Contribution du FSC pour le congrès SNES-FSU

Publié le par FSC

Pour l’avenir du mouvement syndical enseignant,

pour redonner des perspectives au monde du travail !

Le congrès du SNES à Marseille va se tenir dans une situation marquée par la poursuite d’une politique entièrement consacrée aux intérêts du grand capital dans toute l’UE qui planifie ses plans d’ajustement structurel que le gouvernement applique servilement, dans la lignée des gouvernements précédents. On constate parallèlement la montée en puissance des idées réactionnaires, avec une grave radicalisation politique, qui dépasse la simple question du Front National et de l’« extrême-droite ».

Dans ces conditions, les textes de congrès soulèvent de graves problèmes.

Premier problème : la caractérisation de la « crise ».

Une « crise » est évoquée, au fil des textes préparatoires, comme un phénomène « subjectif » résultant de choix politiques erronés. Sont ainsi évacuées les analyses que le mouvement syndical a longtemps portées, et qui, pour paraphraser Jaurès, rappellent que le capitalisme porte en lui la crise comme la nuée l’orage.

La question de la crise, de ses racines et de ses conséquences, est une question essentielle pour le mouvement syndical : d’une part, elle resitue les enjeux dans la lutte des classes, et d’autre part, elle détermine les alternatives, donc les convergences ou les alliances sociales dans lesquelles le mouvement syndical va s’insérer.

Elle est caractérisée par une suraccumulation des capitaux qui conduit à la non valorisation du capital au niveau attendu par le capital financier[1]. Cela va se traduit par plusieurs aspects qui vont aller en s’accélérant au niveau mondial, régional et national :

  • une crise de surproduction quasi permanente;
  • une tendance à ratisser par tous les moyens les fonds disponibles pour les transformer en capitaux de manière à compenser la chute du taux de profit par une augmentation de la masse des profits ;
  • un bouleversement des forces productives par l’utilisation des résultats de la révolution scientifique et technique, marqué en particulier par la numérisation et l’automatisation ;
  • la dérégulation maximum des protections nationales en matière de circulation des capitaux et de leur mise en valeur de manière à rentabiliser les capitaux investis, comme les capitaux spéculatifs ;
  • l’augmentation des crises cycliques, les périodes intermédiaires étant de plus en plus courtes (trois à quatre ans) avec cette caractéristique que la suivante éclate avant que les effets de la précédente ne soient surmontés !

Si la crise générale qui s’aggrave depuis le début des années 70 est le fruit du fonctionnement même du capitalisme, de ses contradictions et des politiques menées par la classe dominante, alors nous savons bien qu’on ne sortira pas de la crise systémique par de « bonnes politiques » au sein du système capitaliste, mais en en finissant avec le système capitaliste lui-même, par l’appropriation des moyens de production et d’échange, en construisant un nouveau type de pouvoir qui agira à partir des besoins et aspirations du monde du travail.

Est-ce le choix du SNES ? Poser la question, c’est malheureusement y répondre tant sont graves les dérives de notre syndicat qui a d’abord prétendu au printemps 2012 que « la situation a radicalement changé », qui a « négocié » l’érosion du statut des enseignants et qui n’a pas levé le petit doigt contre l’adoption du Traité européen d’austérité budgétaire.

 

Deuxième problème : l’analyse de l’Etat

La perception de l’État, dans les Rapports préparatoires, est celle d’une espèce d’outil neutre, qui pourrait être (et aurait été…) un instrument de protection des travailleurs et des couches populaires, victime des méchants néo-libéraux. Cette vision naïve de l’État fait l’impasse sur la réalité historique de ce qu’est un Etat : l’Etat est la machine de domination de la classe dominante. C’est un appareil de répression et de contrôle social, l’instrument de régulation des rapports sociaux au service de la bourgeoisie et de défense internationale dans la compétition avec les concurrents (qui peuvent être en même temps ses alliés).

Certes ces fonctions se sont élargies à la gestion économique, à la prise en charge directe de secteurs industriels quand ils étaient peu intéressants du point de vue du taux de profit. Mais toujours du point de vue des intérêts du Capital, contribuant au financement public du capital financier. Dans notre pays, les conditions issues du Front populaire, de la Résistance et de la Libération ont permis que l’État assure des fonctions sociales nouvelles, ce d’autant que la Constitution démocratique de 1946, malgré ses limites, était porteuse des espoirs du programme du CNR et que d’importants acquis, dénoncés par le MEDEF, soient obtenus dans l’immédiat après-guerre : Sécurité sociale, nationalisations bancaires et industrielles, comités d’entreprise, statut des fonctionnaires, code du travail, conventions collectives de branche, retraites par répartition, etc.

