Chine : ne pas confondre solidarité de classe et ingérence de type colonial !

Publié le par FSC

La solidarité entre les travailleurs et la lutte contre la répression quels que soient les pays concernés est une nécessité.

Mais pour s'exercer pleinement, sans se laisser pièger par les sirènes mensongères des" droits de l'homme" version occidentale, elle doit le faire en toute indépendance des oligarchies et des grandes puissances impérialistes coutumières de l'instrumentalisation d'ONG sous leur contrôle, vecteurs privilégiés des entreprises de déstabilisation.

De ce point de vue le récent communiqué de la CGT relatif à la situation en Chine ne nous paraît pas offrir les garanties de cette indépendance.

Ses appartenances internationales à la CES et à la Confédération Syndicale Internationale conduisent trop souvent la direction confédérale de la CGT à emboîter le pas à des campagnes qui visent en fait à la déstabilisation de pays et de régimes qui déplaisent à l'empire.

Et l'on remarquera que la CES et la CSI sont totalement muettes sur la répression qui s'abat sur les militants dans notre beau pays de France car dans ces cas bien sûr il ne faut pas déplaire à l'Union européenne et à l'OTAN!

 

Au moment où va se tenir à Durban (Afrique du Sud) le 17e congrès de la Fédération Syndicale Mondiale la CGT confédérale ferait mieux de reprendre langue avec cette organisation que de persister dans des appartenances en définitive compromettantes.

Pour cet ensemble de raisons nous partageons l'analyse de Jean-Pierre Page.

Ci-après le communiqué de la CGT et la réponse de Jean-Pierre Page.

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La CGT condamne le lourd verdict contre les militants ouvriers chinois

 

Arrêtés le 3 décembre 2015 et emprisonnés depuis le 5 décembre 2015, Zeng Feiyang, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing, militants ouvriers actifs d’ONG du travail dans la Province du Guangdong, dans le sud de la Chine, ont été condamnés lourdement, le 26 septembre 2016, dans le cadre d’un procès éclair.

Zeng Feiyang, directeur d’un Centre d’aide ouvrier, est condamné à 3 ans avec sursis et 4 de mise à l’épreuve, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing à 18 mois avec sursis et 2 ans de mise à l’épreuve – une mise à l’épreuve qui limitera largement leurs activités professionnelles.

Fin 2015, ils avaient été interpellés avec une quinzaine d’autres militants et dirigeants d’ONG du travail qui ont depuis lors été libérés avec ou sans condamnation. Pendant des mois, ils ont été privés de tout contact avec leur famille et leurs avocats. Meng Han, également militant dans une ONG du travail, arrêté le même jour, attend toujours son procès.

Zeng Feiyang, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing ont été condamnés pour « trouble à l’ordre social » c’est-à-dire pour avoir soutenu et aidé les ouvriers chinois à faire entendre leur voix et à défendre leurs droits.

La CGT rappelle que la Chine n’a toujours pas ratifié les conventions 87 et 98 de l’OIT.

La CGT est très préoccupée par ces condamnations dans un contexte de criminalisation de l’action syndicale dans de nombreux pays du monde. Elle renouvelle sa solidarité aux ONG du travail et aux travailleurs chinois.

Montreuil, le 28 septembre 2016

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réponse de Jean-Pierre Page

 

Je viens de prendre connaissance de la déclaration du 28 septembre 2016  de la CGT au sujet de condamnations de « militants » d’ONG en Chine. Sur ce sujet elle est fidèle aux prises de position précédentes de la CGT ! Tout particulièrement en solidarité avec les manifestations “pro démocratie” et autre “Mouvement des parapluies “à Hong Kong en 2014, animés par des ONG grassement payés par les USA en particulier à travers le NED c’est à dire le “National Endowment for Democracy” institution créé par Ronald Reagan en 1983 “pour servir de substitut” à la CIA.

Fidèle aux théories de Gene Sharp, le NED est un instrument au service de  la stratégie américaine  des “révolutions de couleurs” dont un des plus récent avatar a été le coup d’état en Ukraine qui a installé au pouvoir l’ultra libéralisme des « Chicago boys » avec le soutien de néo Nazis sous la houlette de l’ambassade des USA.

Il n’y a aucune raison valable à cette prise de  position sauf le suivisme du département international de la CGT vis à vis de la CES et de la CSI, ces deux organisations hystériquement anti communiste et anti chinoise, qui dans cette affaire bénéficie du soutien du Prince Zeid Ra’ad Al Hussein nouveau haut Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU poste qu’il occupe avec la bénédiction de Washington. Une nouvelle fois c’est là une question d’indépendance qui se pose. La CGT ne serait elle plus capable de s’exprimer par elle même sur l’Europe ou l’International, à partir de l’expérience qui est la sienne?

Si l’on s’en tient à cette nouvelle déclaration on ne saura rien d’autre que les noms qui sont cités. On ne sait rien de l’organisation, « le Centre d’aide ouvrier » à laquelle ces « militants ouvriers » appartiennent. On apprend qu’ils ont été condamnés à des peines avec « sursis » et de « mises à l’épreuve », « lourdes peines » dit la déclaration, les militants de Goodyear et d’Air France apprécieront.

On sait également que l’organisation concernée n’est pas un syndicat mais une ONG dont on ignore ce qu’elle représente. Le mouvement syndical chinois qui n’a pas d’affiliation internationale représente quant à lui plus de 100 millions d’adhérents. On peut donc difficilement contesté cette réalité à moins de vouloir prétendre mais au nom de qui et de quoi que le syndicalisme en Chine serait non représentatif. Dans ce cas il faut le dire !

