Éducation nationale en grève : quel syndicalisme pour gagner ?

Publié le par FSC

 

Déclaration du Front Syndical de Classe

 

Ce 15 décembre 2011, l’Éducation Nationale est en grève à l’appel de la quasi-totalité des syndicats.

 

Projet de décret Chatel, un enjeu de classe 

 

Pour les militants de la FSU qui revendiquent une organisation syndicale s’inscrivant dans la lutte des classes, cette grève doit être le début d’un puissant mouvement unissant les enseignants, les parents d’élèves, les lycéens et les étudiants. Car le décret Chatel, qui prétend remplacer l’inspection pédagogique par une évaluation par le seul chef d’établissement ou l’IDEN, après entretien, n’est pas un épiphénomène : c’est une pièce fondamentale de la destruction du service public en général et de l’Éducation Nationale en particulier, qui s’inscrit dans l’offensive générale contre les salariés et le service public, au même titre que la réforme des collèges, des lycées, de l’enseignement supérieur, au même titre que la réforme du primaire de 2007-2008 et que la casse de la formation des maîtres.

En réalité, il s’agit d’une vaste opération de réadaptation des systèmes d’enseignement à tous les niveaux et dans tous les pays de l’Union Européenne. L’objectif, c’est d’abaisser de manière drastique le prix de la force de travail, d’intensifier la concurrence entre groupes capitalistes pour augmenter les profits. Cela passe aussi par une flexibilité plus grande de la main d’œuvre, un encadrement plus serré, et la généralisation des modes de fonctionnement de l’industrie privée dans le secteur public, de manière à préparer le lycéen, puis l’étudiant, à être directement exploitable par le patronat.

En 2001, le sommet européen de Lisbonne fixait des objectifs concrets à atteindre dans le cadre d’un agenda précis, tandis que le sommet de Bologne, quelque temps auparavant, avait fixé le programme en matière d’enseignement (la fameuse « économie de la connaissance »). C’est face aux retards divers des programmes engagés, que le Capital financier exige l’accélération des réformes prévues. Les oligarques et gouvernants invoquent la dette publique, la crise, pour accélérer la mise en œuvre des décisions. C’est pourquoi dans les pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande, les mesures imposées au peuple consistent dans l’aggravation de leur niveau de vie par la remise en cause drastique de leurs avantages sociaux, tandis que le Capital est gratifié d’exonérations fiscales et de subventions en tout genre ! Les entreprises publiques sont vendues à l’encan, et les services publics sont privatisés dans leur partie rentable, l’équipement restant pour une large part à la charge de l’État ou des collectivités territoriales, tandis que les banques sont largement abondées par l’État. Si la question était réellement un problème de dette, ce n’est pas de cette façon-là que l’on s’y prendrait. Le problème de fond, c’est celui de la crise du capitalisme, crise structurelle qui résulte de la suraccumulation du Capital qui gêne le développement des profits dont se nourrit le capital financier. Pour y faire face, pour que nous payions leurcrise, il leur faut mettre en condition les futurs travailleurs (abaissement des contenus et diminution des heures de cours, mise en place des livrets de compétences et des certifications d’anglais, généralisation des stages et des relations école-entreprises…), mais aussi briser les résistances des enseignants (renforcement du rôle des chefs d’établissement, remise en cause des statuts de la Fonction publique, casse du statut de l’enseignant qui n’enseigne plus des connaissances sur la base d’une formation disciplinaire, mais tend à devenir un éducateur polyvalent ; abandon de toute réelle formation des enseignants, remplacéepar un discours moralisateur sur les devoirs : respect de la hiérarchie, investissement dans la mise en place des réformes, détournant le concept de « loyauté » vers celui de « servilité »…). Le tout dans un contexte de restriction du nombre de postes.

 

Quelle réponse syndicale aux attaques ?

Certains nous disent : « Il faut se situer dans le cadre des politiques en  cours pour tâcher de les infléchir » ; nous disons au contraire : il faut montrer la dangereuse cohérence des choix dominants, ne pas créer des illusions sur ce qui pourrait changer à la marge, alors que les vrais choix sont faits ailleurs.

Moins que jamais l’heure est au « dialogue social ». L’heure est à la lutte, à la construction d’un mouvement qui unisse l’ensemble des travailleurs contre les politiques d’austérité, contre les projets visant à retirer aux peuples toute possibilité de modifier les politiques mises en place (la « règle d’or » de Sarkozy-Merkel), un mouvement qui s’attaque au capitalisme en crise. C’est pourquoi il faut que dans nos organisations syndicales, nous exigions l’organisation de l’action, et non pas de caricatures comme celle du 13 décembre.

 

À la gravité des attaques contre nos droits, nos métiers, il faut répondre par une mobilisation de grande ampleur.

C’est comme cela que la politique de Sarkozy, quel que soit celui qui lui succèdera, pourra être mise en échec. Les directions syndicales ne semblent pas vouloir s’orienter dans cette direction. Il n’est qu’à voir l’absence de réactions concrètes à l’imposition de la journée de carence des fonctionnaires en cas de maladie ! Il faut arrêter de se camoufler derrière l’unité pour ne rien faire : l’unité, la seule, c’est celle qui se construit dans la lutte comme aujourd’hui et contre les adversaires de l’unité, comme l’est la CFDT. En effet, en quittant l’intersyndicale par son appel à suspendre la grève, la direction du SGEN-CFDT s’est à nouveau fait le relai des mauvais coups contre les salariés et contre l’Education Nationale, comme en témoignent ses positions passées sur les retraites, sur les réformes des collèges et des lycées.

 

Pour gagner, il nous faut des syndicats qui s’inscrivent dans la lutte des classes, unitaires parce que visant à unir les travailleurs pour la défense de leurs droits et revendications, indépendants du patronat comme de l’État et de l’Union Européenne, cette machine contre les travailleurs.

 

Le Front Syndical de Classe, 13 décembre 2011

Publié dans Luttes - actualités

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