Dès que le rapport de forces a changé, la classe dominante s’est servie à nouveau ouvertement de son Etat, de sa justice… Par exemple, lorsque les conditions d’un retour à une concurrence « libre et non faussée » réapparaissent (télécommunications en 1984, PTT, système bancaire, GDF, SNCF…), alors l’État et les gouvernements privatisent au moins la partie rentable du capital. Tout en continuant d’une façon ou d’une autre à financer les déficits privés, alimentant par contrecoup le déficit public !

Aujourd’hui tout en aggravant le caractère répressif et policier de l’Etat, l’oligarchie capitaliste veut « reconfigurer les territoires » en aggravant la décentralisation. Cela permettrait au patronat d’éradiquer le statut des fonctionnaires d’Etat, d’araser la fonction publique territoriale, de supprimer le bac et les diplômes nationaux bases des conventions collectives de branche, de finir d’ébranler la Sécurité sociale et les retraites par répartition, de supprimer les programmes nationaux, les concours nationaux, en un mot, d’en finir avec le principe même d’une Education nationale laïque, publique et démocratique de qualité pour tous.

Troisième problème : l’analyse de l’UE

Il en est de même concernant la nature de l’Union européenne. L’Union européenne, depuis ses prémisses (C.E.C.A., Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) jusqu’aux derniers traités, est un Cartel d’États capitalistes destiné, sous la houlette militaire des États-Unis (OTAN), à écraser le monde du travail et à se débarrasser des conquêtes des peuples de 1945, tout en gérant les contradictions entre les alliés concurrents. Le résultat de cette « construction » est là : les capitalistes de chaque pays et leurs gouvernements ont un instrument supranational de choc pour s’opposer aux travailleurs de chaque pays, pour accroître les profits, pour baisser les salaires (l’Euro n’étant pas la moindre de ces machines de guerre anti-salariés), pour mettre en pièce les protections sociales, les droits du travail, les conquêtes sociales, pour que se déploie le Capital dans les secteurs où il n’était pas présent ou seulement partiellement (Mutuelles, Culture, Santé, Éducation, Télécommunications, transports aériens et ferrés…).

L’UE prolonge et aggrave qualitativement les politiques réactionnaires des Etats-membres à l’avantage des grandes sociétés capitalistes. Elle a été faite pour cela (et parfois non sans mal, du point de vue des intérêts divergents entre puissances capitalistes) et elle renforce son caractère intrinsèquement antidémocratique par la multiplication des traités et accords de type militaire et policier visant à faire face à toute contestation de l’ordre social par les masses populaires de chaque pays. Dans la dernière période, on a même vu l’UE et l’OTAN soutenir ouvertement des forces d’extrême droite, pour s’étendre à l’Est. Plus que jamais, le mouvement syndical a donc le devoir de démontrer que, contrairement à la propagande d’Etat qui est largement distillée jusque dans les programmes scolaires, l’UE n’est ni la prospérité, ni la démocratie, ni la démocratie, ni la paix, bien au contraire ! L’Europe Fédérale, les Etats Unis d’Europe, si tant est que ce soit possible dans les conditions de contradictions exacerbées qui s’aiguisent, ne pourrait qu’aggraver encore le tableau.

Dérégulation des « marchés » et constitution des zones franches, des paradis fiscaux, privatisations et démantèlement des services publics, mise en concurrence des travailleurs et le saccage des droits du travail et sociaux, violations des souverainetés populaires (Non de 2005)… c’est le vrai visage de l’UE et les illusions semées sur « l’Europe Sociale à conquérir » constituent une supercherie qui vise à faire avaliser cette machine infernale contre les travailleurs et contre les peuples.

Ce rôle essentiel de l’UE, c’est bien ce qui fonde l’opposition à cette fausse structure syndicale que constitue la CES, organisée par l’UE, financée par elle (bonjour l’indépendance) et destinée à enchaîner le mouvement syndical. Non seulement ses dirigeants ont pu proclamer en 2008 qu’ils sauveraient le capitalisme contre lui-même, mais sur tous les grands problèmes du monde du travail, cette structure pseudo-syndicale, à laquelle les directions du SNES et de la FSU rêvent d’adhérer, se pose en partenaire social qui « négocie » à la marge ; pour la Grèce, le Portugal et l’Espagne par exemple, la CES ne s’est pas opposée aux politiques mises en place, elle n’a pas dit un mot contre la mise en tutelle de fait des peuples grec, portugais, italien et espagnol mais elle a demandé que « l’effort », que les sacrifices, soient mieux partagés, avalisant ainsi la légitimité de la dette et le fond de cette politique. Quant à la CSI, c’est du pareil au même, et elle se prépare à avaliser le Traité sur le Grand Marché Transatlantique. Le silence du SNES à ce propos est d’ailleurs stupéfiant, sauf à imaginer que notre direction envisage de demander une « Union transatlantique sociale »…

