrouver gros Jean comme devant, comme les employés d’Enron, lorsque les capitalistes iront voir là-bas si j’y suis ? Et se retrouver, à 70 ans passés, à la plonge dans la cuisine d’un Mac Do pourri…

 

Pas de consensus, pas de compromis, nos retraites ne sont pas négociables… N’y touchez pas !

 

Alors, continuons à revendiquer - repères revendicatifs de l’UGFF CGT et communiqué du 2 février 2010 - :

 

Défense de la répartition, seul système permettant d’assurer l’avenir des retraites. […]

 

  • Maintien du régime spécial des fonctionnaires d’État, qui constitue pour la CGT l’un des piliers fondamentaux du statut et un mécanisme essentiel de la Fonction Publique de carrière. L’UGFF se prononce résolument contre la perspective d’une caisse de retraite des fonctionnaires de l’État, dont le compte d’affectation spéciale mis en place à compter de 2006 est une amorce très avancée. La création d’une telle caisse constituerait une rupture statutaire, serait prétexte à de nouveaux reculs du niveau des pensions, préparerait le recours à la capitalisation, et permettrait à l'État de s’exonérer partiellement de ses responsabilités d’employeur.

  • Le régime spécial des fonctionnaires de l’État doit être assis sur la base d'un taux de remplacement commun à tous les régimes, ouvert à 60 ans, équivalant à 75% du dernier traitement détenu (sous condition de 6 mois d’ancienneté) sur la base d'une carrière complète équivalant à 150 trimestres de durée d'assurance (37,5 annuités), qui doit être rétabli pour tous.

 

L’UGFF revendique notamment :

  • la refonte du Code des Pensions Civiles et Militaires sur la base des revendications exposées ici, ce qui suppose l’abrogation de la loi FILLON de 2003 et de la réforme de Balladur de 1993 et le dépassement des seuls paramètres issus de la loi de 1964.

  • […]

  • la révision des conditions d'ouverture du droit à la CPA (55 ans, 25 ans de services...) qui doivent redevenir plus attractives ;

  • le rétablissement du congé de fin d’activité (CFA) en remplaçant poste pour poste et sous conditions statutaires ;

  • l’abrogation des mécanismes de décote et surcote ;

  • la réforme des règles d’évolution du niveau des pensions, qui doit à nouveau correspondre à celle des actifs, dans la mesure où un mécanisme d'indexation permet l'évolution satisfaisante ; […]

  • le rétablissement de la bonification aux femmes ayant accouché ou adopté et son alignement sur le régime général (2 ans par enfant élevé).

 

No pasaran !

Publié dans Luttes - actualités

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CGT CG 19 29/03/2010 20:34


Remarquable article ! Les Francais doivent le savoir !