Le pouvoir aux abois, son dernier recours, violence et manipulation

Publié le par FSC

Le pouvoir aux abois, son dernier recours, violence et manipulation

Source le site Anti-K :

Une analyse qui rejoint tout à fait la notre

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22 mai 2016- Par JJDUCH – Le blog de JJDUCH

qui tient un blog sur Mediapart
  •  C’est peu dire combien le gouvernement est aux abois : parvenu à un niveau de discrédit totalement inédit, incapable d’arrêter un mouvement social inscrit dans la durée, il touche le fond.
  •   Tel Dracula, Valls ne supporte pas la lumière faite sur un projet qui nous  ramènerait un siècle en arrière
  • Le même Valls affirmait pour tenter d’enrayer le mouvement social, que maintenant « c’était le temps du débat parlementaire »… avant de sortir le 49/3 et d’empêcher ainsi tout débat, tout vote sur les amendements, et tout vote tout court, tout cela parce qu’il est apparu évident que le gouvernement serait battu article après article puis sur la loi même. Dans une démocratie, c’est le pouvoir législatif qui fait la loi, pas l’exécutif mais en France c’est Valls.
  •   Ce gouvernement minoritaire dans le pays, minoritaire au parlement a perdu de son fait sa légitimité. Pour mettre fin à sa forfaiture et  à sa loi scélérate, il doit partir http://motiondecensure.fr/

Qui l’emportera ?

  • Pour le pouvoir, il s’agit de pousser à l’érosion du mouvement et au retournement de  l’opinion  largement favorable aux opposants à la loi : il peut compter pour cela sur la servilité sans limite de la quasi totalité des médias, toujours prêts à noyer le poisson sur le contenu de la loi, à stigmatiser les syndicats « archaïques » qui mènent la lutte (surtout la CGT) et  à encenser les « modernes », les partisans du « progrès »,  ceux qui  servent de  VRP à la réforme (la CFDT).
  • Pour le mouvement social, il s’agit à la fois de garder une sympathie très majoritaire dans l’opinion[1] mais pas seulement : l’enjeu est de faire passer des millions de gens de la sympathie à l’action sous toutes ses formes et d’ imposer l’idée que la sortie de crise passe par le retrait et s’il le faut, au passage, par le départ de Valls.

La question clé est qui isolera qui ? d’où la très forte campagne contre les organisations syndicales, qui sont au cœur du mouvement, d’où la tentative de déplacer le débat du fond (où le pouvoir ne peut que perdre) à autre chose, d’où la violence.

 Dans ce contexte, le gouvernement, en échec, mise délibérément sur la violence et la répression

  • Pression policière sans précédent depuis des décennies sur les manifestations : forces policières au contact physique des manifestants, usage inédit des lacrymos sur des manifestants paisibles, tirs de flashballs, tout est fait pour pousser à l’incident.
  •  L’objectif délibéré est de faire peur, en focalisant sur les affrontements, en les hypertrophiant (alors que globalement les manifs sont calmes) pour  dissuader ceux qui veulent aller manifester, et pour affoler ceux qui regardent la télé

Diversion et confusion : et Cazeneuve ressortit  les « casseurs »

Préalable de taille : bon nombre de ceux que le gouvernement qualifie de « casseurs » ne le sont en rien

o      Les « casseurs » évidemment  ne sont pas  ces jeunes inorganisés, qui veulent manifester à leur guise et qui réagissent aux provocations de la police.

o      Ce ne sont pas ceux qui mènent des occupations pacifiques.

o      Ce ne sont pas les dockers qui bloquent le port du Havre ou les travailleurs des raffineries. tous ceux là mènent des actions légitimes contre un gouvernement indigne.

Mais  il y a les « casseurs »[2], les vrais, des groupes organisés d’une manière paramilitaire, équipés de pied en cap (avec notamment des masques à gaz pro ; coût 300 € pièce ! : les lacrymos c’est pour le manifestant ordinaire, pas pour eux)

o      Ce sont eux qui balancent délibérément des projectiles sur  les CRS donnant ainsi prétexte à une riposte qui curieusement  les épargne mais frappe les manifestants pacifiques

o      Ce sont ceux là qui ont attaqué le 12 mai le carré de tête  de la manifestation à Paris[3] et qui ont blessé un bon nombre de membres du SO

o      Ce sont eux qui mystérieusement et systématiquement se  déplacent  et agissent en totale impunité : le 17 mai à Paris, à Denfert, les « casseurs » affrontent à nouveau le SO sur la place, bouclée de tous les côtés par les CRS, puis à nouveau, ils disparaissent et à chaque fois c’est pareil !

o      À Rennes, la police est très bien informée et très efficace pour entraver une action pacifique dans le métro, mais quand les provocateurs cagoulés de Cazeneuve cassent dans le centre ville, il n’y a aucune force de police http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/temoignage-jai-suivi-les-casseurs-dans-rennes-4229830

o      C’est vrai qu’ils sont bien utiles : ils génèrent les affrontements, les images télé qui font peur. Ils donnent à la police le prétexte tout trouvé pour réprimer non pas eux mais les manifestants ordinaires. ils sont l’une des faces d’un cycle de violence où le pouvoir a tout à gagner. Ce qui pose expressément la question de leur manipulation directe ou indirecte.

