Une contribution pour le congrès FSU : Pour la réussite de tous les élèves Les changements nécessaires pour une véritable école de la réussite

Publié le par FSC

Denis Lemercier, FSU


La réussite scolaire et éventuellement universitaire (l'objectif serait que tous les jeunes puissent réaliser des études universitaires) nécessitent des décisions politiques, économiques, idéologiques (au sens où il existe aussi des idéologies scientifiques), éducatives qui sont à l'opposé, pour l'essentiel, de bien des décisions prises actuellement.

            Si l'on veut que la France, que l'appareil d'État français, que le peuple français soient en mesure de prendre ces décisions, il est nécessaire que ceux-ci retrouvent leur souveraineté, que le peuple français ait réellement le droit de disposer de lui-même (comme l’ONU l’affirme pour tous les peuples). Il s'agit donc de rompre avec l'Union européenne qui est un conglomérat de forces capitalistes et impérialistes dont l'appareil d'État, absolument antidémocratique impose aux peuples des contraintes législatives, réglementaires, monétaires... pour atteindre son objectif de rentabilité capitaliste maximum. Ainsi la législation française, à 80-90 % est d'origine « européenne ». Le fait que la France n'ait plus de maîtrise monétaire bride largement sa liberté politique. Plus spécialement, des accords « européens » sont pris par les gouvernements sans consultation des peuples concernant les questions éducatives et de recherche : par exemple la formation tout au long de la vie comme ils disent, ou les accords de Lisbonne en 2002 signés pour le côté français par Chirac et Jospin mettant les universités et la recherche au service des entreprises. C'est le texte même de cet accord. L'union européenne dispose d'un appareil d'État de plus en plus autoritaire et apparaît de plus en plus fascisante.

            Nous venons d'aborder la première question politique d'importance, qui exige des luttes de masses importantes mais nous ne partons pas de rien : le refus de Maastricht a presque été majoritaire, le NON à la constitution par contre, lui, l’a été. La campagne des présidentielles a été un véritable recul de ce point de vue puisque les questions « européennes » ont été, en pratique, absentes du premier tour et bien évidemment du deuxième tour.

            Remarque : qu'on ne m’accuse pas de repli sur soi, de nationalisme, ou autres fadaises. Tout est question de place et de rôle dans la lutte des classes au niveau international. Il vaut mieux envisager des rapports étroits avec le Mouvement des pays non-alignés et la majorité d'entre eux pour lutter contre les impérialismes étatsunien, « européen »,  japonais que s’aligner sur ceux-ci. D'autant plus que bien des pays sous-développés peuvent aussi nous en apprendre sur le plan éducatif : je pense particulièrement à Cuba et sa méthode d'alphabétisation, sa solidarité internationaliste de ce point de vue et la formation médicale qui ne se limite pas à former des médecins pour Cuba. Je pense aussi à la Palestine et à sa volonté de développer les savoirs et particulièrement de maintenir le fonctionnement universitaire : beaux exemples de résistance à l'Empire terroriste, qui pille, massacre, torture... Et qu'on laisse faire en France...

 

            Deuxième question politique d'importance, mais aussi question économique. Si l'on veut des moyens pour assurer une véritable école de la réussite il faut réindustrialiser la France. C'est une condition aussi à la réussite scolaire et universitaire puisque celle-ci prendra sens pour les jeunes dans le système éducatif : le développement de l'emploi, le développement du pays créera les conditions du développement des motivations de ces jeunes.

En même temps, il s'agit de construire un aménagement du territoire qui corresponde aux besoins du peuple et non pas aux capitalistes « européens » qui ont décidé de désertifier une partie de la France et de construire des euro-régions brisant l'unité nationale et la réalisation, la satisfaction des besoins populaires.

 

Pour que tous les élèves réussissent, il faut qu'ils vivent dans des conditions sociales qui le leur permettent. C'est-à-dire tout d'abord qu’il faut que leurs parents aient des conditions de vie qui permettent aux enfants de vivre dignement et sans avoir à se préoccuper du lendemain. La réindustrialisation et l'aménagement du territoire doit permettre de faire disparaître le chômage (Notre pays compte actuellement 6 millions de chômeurs... 20 % des jeunes sont au chômage, ils sont 40 % chez les jeunes non diplômés).

            Il faut également que les salaires soient suffisants pour que les familles vivent suffisamment confortablement pour que les enfants réussissent à l'école. En 1995, 40 % des salariés gagnaient seulement de 1 à  1,6 SMIC, et ils se sont aujourd'hui 60 %. 17 % des salariés sont au SMIC. Très de 7 millions de Français vivent avec moins de 800 € mensuels, c'est 22 % de la population française soit près du quart, qui ont des conditions de vie difficile, connaissent les privations, sont touchés par la pauvreté. Le SMIC doit être de 1500 € nets dès maintenant Les salaires doivent rattraper les retards accumulés.

