Les provocations commencent : Un lycéen blessé par un tir de flashball à Montreuil

Publié le par FSC

Rue 89

Un lycéen de 16 ans a été blessé à la joue par un tir de flashball d'un policier. Les affrontements se sont déroulés près du lycée Jean-Jaurès à Montreuil (93), lors d'une manifestation contre la réforme des retraites. L'adolescent a été évacué à l'hôpital André-Grégoire de Montreuil.

Selon la préfecture, le lycéen a été « légèrement blessé au visage par un tir de flashball intervenu suite aux jets de projectile contre les forces de l'ordre ».

L'Inspection générale des services (IGS) a été saisie par le préfet de police, à la demande de Christian Lambert, préfet de Seine-Saint-Denis.

Sur la vidéo des affrontements du lycée Jean-Jaurès ci-dessous (non filmée par Rue89), un jeune semble avoir été blessé. On se sait pas s'il s'agit du lycéen de 16 ans hospitalisé. (Voir la vidéo)


Devant le lycée Jean-Jaurès, un lycéen choqué raconte :

« Vers 8h20 ce matin, il y a eu un blocus devant le lycée. Les CRS sont arrivés, on ne sait pas qui les a appelés. C'était calme mais eux, ils avaient des flashball.

Au départ, ils nous observaient puis quelqu'un a commencé à enlever les poubelles et CRS lui a tiré dans la tête. Il est tombé par terre, des amis sont allés l'aider et un CRS leur a demandé de partir. Mais mes camarades ne voulaient pas partir alors les CRS ont tiré partout.

Moi, je me suis caché derrière une voiture. Il y avait des fumigènes, les gens couraient, ça partait vraiment dans tous les sens. » (Témoignage recueilli par Zineb Dryef)

A 12h30, Dominique Voynet, maire de Montreuil, a diffusé un communiqué de presse condamnant les violences policières contre les lycéens :

« Il y a un peu plus d'un an, un jeune homme de Montreuil perdait un œil à la suite d'un tir de flashball lors de la dispersion par la police d'une manifestation.

Ce matin, et comme hier à Meaux, il apparaît que le même usage immodéré de la force ait été utilisé contre des lycéens manifestant contre la réforme des retraites.

[Dominique Voynet] condamne avec une extrême fermeté cette provocation dont on peut penser qu'elle vise à provoquer des incidents et à transformer le nécessaire débat démocratique en spirales de violences et d'affrontements. »

Zineb Dryef, journaliste de Rue89 sur place, a interrogé plusieurs lycéens et un professeur, qui affirment que les tirs de flashball ont eu lieu à l'extérieur du lycée.

Véronique Bourdais, adjointe à la sécurité de la ville, évoque sept tirs de flashball en début de matinée. Un chiffre non confirmé par les autorités.

10h56, nous recevions ce premier e-mail d'un riverain :

« Ma fille lycéenne à Jean-Jaurès à Montreuil m'informe que la police et les CRS sont intervenus ce matin à l'intérieur du lycée et ont tiré au flashball sur les élèves, et aussi lâché les chiens [personne d'autre n'a fait allusion à des chiens ou à la présence de la police dans l'établissement, ndlr] . Situation de terreur sur des enfants. Manifestation prévue cette après-midi.

La mairie est informée. »

A 11h30, deuxième message :

« Le lycée Jean-Jaurès à Montreuil a été bloqué par les élèves, en lutte pour les retraites, avec un renfort du collège Condorcet. Les policiers ont pénétré dans l'établissement en force avec matraque et flashball pour disperser les manifestants. Ils ont tiré au flashball au sein de l'établissement et blessé plusieurs élèves, dont un a été hospitalisé et d'autres mis en garde à vue.

Il y a une volonté politique de briser l'énergie et l'envie de manifester des jeunes en utilisant la violence au sein des établissements scolaires. Ils ne font qu'engendrer de la haine des jeunes vis-à-vis de la police et du pouvoir. »

Laura Pfohl, lycéenne en terminale L au lycée Jean-Jaurès de Montreuil :

« Ce matin, on avait décidé de ne pas bloquer. Mais ceux de Condorcet avaient décidé de bloquer, et ils sont venus à Jean-Jaurès. Tout se passait dans le calme. Des policiers étaient en train d'expulser un squat de chômeurs en bas du lycée, et quand ils nous ont vus, ils ont commencé à nous encercler. Ils étaient une vingtaine peut-être.

Très vite des camions de CRS sont arrivés. Nous, on a appelé la mairie et le commissariat pour demander pourquoi ils employaient tous ces moyens, on nous a dit : “C'est la préfecture.”

Alors là, les plus jeunes élèves ont commencé à paniquer, il y avait des collégiens sans doute, on a voulu les faire sortir. Les CRS se sont mis à lancer des bombes lacrymogènes et c'est pour ça que des lycéens ont commencé à protester et à s'énerver.

Il y a même une bombe lacrymo qui est tombée dans la cour de l'école primaire Diderot, heureusement, les enfants n'étaient pas dans la cour, mais ça a choquée. Ils ont frappé des élèves, mon amie Dounia qui essayait de sortir de la foule ils l'ont attrapée par la capuche et donné des coups de matraque dans le dos, elle a des bleus. Un copain, qui est vraiment un mec sérieux, a été menotté et conduit au poste, il est sorti à 13 heures. »

« A partir du moment où des lycéens bloquent des établissements, nous ne pouvons plus répondre de leur sécurité, car certains blocages risquent de dégénérer en début d'émeutes urbaines », a déclaré à l'AFP l'inspecteur d'académie, Daniel Auverlot. Il a précisé qu'une douzaine de lycées étaient bloqués dans le département.

M. Auverlot a demandé aux chefs d'établissements de prévenir les familles des lycéens :

« Des éléments incontrôlables, qui n'appartiennent d'ailleurs souvent pas à l'établissement, profitent des blocages pour jeter des projectiles et commettre des dégradations. Et c'est regrettable. »

Des heurts ont également eu lieu devant le lycée Paul-Eluard à Saint-Denis.

Dans le Val-de-Marne, une quinzaine de personnes ont été interpellées pour des jets de pierre ou des dégradations ce jeudi matin en marge des manifestations lycéennes, a annoncé la préfecture du Val-de-Marne.

Selon le ministère de l'Education nationale, 342 lycées étaient « perturbés à des degrés divers » ce jeudi matin en France, soit 7,9% des 4 302 lycées du pays. Le syndicat UNL compte de son côté 500 établissements « mobilisés », dont la moitié sont « bloqués » en signe de protestation contre la réforme des retraites.

Publié dans Luttes - actualités

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