2 décembre : 2000 à Bobigny en soutien aux inculpés d'Air France!

Publié le par FSC

2 décembre : 2000 à Bobigny en soutien aux inculpés d'Air France!

Vidéo du rassemblement sur le site de "ça n'empêche pas Nicolas" :

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/2015/12/videos-manifestation-de-soutien-aux-ouvriers-d-air-france-a-bobigny.html?utm_source=flux&utm_medium=flux-rss&utm_campaign=politics

Le soutien doit trouver un prolongement : jugement renvoyé au 27 mai 2016, d'autant que la direction affiche toujours sa volonté de liquidation des emplois (2900 menacés)!

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Article de l'Humanité de ce jour :

AIR FRANCE
Main dans la main face aux menottes


Plus de 2 000 personnes se sont rassemblées devant le tribunal de Bobigny où comparaissaient  les cinq syndicalistes d'Air France interpellés suite à l'affaire des chemises.

 

«J'étais ce midi, avec de nombreux élu-e-s du Front de gauche (1), au rassemblement de soutien aux salarié-e-s d'Air France, ils se battent pour leurs emplois et pour leur entreprise. Ils doivent être relaxés. Que fait le gouvernement actionnaire pour empêcher les milliers de licenciements annoncés par la direction d'Air France, alors que l'entreprise connaît des bénéfices record ? », questionnait hier Marie-George Buffet sur Facebook. La députée de Seine-Saint-Denis était parmi les 2000 personnes venues devant le tribunal de Bobigny, toutes étiquettes dehors (PCF, PG, NPA, Lutte ouvrière, CGT, FO, SUD-Solidaires), apporter leur soutien aux cinq cégétistes d'Air France raflés dans l'affaire des « chemises déchirées » le 5 octobre dernier. Renvoi de l'audience au 27 mai.

 

« Salariés licenciés, militants réprimés, ça ne peut plus durer, ça va pé ter », entendait-on scander à la barbe des forces policières fermes, tendues, groupées. « Ils agitent les menottes, on est main dans la main ». Cette re- marque d'un militant CGT s'adresse « surtout au gouvernement Valls ».

 

L'arrestation de cinq militants syndicaux reste bien perçue comme une injustice qui ne doit rien au hasard. Les drapeaux de Renault Cléon, des territoriaux du Havre ou de Saint- Etienne-du-Rouvray, de Lisieux, de Dunkerque, de toute l'Île-de-France flottent sur un air de défiance manifeste. « Nous n'avons eu qu'hier soir l'autorisation de manifester et le récépissé officiel que ce matin », souligne Miguel Fortea, secrétaire général CGT Air France. « La direction a confirmé sa volonté de les licencier à travers deux courriers et engagé des ténors du barreau. »

 

L'issue sera question de rapport de forces. Hélas, les salariés d'Air France sont peu nombreux à ce rassemblement qui fait chaud au cœur. « La crainte de nouvelles arrestations au hasard, comme il a pu y en avoir la semaine dernière place de la République, à Paris, qui pourrait leur faire perdre le badge d'accès aux zones aéroportuaires, pèse », le syndicaliste le comprend. Yvon Scornet, qui mène encore la lutte pour voir un jour redémarrer la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne se souvient : « J'ai été amené à rencontrer trois fois l'américain Gary Klesch qui voulait reprendre le site. Ses gardes du corps ouvraient ostensiblement leur veste sur des pistolets mitrailleurs israéliens, les fameux UZI. Mais ces bandits là, le gouvernement socialiste ne les pourchasse pas. Pourtant ils ont encaissé des millions d'euros tout en liquidant le groupe Arkema. »

 

Et la raffinerie, aujourd'hui ? « Elle est aux mains de Valco, un saboteur ! Il est question d'en faire un centre de formation à la destruction de sites industriels, avec l'aide de la région ! » fulmine, le syndicaliste, interdit de séjour sur le site et qui espère toujours gagner la réouverture en cassation, même si le repreneur est iranien ou nigérian. Pourquoi l'état français freine cette possibilité ? L'argent aurait une odeur tout à coup ?

 

Des militants de Force ouvrière vendent des fleurs, un euro symbolique. Au micro, les prises de parole se succèdent, dont celle de Philippe Martinez, le très applaudi secrétaire général de la CGT, qui suit personnellement au jour le jour la lutte des Air France. Yann Le Merrer, premier agent révoqué de La Poste depuis 1950 pour des faits liés à une action de grève contre des licenciements (80 000 à La Poste en dix ans !), incrimine le PDG d'Air France KLM, Alexandre de Juniac « dont les amis du Qatar ont la chance de ne jamais avoir af- faire à des manifestants puisqu'ils sont en prison avant même de manifester »...

