Interview de Swadesh Dev Roy, responsable du CITU (Center of Indian Trade Union)

Publié le par FSC

16e Congrès de la FSM

Athènes, 6-9 avril 2011

 

 

Le CITU (Center of Indian Trade Union) a adhéré cette année à la FSM. Cet important et très respecté syndicat indien rassemble plus de 5 millions de travailleurs.

interview de son responsable, Swadesh Dev Roy.

 

 

 

Que représente votre organisation en Inde, et quels sont vos objectifs dans le cadre de la Fédération syndicale mondiale ?

 

Le nom de notre organisation est le «Center of Indian Trade Union», plus connu sous l’acronyme CITU. Il compte plus de 5 millions de membres. Le CITU joue un rôle leader dans le mouvement syndical indien.

 

Affiliation en 2010-11

 

 

Vis-à-vis de la Fédération syndicale mondiale, nous participons à ses actions depuis la naissance de notre organisation, mais nous n’étions pas affiliés. Nous étions un syndicat ami, associé. En tant que tels, nous avons assisté à tous les congrès de la FSM, avons participé à tous ses programmes d’action. Aujourd’hui, au cours de ce congrès, nous avons formalisé notre affiliation. Le processus était en cours depuis une année. Nous avons d’abord entamé des discussions, démocratiquement, à l’intérieur de notre organisation, au niveau du secrétariat, du comité exécutif, du conseil central, avant d’envoyer une délégation de trois membres et de notre président rendre visite à la FSM, à Athènes, en octobre dernier. Et donc, nous sommes maintenant affiliés.

 

Les progrès de la FSM

 

La principale raison de notre affiliation tient au fait que, depuis le congrès de La Havane (15e Congrès), la FSM a réalisé d’importants progrès, selon nous. C'est très vrai en ce qui concerne la définition idéologique de la lutte de classes. La FSM est en train d’aiguiser et de renforcer sa campagne idéologique, et c’est la principale raison pour laquelle nous avons adhéré.

 

Le nouveau contexte de crise

 

Autre raison : le contexte économique et politique mondial n’est plus le même qu’avant la crise économique et financière qui est partie des Etats-Unis. Aujourd’hui, à travers cette débâcle, les politiques néolibérales – celles de la mondialisation impérialiste – montrent leur échec. Elles ont complètement montré leur revers. Et nous pensons que le capitalisme ne sera pas en mesure de revenir en arrière, à sa position d’avant la crise. Une nouvelle situation a émergé à travers la crise et l’économie mondiale a changé de centre, passant des Etats-Unis et de l’Europe à l’Asie, et en particulier aux économies émergentes de l’Inde, de la Chine, etc.

 

Le fossé des inégalités

 

Or, à travers le processus de globalisation néolibérale, l’inégalité entre les pays et à l’intérieur des pays s’est accrue à un point fantastique. Les riches sont devenus plus riches, les pauvres sont devenus plus pauvres, les pays les plus riches sont devenus plus riches, et les pays les plus pauvres, encore plus pauvres. Il s’agit d’une totale inégalité des statuts des uns et des autres dans l’économie mondiale, inégalité que l’on retrouve à l’intérieur des pays. Donc, désormais, après la faillite des politiques néolibérales qui ont montré au grand jour que l’on ne pouvait pas continuer ainsi, nous sommes face à une situation pleine de potentialités et de défis.

 

Nous avons également constaté, en quelque sorte à travers la crise, que la classe des capitalistes, en cherchant à faire porter en partie la charge de la crise sur le dos des travailleurs, a lancé une violente attaque contre la classe ouvrière : cela concerne les droits syndicaux, les droits vitaux, le chômage, la sécurité, les privatisations… Cette attaque est bien là. Et donc, il est nécessaire de relancer un mouvement unitaire de la classe ouvrière dans le monde.

 

Mouvement unitaire de classe en Inde et dans le monde

 

Ce constat nous a amené, en Inde, à mettre sur pied un nouveau mouvement syndical uni. Tous les syndicats indiens se sont rassemblés dans une même plateforme syndicale. Celle-ci a cinq dimensions :

    .-   la lutte contre la hausse des prix ;

          .-   la lutte contre le chômage ;

          .-   la lutte pour une sécurité sociale ;

          .-   pour les intérêts des travailleurs dans tous les secteurs ;

          .-   et pour les droits syndicaux.