L’exploitation idéologique : l’amalgame manifestants casseurs

  • Cet amalgame est massif de la part du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite, et des chiens de garde des médias : cela permet d’évacuer le débat de fond sur le contenu de la loi, sur sa portée, pour ne plus parler que vitrines cassées, policiers blessés, et faire peur,(voir  http://www.humanite.fr/loi-travail-les-medias-accuses-de-partialite-607494)

  •   L’objectif est de vilipender les organisations syndicales (« la Cgt se durcit », pleure le Monde, organe central de l’oligarchie) retourner l’opinion et au passage légitimer la répression contre tous ceux qui luttent (mais pour l’essentiel pas contre les « casseurs » : Cazeneuve soigne son petit personnel)

  • Même perspective gauchiste à Libération où plusieurs articles nous présentent les gentils « autonomes » qui cassent des vitrines et le méchant SO qui essaie d’empêcher les affrontements[4]. Touchant dans le journal de l’oligarque Drahi et dans un journal hollandais par excellence. Et alors que dans le même groupe de presse, l’Express stigmatise « la Cgt qui bloque toute évolution » (libérale).

  • Le tout s’appuie chez certains sur une théorisation indigente parce qu’anhistorique de la violence. Que la violence ait été indispensable à de nombreuses reprises dans l’histoire est indéniable mais ce qu’il convient d’analyser est la situation présente, le rapport de forces présent. Nous ne sommes pas en 1792 (où sont les fédérés ?), nous ne sommes pas à Petrograd en 1917 (où est la garde rouge ? où sont les matelots de la Baltique ?), nous ne sommes pas à l’été 1944 (où sont les Ftp ?).

  • Du point de vue du mouvement social, la violence[5] serait l’erreur majeure, le moyen pour Hollande et Valls de sortir de la nasse où ils sont, de ne plus parler que du rétablissement de « l’ordre » (comme disait Monsieur Thiers) et surtout pas du contenu de la loi.

  •   Tous ceux qui excusent le recours de certains (qu’on se garde bien de caractériser) à la violence délibérée sont soit les agents idéologiques du pouvoir (dans le cas de Libé, c’est clair), soit des « idiots utiles » et irresponsables.

Cette question est aujourd’hui d’une très grande importance

  •  Pour que la solidarité soit massive avec tous les opposants pacifiques menacés par la répression, il importe que leur cas soit clairement dissocié des nervis cagoulés de la préfecture

  • L’intersyndicale vient de prendre de nouvelles initiatives importantes : après la nouvelle journée du 26 mai, manifestation nationale le 14 juin et votation citoyenne en Juin.

  • Pour gagner,il faut mobiliser bien au-delà de ceux qui ont participé (parfois en se relayant) jusqu’ici aux manifestations  et à cela plusieurs conditions

o      Le débat doit rester centré sur la loi, sur son contenu, sur la responsabilité de ce gouvernement acharné à l’imposer contre la population et contre le parlement (voir à ce sujet http://www.humanite.fr/comment-le-gouvernement-profite-du-49-3-pour-encore-aggraver-le-texte-607485)

o      Il faut battre politiquement le pouvoir, qui est le grand responsable de la violence, soit directement par l’usage disproportionné des forces de police, soit en miroir par la manipulation des nervis cagoulés,

o      Sur cette question, le pouvoir, et notamment Cazeneuve, doit être clairement mis en accusation : pourquoi pas un jugement symbolique de Cazeneuve pour bris de vitrines, incendies de voiture, agressions physiques, coups et blessures en bande organisée …

Enfin, le caractère massif des actions, quelles qu’elles soient, est le meilleur moyen de contrer la tentation gouvernementale de recours à la violence et à la répression ; plus il y a de monde, plus certaines pratiques deviennent difficiles.


[1]  Déterminante dans le positionnement de certains parlementaires, notamment socialistes,  très sensibles à la direction du vent

[2]  Terme sans doute en partie inadéquat : celui de nervis conviendrait mieux

[3] Réalisant ainsi, sous fausse bannière l’agression directe de la manifestation, ce dont le pouvoir rêve mais sans les moyens politiques de le faire ouvertement

[4] Touchant de la part de journalistes qui ignorent sans doute que le mouvement ouvrier, quand il est agressé physiquement, n’a pas l’habitude de tendre l’autre joue

[5] C’est-à-dire la casse gratuite, l’affrontement gratuit. À ne pas confondre avec le respect de la légalité. Les occupations sont illégales, comme elles l’étaient en 1936, mais elles sont légitimes, comme en 1936. Mais Blum, à l’inverse de Hollande, n’avait  pas envoyé les flics

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