La centrale syndicale chilienne avec une direction de classe

Publié le par FSC

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Image: Barbara Figueroa, nouvelle présidente de la CUT

Il y eut la magnifique, la rouge Gladys Marin symbole de la lutte contre Pinochet, il y a Camille Vallejo, la dirigeante du mouvement étudiant et maintenant Barbara Figueroa… Vous remarquerez qu’au Chili lutte et femmes se confondent, il faut dire que ces femmes là n’ont rien des mollassonnes réformistes que l’on voit sous d’autres cieux…

Depuis plus d’un an, le Chili connaît des mouvements de lutte inédits depuis la chute de la dictature. Manifestations    étudiantes et enseignantes, occupations de lycées, grèves de mineurs : la lutte a touché tous les secteurs et s’est assuré la solidarité de l’immense majorité d’un peuple exaspéré par les    réformes libérales du gouvernement de droite.

Pourtant, hormis dans certaines branches plus combatives, la direction de la CUT (Centrale unitaire des travailleurs) est    apparue comme avançant à reculons dans ce mouvement, privilégiant la voie du « dialogue social » à celle de la grève générale, suscitant la défiance des bases    militantes.

Ce 23 août, les 750 000 syndiqués de la CUT étaient appelés à ré-élire leurs instances dirigeantes, à travers l’élection    indirecte de 60 conseillers nationaux.

Les communistes à la tête de la CUT, une première depuis 40 ans

Quatre listes étaient présentées au vote : la liste A (« Alternative unitaire ») menée par le syndicaliste du    pétrole, démocrate-chrétien, Nolberto Diaz, la liste C (« Les travailleurs au pouvoir») conduite par les gauchistes du MIR et surtout les deux listes principales :

  • la liste D (« Autonomie syndicale ») de la direction sortante        réformiste, menée par le socialiste Arturo Martinez, à la tête de la centrale depuis douze ans, prônant un syndicalisme de co-gestion ;

  • la liste B (« Unité et lutte ») conduite par les dirigeants        syndicaux communistes, Barbara Figueroa, du syndicat des enseignants, et Cristian Cuevas, secrétaire du syndicat des mineurs de cuivre (CTC) ;

Les résultats définitifs tombés le 27 août confirment la victoire étroite de la liste soutenue par le Parti    communiste avec 320 000 voix (44%) et 27 délégués, devant la liste de la direction sortante avec 300 000 voix (42%) et 25 délégués. La liste A, démocrate-chrétienne, obtient 98 000 voix    (13%) et la liste C, gauchiste, 6 000 (1%).

La victoire est historique. Cela faisait quarante ans que les communistes n’étaient plus à la tête de la Centrale    unitaire des travailleurs (CUT), la confédération syndicale historiquement dominante au sein de la classe ouvrière chilienne.

Tensions au sein du Parti communiste : soutien à la direction réformiste du syndicat    ou liste d’opposition sur des bases de classe ?

Et pourtant, la mise sur pied de cette liste « communiste » a été tout sauf un long fleuve tranquille. Elle a révélé    de profondes tensions non seulement au sein du syndicat mais aussi dans le Parti communiste.

D’une part, les débats préalables à la constitution de la liste ont confirmé l’existence d’un puissant courant    réformiste dans les rangs communistes.

Au cours des dernières années, aussi au nom des alliances politiques « de gauche » avec le PS, les dirigeants    du Parti communiste se sont souvent accommodés de la direction syndicale réformiste de Arturo Martinez. Ils n’ont tout du moins pas manifesté une ligne cohérente vis-à-vis du mouvement    syndical.

Des syndicalistes affiliés au Parti communiste ont par ailleurs accédé aux plus hautes sphères du syndicat : Jaime Gajardo,    président du Syndicat des professeurs, était devenu secrétaire-général de la CUT tandis que Guillermo Salinas s’installait comme sous-secrétaire de la CUT, et devenait le bras droit officieux du    président Martinez.

D’autre part, les mouvements de lutte dans les secteurs des mines et de l’éducation ont mis sur le premier plan des    figures d’un syndicalisme plus combatif. On pense à Camila Vallejo, jeune communiste et secrétaire du syndicat des étudiants de l’Université du Chili (FECH), mais aussi Cristian Cuevas,    secrétaire de la Centrale des travailleurs du cuivre (CTC).

Cristian Cuevas, militant du Parti communiste, n’a pas hésité dans les dernières semaines à exprimer son opposition    frontale à la ligne réformiste, de concertation, et à la gestion du syndicat quasi mafieuse d’Arturo Martinez, appelant les dirigeants communistes à s’en dissocier.

Après des tensions vives entre dirigeants syndicaux « communistes », partagés entre ceux intégrés à la direction    réformiste et contestataires de la ligne de la direction, c’est une liste de compromis qui a été établie par le Parti communiste :

Cristian Cuevas nommé numéro 2 de la liste et Barbara Figueroa, secrétaire-générale du syndicat enseignant, figure de la lutte    de l’an dernier pour l’éducation publique, était désignée tête de liste.

Parmi les membres actuels de la direction de la CUT, si Jaime Gajardo se ralliait – après une période de tensions assez vives    avec Cuevas – à la liste communiste, Guilllermo Salinas décidait lui de soutenir jusqu’au bout la liste de la direction syndicale réformiste.

A la suite de la victoire, la nouvelle présidente de la CUT, Barbara Figueroa, a tenu à affirmer la victoire, non pas    d’un « courant » politique mais bien d’une conception de la lutte syndicale et politique alternative, plus combative :

« On a perdu en crédibilité et en confiance, car pendant des années on a soutenu une ligne de concertation, de petits    accords, avec la logique du ‘on fait ce qu’on peut’. Cela manquait cruellement de combativité. Cette façon de faire du syndicalisme, c’est terminé. C’est une nouvelle étape qui s’ouvre, plus    combative, où non seulement on va aller au combat, mais où surtout nous devrons être capables de gagner des avancées ».

Au Chili, comme en Uruguay en octobre 2011, les communistes – avec des contradictions    et des tensions internes – sont parvenus à mettre en échec les directions réformistes des centrales syndicales unitaires.

Au moment où la lutte des étudiants et des enseignants est relancée, où le mouvement des mineurs pour la défense de    leurs conditions de vie et la re-nationalisation du cuivre est toujours d’actualité, la victoire historique du courant de classe dans la CUT ouvre aux travailleurs chiliens de meilleures    perspectives pour mettre en échec les projets gouvernementaux et ouvrir, par la lutte, une alternative au système hérité de Pinochet.

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