            Il y a 9 millions de mal-logés, 100 000 SDF dans notre pays.

            Mais les moyens existent pour transformer les conditions de vie des salariés, du peuple. En 10 ans, les profits capitalistes ont progressé de 74 %, la hausse des prix (officielle) a été de 30 % mais celle des salaires de seulement 8 %. On voit donc ici que les salaires ont pris 22 % de retard en 10 ans. Les entreprises industrielles à elles seules (en dehors des banques et des assurances) ont disposeés en 2005 de 567 milliards d'euros. C'est une somme supérieure au budget de l'État et des collectivités territoriales confondus (360 milliards pour l'État plus 181 pour les collectivités territoriales) Dans la poche des actionnaires.

 

            La réussite de tous n'est pas conditionnée par la prise en considération des capacités, des désirs, et des besoins de chacun. (Ce serait supposer que ces capacités, ces désirs, ces besoins sont essentiellement innés). À l’inverse, la réussite de tous suppose que l'éducation crée des capacités, les désirs, des besoins chez chaque personnalité. Marx a bien mis en évidence cette question du développement des besoins chez l'être humain au cours de son Histoire. Il s'agit de prolonger cette démarche en développant au niveau personnel des besoins dont les objets seront les motifs d'activité de l'élève. Éduquer en quelque sorte, c'est développer les besoins de savoir, les besoins d'assumption de sa vie personnelle dans le cadre des rapports sociaux. D'une manière rétroactive mais seconde on pourra s'appuyer sur les capacités ainsi développées pour développer à nouveau de nouveaux besoins cognitifs et sociaux.

 

            Une condition à cette réussite de tous est l'école unique. Mais non pas l'école unique à la sauce Haby. Une école unique qui postule, comme je l'ai indiqué, l'unité fondamentale de toutes les dimensions de la culture (littéraire, scientifique, technique, artistique, etc.), unité fondamentale qui est à la source de l'unité de l'humanité. Le collège Haby c'est l'école de l'individualisme de masse. Avec le collège Haby a disparu l'intégration des savoirs humains dans l'unité de la culture. Au but traditionnel de faire entrer par l'école l'enfant dans l’humanité s'est substitué l'objectif de l'insérer dans la société telle qu'elle est, c'est-à-dire de l'insérer dans la société capitaliste. En est résulté deux conséquences : tout d'abord l'instrumentalisation des savoirs qui se traduit notamment non plus par des références au «savoir» ou à la « culture » mais par la référence aux « compétences ». Ensuite, une différenciation pédagogique outrancière qui néglige la dialectique du développement personnel et du développement social.

 

            Concernant l'enseignement supérieur et la recherche, la réalité que nous vivons aujourd'hui est le produit principalement du contenu du traité de Maastricht. Elle a été formalisée par le sommet de Lisbonne consacrée à la recherche et l'université où, d'un commun accord, Jospin et Chirac ont porté cette politique sur les fonts baptismaux : il s'agit d'imposer l'autonomie des universités et de mettre au service des entreprises Recherche et Universités. Rappelons que Mme Parisot, qui s'y connaît, a défini dans son ouvrage l'entreprise comme une association qui a pour but le profit. Il s’agit de lutter radicalement contre cette orientation quelle qu'aient pu être les signataires des accords de Lisbonne en mars 2002 en plein gouvernement de la gauche plurielle. La LOLF, qu’il faut abroger et sur laquelle je reviendrai dans la troisième intervention est en cohérence parfaite avec cette autonomie les objectifs que Lisbonne assigne à la recherche et à l'université. Pour les enseignements, il s'agit d'annuler la réforme LMD mise en place par Lang qui a supprimé tout programme d'études et tout horaire, mettant ainsi en cause la possibilité pour les futurs travailleurs sortant de l'université d'avoir des qualifications reconnues dans les conventions collectives. La réforme de l'université ne peut se faire que dans le même esprit que celui que j'ai indiqué d'une manière générale pour tout le système éducatif.

 

            Quant à la Formation tout au long de la vie, c'est une nouvelle invention de l'Europe capitaliste pour encore mieux exploiter les travailleurs : les faire se former par eux-mêmes sur leurs propres deniers. L'éducation, la formation permanentes doivent être prises en charge par l'État, payées par les entreprises, pour développer  sans limites  la personnalité de chacun des travailleurs : ce qui est l'objectif de toute éducation.

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