 

Jean-Michel Ruiz, candidat PCF-Front de gauche du Val-d'Oise aux élections régionales, n'est pas venu pour le principe : « Quand Air France annonce 2 900 suppressions d'emplois, qu'il faut multiplier par cinq si l'on compte les emplois in duits, le Val-d'Oise tremble. 

La plate- forme de Roissy, c'est 20 000 emplois directs pour les habitants de ce département ! L'aéronautique pour des jeunes de Goussainville ou Sarcelles, c'est un espoir. Encore faudrait-il que nous obtenions de la région qu'elle crée un lycée spécifique pour com pléter la filière », poursuit Jean-Michel Ruiz, qui souligne la présence de plusieurs maires communistes des banlieues Nord : Azzédine Taïbi de Stains, Charlotte Blandiot-Faride de Mitry-Mory .

 

Des mobilisations pour les « gars d'Air France », il y en a eu hier à Bordeaux, Marseille, Toulouse, Bastia, Lyon. A Lyon, environ 200 manifestants se sont rassemblés hier matin devant l'agence Air France du centre-ville pour faire entendre leur soutien aux salariés de la compagnie aérienne poursuivis devant le tribunal de Bo- bigny. Au milieu des drapeaux CGT, militants communistes et d'extrême gauche, agents des services publics et salariés du privé, des télécoms à la métallurgie en passant par le transport, tous se sont sentis concernés par les attaques patronales contre le mouvement social. « Air France est l'emblème des entreprises qui cassent du délégué syndical, et avant tout du délégué CGT », affirme João Pereira Afonso, secrétaire général de l'union départementale CGT du Rhône, perché sur une camionnette syndicale.

 

Mais pas besoin d'aller jusqu'à Roissy pour trouver des exemples de répressions patronales, d'après le responsable CGT. La veille, celui-ci était présent avec d'autres militants à un rassemblement devant les grilles de l'usine de l'équipementier automobile JTEKT pour soutenir le délégué CGT de l'entreprise, en procédure de licenciement pour des absences soi-disant non autorisées alors que celui-ci était en arrêt maladie.

 

Le secrétaire de l'union départementale CGT annonce aussi qu'il vient d'apprendre que le délégué CGT de Mc Donald's dans le quartier de la Guillotière va être convoqué le 9 décembre à un entretien préalable avec sanction pouvant aller jusqu'au licenciement. dans le quartier de la Guillotière va être convoqué le 9 décembre à un e tretien préalable avec sanction pou vant aller jusqu'au licenciement.

 

Bref, les coups pleuvent un peu partout sur les salariés et ceux qui les défendent, mais ceux-ci refusent de se laisser intimider. « Tous les élus CGT de notre entreprise, soit huit syndicalistes, ont eu des retenues sur salaires injustifiées pour les mois de septembre et octobre », rapporte Hassen Labidi, délégué CGT dans l'entreprise de transport Perrenot Jonage, qui affirme que l'un d'entre eux a même été expulsé de son logement et dort depuis dans sa voiture à cause du manque à gagner. Une situation « qui a failli tourner comme chez Air France, où les salariés ont failli céder à la violence face à la direction », explique-t-il pour rendre compte du degré de tension dans l'entreprise.

 

Mais au-delà des attaques du patronat qui se multiplient et s'aggravent depuis quelques années, les manifestants semblent aussi inquiets de la répression étatique. « Avec l'état d'urgence, on a l'impression d'avoir une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes à chaque fois qu'on sort revendiquer. La préfecture du Rhône a autorisé toutes les manifestations culturelles le week-end dernier mais pas les rassemblements revendicatifs. Derrière le prétexte du maintien de la sécurité, le gouvernement essaie de faire d'une pierre deux coups pour faire taire le mouvement social », s'alarme Lydie Solbiac, secrétaire médico-sociale et membre de la c ommission exécutive de la CGT de la métropole de Lyon.

 

  1. Pierre Laurent, éric Coquerel, Clémentine Autain pour le Front de gauche, mais aussi Olivier Besance- not, Philippe Poutou pour le NPA, Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière

 

par Laurence Mauriaucourt Et Loan N'guyen

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article de Libération :

 
Ils étaient convoqués au tribunal de Bobigny pour violence et dégradation après la manifestation qui avait dégénéré le 5 octobre, provoquant la fuite du DRH, sa chemise en lambeaux.

Ils sont regroupés en arc de cercle autour de la juge. Elle égrène les prénoms et noms. «Vous habitez toujours à cette adresse ?» Ils acquiescent chacun à leur tour. Puis la magistrate énonce les actes d’accusation : «violences commises en réunion» pour cinq d’entre eux, «dégradation et détérioration de biens d’autrui commises en réunion» pour dix autres. Soit quinze salariés d’Air France poursuivis après les violences du 5 octobre sur des vigiles et deux cadres de la compagnie, dont le directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, reparti du comité central d’entreprise sans sa chemise. Représentés par leur avocat, les plaignants ne sont pas venus au tribunal de Bobigny ce mercredi.