Puisqu’il s’agit d’une ONG il est intéressant de se reporter au bilan des aides financières que celles-ci reçoivent en toute Independence de la part des institutions américaines. Ainsi par exemple vis a vis de ces ONG chinoises à vocation sociale et syndicale, le NED a versé officiellement plus de 3,5 millions de dollars pour l’exercice 2015. Le but recherché étant la promotion de l’économie de marché, les valeurs de la démocratie version US, par la formation politique et idéologique pour accompagner la stratégie des Etats Unis à travers le monde.

Pour connaitre la liste des heureux bénéficiaires de la générosité de l’oncle Sam il suffit de se reporter au site du NED pour découvrir l’ampleur des financements de projets qui mettent directement en cause la souveraineté de la Chine, son indépendance et le libre choix de ses citoyens comme de ses travailleurs. Comme on peut l’imaginer il s’agit là de la partie immergé de l’iceberg, celle officiellement reconnu par les Etats Unis. Je n’évoquerai pas ici le rôle d’organisations comme « US Aid » et autres officines courroies de transmission des nombreuse agences de renseignements nord américaines.

Le NED est financé directement par l’administration US et d’importantes sociétés transnationales comme Goldman and Sachs, Boeing, Google, Chevron, Coca Cola, Microsoft, Levi Strauss, etc, A travers le « Département d’Etat »  ses fonds sont gérés par les deux partis républicain et démocrate, et le syndicat AFL CIO à travers sa fondation l’ACILS, pilier de la CSI. On compte dans le conseil d’administration du NED plusieurs représentants des courants ultra conservateurs américains comme l’ancienne secrétaire d’état de Georges Bush : Condolezza Rice ou Franck Carlucci ancien patron de la CIA.

Henry Kissinger, Paul Wolfowitz, Zbignew Brzezinski qui ont joué un rôle déterminant dans la déstabilisation de nombreux états, dans les changements de régime, dans les ingérences à travers le monde ont appartenu au conseil d’administration du NED. Cette institution constitue une des armes privilégiées pour la mise en oeuvre du fameux R2P le fameux concept de « responsabilité à protéger » qui dorénavant inspire toutes les ingérences de l’impérialisme. Comme on peut le voir au Venezuela ou ailleurs.

Voila en quelle compagnie se retrouve la CSI et la CES, ce qui en soit n’est pas une découverte quand l’on sait que cette dernière est financée a hauteur de 75% de son budget par les institutions de l’Union Européenne. On attend encore de la part de ces deux organisations si prompt a soutenir des « militants ouvriers » en Chine, un quelconque soutien concret aux militants de la CGT qui sont les victimes de la répression. Sans parler de ceux visés par la multiplication d’actions en justice et des menaces de peines de prison ferme sous la pression du gouvernement et du patronat.

Qu’il se pose des problèmes sociaux en Chine, ce pays- continent de plus 1,4 milliard d’habitants, comment pourrait il en être autrement?

Le problème c’est que la CGT devrait en débattre avec les intéressés c’est à dire les syndicats chinois, mais dans ce cas comme dans d’autres elle  ne le fera pas parce qu’elle préfère s’en tenir à ce que la CSI ou la CES lui recommande de faire.

Plutôt que d’avoir maintenu avec les syndicats de Chine des programmes de coopération et de travail comme cela était le cas jusqu’a la fin des années 90. Le département international de la CGT a fait le choix de renoncer à cette relation pourtant si riche qui permettrait aujourd’hui de disposer d’informations pertinentes sur la situation concrète du syndicalisme et du monde du travail dans un pays qui joue aujourd’hui un rôle  si déterminant.  

Enfin, il faut souligner que cette  déclaration de la CGT sur la Chine est en contradiction avec l’histoire prestigieuse des relations que celle-ci entretenait depuis presqu’un siècle avec le mouvement ouvrier chinois. Faut il rappeler que Chou En Lai, et Deng Xiaoping furent des militants de la CGT à Renault- Billancourt, avant de devenir les dirigeants historiques de la Chine moderne.  Deng Xiaoping fut d’ailleurs licencié pour fait de grève de l’entreprise Hutchinson de Montargis en 1923.

Les raisons de ces renoncements en sont simples: d’une part les obligations strictes qui découlent des affiliations internationales à la CES ou à la CSI ne permettent pas la libre expression, pas plus celle de la CGT que d’autres organisations. Ce « copier coller » en est la démonstration.

Comme l’a montré le 51e congres confédéral cette situation pénalise grandement l’action indépendante de la CGT et est de plus en plus contesté dans ses rangs. D’autre part, nous avons affaire dans ce cas à une incontestable ignorance des réalités du syndicalisme international et des défis auxquels celui ci est confronté.  La CGT devrait très vite trouver les moyens d’en tirer les conséquences.

Cela souligne une fois encore, l’échec que représente  l’abandon de la bataille en faveur d’un renouveau du syndicalisme international et de relations bilatérales non discriminatoires.  Au nom d’un prétendue « syndicalisme rassemblé » au plan européen et mondial, la CGT à pris le risque de s’installer dans un positionnement qui ne peut nuire qu’a sa crédibilité, son identité, son indépendance, son histoire.

Jean-Pierre Page
Ancien membre de la Commission exécutive confédérale et ancien responsable du département international de la CGT

 

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DD 01/10/2016 18:41

Excellente mise au point. Je suis retraité CGT.