 

Sur ces cinq points, nous menons d’importants mouvements de classe. C’est ainsi que, le 7 septembre 2010, a eu lieu une grève nationale de grande ampleur, à laquelle ont participé plus de 10 millions de personnes. Le dernier mouvement : le 23 février 2011, nous avons organisé une marche sur le Parlement à New Delhi, qui a rassemblé un million de manifestants. Et de tels mouvements ne s’étaient jamais produits dans l’histoire des syndicats indiens ! Donc, l’urgence de combattre et de lutter pour les travailleurs répond à l’ampleur de l’attaque. Quand l’attaque est sérieuse, on doit réagir et s’organiser pour se battre. Et cela continue.

 

C’est un mouvement mondial, qui a lieu aux Etats-Unis, en France - où ont eu lieu de très grosses manifestations -, à Athènes même, dans de nombreux pays européens. La vague des luttes ouvrières court dans le monde entier.

 

Dans ce contexte de luttes, la FSM assume un leadership idéologique incontestable. Un leadership politique. C’est cela, le succès, la beauté et l’efficacité de la FSM. Cela fait partie des raisons pour lesquelles notre organisation s’est affiliée. Et ce 16e Congrès conforte notre choix : son organisation, son succès, sa méticuleuse préparation, les quelque 5000 jeunes, hommes et femmes, qui participent à l’organisation, tout ceci est comme un jardin de fleurs… de différentes sortes de fleurs. Nous pensons donc que nous avons fait le bon choix, et je suis certain qu’après le 16e Congrès la FSM va apparaître comme une force vive d’organisation de la classe ouvrière. Et notre organisation va assurément continuer à participer et à contribuer à donner une nouvelle vitalité, une nouvelle force, un zèle et un enthousiasme neufs au mouvement. Et ceci d’autant plus que nous sommes désormais affiliés.

 

Pouvez-vous compter, comme ici en Grèce, sur un large mouvement de jeunes ?

 

Il faut que les jeunes, hommes et femmes, soient attirés vers le mouvement syndical. C’est une nécessité. Tout comme il faut octroyer leur place aux femmes, jusqu’au niveau de direction. Les femmes représentent 50% de la population active. Notre slogan est : «Travailleurs du monde, unissez-vous !», et nous ne pouvons pas les laisser à part. Il est nécessaire d’attirer les femmes au sein du mouvement et au niveau de sa direction. Et pour ne pas devenir obsolète, il est tout autant nécessaire d’attirer les jeunes au centre de notre mouvement. C’est d’ailleurs là notre principale décision au cours de ce congrès. Nous l’avons votée dans les statuts.

 

Quelle est la situation pour les agriculteurs indiens, depuis la vague de suicides que la presse a relayée, ces dernières années ?

 

70 % de l’économie et de la population de l’Inde sont constitués par le secteur agricole. Mais les politiques néolibérales ont très violemment négligé l’agriculture, et la classe capitaliste a envahi le secteur. Ces deux raisons – ce manque d’attention et cette invasion capitaliste – ont placé les agriculteurs dans des conditions très sérieuses de famine. Au point que des milliers de paysans pauvres se sont suicidés, et se suicident, à cause de la famine. Il s’agit d’un énorme défi pour nous, et c’est aussi un signal d’alarme pour la classe dirigeante. A savoir que si elle continue de négliger  de cette manière 70 % de la population, elle prendra une leçon et prendra des coups. Nous appelons ainsi le gouvernement à changer de politique, ou bien c’est le peuple qui le fera.

 

 

Est-ce que la situation a changé en mieux depuis la vague de suicides ?

 

Il n’y pas eu de changement dans la politique du gouvernement, mais par contre, il y a un changement sensible dans l’organisation du peuple, dans les luttes.

 

Une dernière question, que pensez-vous de cette fondation, menée par une femme [Vandana Shiva], qui défend le droit aux semences libres ?

 

Il est important de comprendre que les femmes travailleuses et les femmes en général n’ont pas intérêt à s’organiser au seul nom des femmes. Elles doivent faire partie du mouvement syndical de classe. Si l’on croit à la lutte des classes, si l’on croit à l’orientation de classe, alors les femmes ne forment pas une classe économique à part. Elles sont maltraitées à l’intérieur de la classe ouvrière, c’est pourquoi il faut les amener au centre du mouvement, au centre de la classe ouvrière, et c’est ainsi que nous pourrons les défendre. Au CITU, nous avons un département spécial pour les femmes travailleuses, il y a un secrétariat séparé pour elles, à l’intérieur du mouvement principal. Nous participons à l’organisation des femmes.

 

Entretien du FSC avec Swadesh Dev Roy, responsable du CITU.

Les inter-titres sont de la rédaction

http://www.citucentre.org/

 

 

 

Publié dans International

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