S’ils l’avaient fait, ils se seraient sans doute sentis isolés. A l’extérieur du palais de justice, plusieurs centaines de manifestants se sont déplacés pour soutenir les prévenus. Ils occupent la pelouse en contrebas, scandant «arrêt des poursuites contre nos camarades». Certains pilotes sont venus en tenue, d’autres salariés portent une chasuble avec, dans le dos, l’inscription «Syndicaliste, pas voyou». Partout, des drapeaux rouges aux couleurs de la CGT, de FO, de Solidaires, les principaux syndicats présents. La foule est dense. «Faisons une haie d’honneur à nos camarades !» crie un speaker dans l’hygiaphone. Un homme se faufile : «S’il vous plaît, laissez-moi passer, on parle de moi là, j’ai ma convocation.»

L’audience commence peu après 13 heures. Et sera brève. Comme prévu, le tribunal a renvoyé le procès. La date est fixée au 27 mai. Est-ce en raison de la forte médiatisation de l’affaire ? Toujours est-il que la juge a préféré jouer la prudence et ne souhaite pas décider seule : «Il m’apparaît que ce dossier a vocation à être jugé en audience collégiale et non avec un juge unique, afin de permettre un développement serein des débats.» «On donne trop d’importance à cette affaire», a répondu en écho Lilia Mhissen, avocate de la CGT Air France, après l’audience.

«Il ne faut pas s’étonner que la colère explose»

Les images de Xavier Broseta fuyant torse nu devant des manifestants en colère, après l’annonce d’une restructuration menaçant jusqu’à 2 900 emplois, ont fait le tour du monde. L’épisode avait suscité de multiples réactions politiques, le Premier ministre, Manuel Valls, qualifiant de «voyous» les fauteurs de troubles.

Clémentine Autain est venue apporter «son soutien». Candidate Front de gauche aux régionales en Ile-de-France, elle «comprend les coups de colère de la sorte. Il y a 10 % de chômage dans le pays. Quand on perd son emploi, on perd beaucoup. Un climat de peur règne chez les salariés». Pierre Laurent enchaîne : «Personne ne sait vraiment qui a déchiré les chemises.» Le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) dénonce le «mépris» avec lequel la direction a annoncé son plan de suppressions de poste : «Il faut arrêter de mettre des salariés dans des situations de violence sociale aussi fortes et puis s’étonner que la colère explose.» Pour lui, les peines encourues «sont dingues et totalement disproportionnées par rapport à ce qui s’est passé».

Un peu avant 13 h 30, les prévenus sortent du palais de justice d’un pas tranquille : «Je ne suis pas du tout inquiet, lance l’un d’eux à la cantonade, on est confiants.» Un autre, poursuivi pour violences, jure que la plainte qui lui vaut d’être convoqué repose sur «des mensonges». Un témoignage l’accuse d’avoir «porté plusieurs coups» à un vigile et à un cadre dirigeant de la compagnie. «Je n’ai posé qu’une main sur une épaule, assure-t-il. Quand on voit la vidéo sur laquelle on se base pour m’incriminer, on voit que ce ne sont que des mensonges.»

Miguel Fortea, secrétaire général de CGT Air France, regrette même que la date du report soit aussi lointaine : «On aurait souhaité que cela se passe bien avant. Pour les blanchir.» Il n’a aucun doute sur l’issue du procès : «Les vidéos que la direction d’Air France a mises dans le dossier démontrent très clairement qu’aucun des cinq n’a arraché la chemise ou n’a mis des coups violents.» L’élu syndical porte un tee-shirt avec un poing rouge dressé et, autour, les prénoms des cinq salariés poursuivis pour violence : Pascal, Fabrice, Vincent, Samir, David. Il sourit un peu : «Va falloir en refaire, on nous en demande trop.»

Un jugement plus rapide, s’il avait abouti à la relaxe, aurait certainement aidé les salariés poursuivis. Car parallèlement au volet judiciaire, des procédures disciplinaires sont en cours à Air France, notamment à l’encontre des prévenus. Sur les cinq licenciements engagés, un a été confirmé vendredi après le rejet d’un recours gracieux. La demande d’amnistie est également en train d’être étudiée pour trois autres. Concernant la cinquième personne, un délégué du personnel (CGT) d’Air France Industries, l’inspection du travail examine actuellement son dossier avant de rendre son avis à la compagnie. Une caisse de solidarité mise en place par la CGT a permis de récolter près de 46 000 euros pour les salariés mis à pied et sans solde depuis le 12 octobre.

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