 

Quatrième problème : culpabilisation des travailleurs et stratégie syndicale

 

De ces faiblesses d’analyse sur la politique du Capital, et de l’absence de toute autocritique à l’égard du mouvement syndical et de son activité, découle finalement un discours fortement teinté de résignation, voire de fatalisme, où le mot « luttes » n’apparaît quasiment pas, y compris pour caractériser notre conception du syndicalisme, sous le seul label de « syndicalisme de transformation sociale », et non plus de « syndicalisme de lutte et de transformation sociale », comme énoncé dans les congrès précédents. D’où une forme de culpabilisation du mouvement populaire, qui ressort de phrases telles que « Confrontés […] à la fin de l’espérance dans une possible mobilité sociale, de nombreux salariés cherchent des solutions individuelles et sont prêts à accepter des régressions ».

Au lieu de dénoncer la démagogie électoraliste de ceux qui n’ont jamais eu l’idée de faire une autre politique que celle que le patronat désire, la direction du SNES culpabilise également les couches populaires qui ne votent plus (cf § 1.4 du Thème introductif).

Le problème, c’est que la syndicalisation s’effondre aussi ; on cherche en vain, dans le thème 4, une analyse un tant soit peu autocritique des causes de ce phénomène. La division du mouvement syndical, c’est un peu court...

Depuis 1948, le mouvement syndical est divisé ; cela a certes parfois pu affaiblir mais non pas empêcher les luttes et les conquêtes sociales. Dès lors, on ne peut que s’interroger sur cette volonté insistante de rassembler les sigles pour un « nouvel outil syndical », forcément construit sur les bases du « moins-disant » : est-ce vraiment la solution pour mobiliser nos collègues sur nos propositions, avec l’objectif de gagner non seulement sur le maintien des acquis mais aussi sur nos revendications ? Pour redonner espoir et esprit de lutte, il faut affronter le Capital et ses institutions étatiques, nationales et supranationales. Sinon, il n’y a pas lieu de s’étonner que, dans une période de crise profonde, de bouleversements des cadres professionnels et de manque de perspectives, le mouvement populaire soit à l’étiage et que sa colère se manifeste à contresens, comme on l’a vu au moment des « bonnets rouges » en Bretagne. Concernant le vote FN, la phrase : « Mais on constate une difficulté tant de la droite que de la gauche à trouver la bonne stratégie face au FN qui cherche à imposer les thèmes du débat politique » (§ 1.5 du thème introductif) est caractéristique de l’aveuglement où conduit l’absence de position claires sur les problèmes que nous avons soulevés. Non ils n’ont pas de difficulté, ils ne cherchent pas une bonne stratégie, car, au-delà des polémiques passagères, UMP, et PS partagent stratégiquement les mêmes thèmes politiques pour mieux masquer la politique de classe qui leur est commune, et certains de ces partis, soit instrumentalisent le FN pour se faire élire, soit « collent » carrément à ses pires thématiques.

Il est donc urgent que le mouvement syndical, et le SNES en particulier, revienne à ses fondamentaux, ce que vise l’article 4 des statuts du SNES, que notre direction actuelle n’a pas modifié, malgré sa réécriture du Préambule : « l’émancipation complète des travailleurs, cette émancipation ne pouvant être obtenue que par l’expropriation capitaliste » ! Les oublier ou les nier, c’est se situer dans le syndicalisme d’accompagnement prôné par la FEN, et que nous avons combattu. Et plus ! Car la situation aujourd’hui n’est plus l’accompagnement, mais purement et simplement l’intégration voire in fine la marginalisation du mouvement syndical ouvertement prônée par Gattaz. Nous refusons d’être des « partenaires sociaux », acteurs d’un « dialogue social » qui réduit le mouvement syndical à entériner avec plus ou moins de leurres « compensateurs » les objectifs du grand patronat. La mise en place des accords sur la représentativité syndicale, ceux sur la précarité menaçant davantage le statut du fonctionnaire - que la FSU n’a pas signé, mais pas grâce au SNES !-, les actuelles discussions/négociations sur la modification des statuts de 1950, nous démontrent à quoi cela mène.

Plus que jamais, fidèles aux principes fondateurs du courant Unité et Action les signataires de ce texte invitent les militants syndicaux combatifs à agir dans leur syndicat, mais aussi à dialoguer, à se concerter nationalement, pour que l’unité dont nous avons besoin ne soit pas le paravent des compromissions mais l’aliment permanent de l’ACTION.

 

Le 14 mars 2014,

Des militants du SNES – U&A, membres du Front Syndical de Classe.

 

[1] Entendu comme la fusion entre capital industriel et bancaire

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